Quand la Mauritanie redeviendra le sujet de son histoire

Au pays, j’avais l’envie folle de rencontrer toutes les connaissances, les parents et les amis.

Mais la Personnalité avec laquelle j’ai diné ce soir de juillet 2019 n’est pas ordinaire.

C’était un morceau de l’histoire, qui survivait au sein d’une « dé-histoire. », sans rancune.

Mariam Daddah. Une dame qui avait tout laissé derrière elle, à l’aube des indépendance, pour braver, au côté de son époux l’accouchement difficile d’une nation.

Une dame courageuse, qui a quitté sa ville des lumière, pour dormir sous les cris des chacals, le hululement des hiboux et le ricanement des hyènes.

Elle a lutté corps et âme pour l’émancipation des jeunes et des femmes, dans un environnement traditionnel difficile et des mentalités allergiques a tout changements. Surtout quand l’artisane est une étrangère.

Avec l’avancée de l’âge Mariam Daddah, épouse fidèle du père de notre Nation feu Moctar ould Daddah n’a rien perdu de sa lucidité.

Comme au premier jour, elle n’a pas cessé un instant d’aimer son deuxième pays : La Mauritanie.

Elle y était arrivée quand elle n’avait que vingt-cinq ans et se souvient encore, comme si c’était hier de beaucoup de personnalités que je lui citais et que ma mémoire puérile a conservé  encore à nos jours:

, Mohameden Sid Brahim, Bouddah ould Bousseiri, mon père Hassan Hanefi, Houssein Fawaz, Mohamed Mahmoud ould Hanefi, Soueidat ould Weddad, le chef des parachutistes, Ahmed Sadeq ,Mohameden ould Babah, Ely ould Allaf Souleymane ould Cheikh Sidiya et bien d’autres encore.

Au cours de ces trois ou quatre diners, qui nous ont réunis, je ne pouvais m’arrêter d’écouter l’histoire, par la bouche même de l’histoire.

Une seule chose nous était commune : elle ne s’intéressait nullement à la politique et moi encore moins. Elle aimait tout le monde et souhaitait seulement que rien de la Mauritanie ne soit sacrifié à la négligence, ni perdu dans les draps de l’oubli ou la fièvre des égoïsmes.

Mariam Daddah nous parlait du père de la nation.

Un homme, un guide, un gardien vigilant, qui a sacrifié sa vie et sa famille pour un objectif sacré : La naissance de la Mauritanie.

 Tous, nous écoutions.

Une trentaine de femmes de ma tribu et de celle de mon épouse étaient là.

L’hôte était de marque et toutes voulaient  être plus proche d’elle, pour s’imbiber du récit d’évènements qui sont le nombril du pays et sa conception originale.

Parmi elles M mint A, raconte : « un peu après la nationalisation de la Miferma, la création d’une monnaie nationale, et encore sous les vapeur de l’éveil de la Mauritanie nouvelle , le président Moctar, était en visite à Aleg. J’étais petite et je courais hors d’haleine, aux côté de la voiture qui transportait madame la présidente. Malgré la foule compacte, je remarquais que madame me suivait des yeux et grisée par cette attention présidentielle, je redoublais d’efforts, quand soudain elle me jeta son mouchoir. Ce mouchoir là je l’ai conservé jusqu’au milieu des années quatre-vingt. »

Les yeux de la première, « première dame » de la Mauritanie, s’embuèrent  de larmes.

Une autre femme chanta une chanson qu’elle récitait, quand elle était encore petite pour le père de la nation qui s’arrêtait, toujours, presque religieusement devant ces petits êtres, qui sont devenus aujourd’hui l’avenir.

Un avenir qui avait beaucoup promis, mais qui a peu tenu ses promesses.

« Je suis sûre me disait Mariem Daddah, que Moctar m’aurait jeté dehors, si seulement je ne l’avait accompagné pas à pas dans l’édification de cette nation, à laquelle il croyait comme à seconde une religion. »

Il avait très peu de temps à sacrifier à sa famille. Et souvent il ne déjeunait qu’au crépuscule.

Il voulait suivre toute  l’évolution et la construction du pays et ne tolérait aucune négligence.

Bien que faisant partie de la génération de l’indépendance et qu’ayant suivi  l’éclosion de ce pays, qui semble ne pas vouloir s’arrêter pour considérer le chemin parcouru, j’avais l’impression de suivre pour la première fois, l’histoire de ce grand couple et la matérialisation d’une nation sortie des sables.

