Mauritanie : le retrait de la plainte de 2 ONG contre Bouamatou fait polémique

Le retrait cette semaine de la plainte de la Coalition contre la corruption en Mauritanie et l’Observatoire mauritanien de la lutte contre la corruption contre l’opposant exilé Bouamatou est considéré par les observateurs comme un jeu du pouvoir au moment où des informations persistantes relayées par les réseaux sociaux et la presse indépendante nationale font état d’une annulation imminente des poursuites judiciaires contre le milliardaire mauritanien.

Les mauritaniens sont sans doute en train de vivre le dernier épisode du feuilleton le plus long qui a marqué la gouvernance de Ould Aziz. Une affaire d’Etat devenue au fil des années une affaire politico-judiciaire la plus célèbre au-delà même des frontières du pays. C’est l’histoire de deux cousins qui s’aimaient au départ avant de ne plus se parler ruminant de la haine. Le général Ould Aziz qui prend le pouvoir par la force en 2008 mais élu en 2009 grâce à un soutien financier considérable de l’homme d’affaire Bouamatou devenu très riche en l’espace de quelques années.

Une lune de miel qui ne va pas durer parce que le nouvel homme fort de Nouakchott enfourche le cheval de bataille contre la gabegie et la corruption. Un prétexte plus tard pour toucher les intérêts de son cousin devenu gênant. Une rivalité féroce s’installe entre les deux hommes. Bouamatou quitte le pays pour le Maroc dans un premier temps avant de s’enfuir en France poursuivi par des plaintes judiciaires contre lui. Tous ces biens en Mauritanie sont confisqués et le milliardaire mauritanien est sous mandat d’arrêt international.

Des poursuites judiciaires qui vont l’empêcher de rentrer au pays et de se présenter aux dernières présidentielles où il était parmi les favoris de l’opposition mauritanienne. Cet acharnement de Ould Aziz contre son cousin se traduira par un soutien de deux ONG à Nouakchott qui vont lancer une plainte à Paris pour peser sur les dossiers des avocats de Bouamatou. Il s’agit de la coalition contre la corruption en Mauritanie et l’observatoire mauritanien de lutte contre la corruption qui viennent de retirer leur plainte après une année de combat stérile.

Les observateurs ne sont pas dupes de cette décision qui s’inscrit dans le jeu du pouvoir depuis Ould Aziz et qui se poursuit avec Ould Ghazouani. Ces ONG proches du pouvoir censées lutter contre la corruption n’ont jamais inquiété le plus puissant des corrompus Ould Djay au cœur de l’empire Ould Aziz aujourd’hui patron de la SNIM la vache à lait du pouvoir depuis sa création et vendue par l’ancien président à son gendre qui détient aujourd’hui 80 pour cent du capital de ce fleuron de l’industrie mauritanienne au bord du gouffre. La liste est longue pour les cas de corruption qui n’ont jamais été dénoncés par ces associations. Leur retrait pour la plainte contre le richissime Bouamatou intervient au moment où des informations persistent sur l’annulation par Ould Ghazouani des poursuites judiciaires engagées par son prédécesseur. Des signes révélateurs des premiers résultats de la normalisation des relations du pouvoir avec l’opposition.

Cherif Kane

Coordinateur journaliste

 

 

(Reçu à Kassataya le 09 octobre 2019)

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