Un jeune garçon de Boutilimit, parti vers l’Europe lointaine pour s’imbiber du droit de chez la nation mère des arts, des armes et des lois. Une jeune française, sortie de la même école.

Il a rêvé de sortir le chez lui du néant vers l’existence, elle l’a suivi dans des conditions incroyablement difficile. Et est né de ce rêve la république islamique de Mauritanie.

Comment peut-on narrer l’histoire, sans commencer par son commencement ?

Nous ne pouvons être ingrats. Chez nous l’ingratitude est un péché. Dieu nous en garde.

Les nations sont fortes et stables par leur histoire.

La fin de l’histoire ne peut tenir que par le soins et le respect accordé à ses débuts.

L’intégrité pour le pays est une histoire que vous racontez et qui sera transcrite par vos enfants et vos petit enfants. Appliquez-vous, alors et purifiez la référence.

 C’est ainsi que la descendance sera propre soudée et fraternelle.

La satisfaction réelle et juste est celle qui satisfait en se satisfaisant et qui charrie la satisfaction autour d’elle. Le reste s’appelle égoïsme, mauvaise foi, ou mauvais partage.

Quand l’histoire mange l’histoire, pour « arranger » les histoires, tout devient indigeste.

Les grandeurs des hommes et des femmes ne s’annulent pas forcément pour se donner des valeurs. Au contraire, elles doivent se compléter pour donner de la valeur à la valeur de leurs valeurs et une crédibilité au contenu de leur contenu.

Sinon l’histoire ne serait plus que des tessons de l’imaginaire, éparpillés  sur les étendues des langues et déversés dans les containers ennuyés d’oreilles qui ne les écoutent que par une politesse forcée ou par crédibilité douteuse.

Mes vacances étaient courtes et le village s’en est taillé la part du lion.

Je pensais que j’avais vécu la Mauritanie, depuis le temps un peu après l’indépendance, cette grande dame, tenait personnellement à nous distribuer le jus d’ananas en boite et les biscuits « langue de chat » que nous papilles gustatives bédouines à l’extrême, n’avaient jamais gouté.

Au temps où à l’école, nous portions tous le même tenue. Un trousseau offert gratuitement par l’état.

Au temps où les notions de couleur de la peau avait très peu de place dans nos distinctions.

Au temps où les soins et l’enseignement étaient gratuits. Les livres les cahiers, les portes plumes et les encriers,  mis à notre disposition, sans  aucun ouguiya en contrepartie.

Cette dame-là était la première « première dame » du pays. C’est elle qui soutenait les cotes la volonté le bras et la détermination de l’artisan de cette naissance difficile de notre nation.

Ignorer sa place dans l’histoire constitue l’histoire d’un handicap de notre bonne foi une amputation de ce que nous avions de plus cher et que nous ne devons laisser mourir.

Même si nous avons opté pour confier nos évènements du passé au net, selon les caprices, les prétentions et réclamations de chacun , nous pouvons nous passer de l’arsenal de l’exclusion :  « delete », « block » « repport »

Tous les dirigeants en Mauritanie peuvent être grands, sans s’exclure.

Chacun ne fera que ce qu’il peut faire et laissera la place à celui que Dieu décidera de mettre à l’épreuve suivante.

Je me souviens encore plus récemment de cette journée du 10 juillet 1978, ou ayant été refoulé par les soldats en arme de mon chemin vers le lycée national, où je devais passer mon BAC, j’ai trouvé feu mon père prostré sur son tapis de prière.

Lui va rejoindre le très Haut, sans jamais comprendre que la Mauritanie pouvait vivre sans le père de la nation maitre Moctar ould Daddah.

Nous saurons encore plus sûrement que rien n’est éternel excepté le Maitre des mondes.

Mais nous nous convaincrons encore plus, avec le fils des évènements qui suivirent, que les acteurs se suivent et disparaissent à la surface de cette planète, sans devoir forcément s’annuler pour se faire une importance, ou se dissiper dans les artères de la mémoire.

Toute la Mauritanie est grande.

Mais chez nous le plus grand reste le plus grand. C’est ainsi que le veulent la reconnaissance de services rendus, les traditions, et la vertu.

Mohamed Hanefi

Koweït

(Reçu à Kassataya le 12 septembre 2019)

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