Crise post-électorale Mauritanie : une marge de manœuvre à géométrie variable pour Ould Ghazouani

A partir du 1er août prochain Ould Ghazouani va gouverner le pays au moins pour 5 ans. Les observateurs attendent de lui des réformes pour sortir le pays de l’impasse politique et économique héritée de son prédécesseur. L’occasion de s’interroger sur ses marges de manœuvre avec une majorité absolue de l’UPR, rappelons-le, qui l’avait investi comme candidat sous pression de Ould Aziz.

C’est donc finalement un président mal élu qui va gouverner la Mauritanie pour les 5 années à venir. Ce n’est pas une vue de l’esprit de constater une ambivalence dans cette prochaine gouvernance de Ould Ghazouani. En effet cette double posture cache toute la difficulté du chef de l’exécutif de mener des réformes en contradiction avec le système raciste et esclavagiste hérité de Ould Aziz.

Si le nouveau président semble avoir des coudées franches sur les réformes économiques et sociales il n’en demeure pas moins pour certaines réformes politiques. Parmi celles-ci, la révision du système électoral qui pourrait ne pas faire l’unanimité au sein de la majorité UPR à l’assemblée nationale au cas où ce dossier serait retenu parmi les demandes de l’opposition dans le cadre d’un dialogue inclusif. C’est le talon d’Achille de tous les pouvoirs militaires. Ould Ghazouani ne fait pas exception à la règle. Le dossier sur la réconciliation nationale risque d’être gelé pour la simple raison que les militaires sont mêlés dans les crimes commis contre les noirs sous le régime de Ould Taya. Les présumés coupables sont protégés par une loi d’amnistie de 93.

Enfin Ould Ghazouani aura du mal à proposer un réajustement du recensement biométrique, colonne vertébrale de la politique raciste du pouvoir responsable du génocide biométrique de milliers de négro-mauritaniens devenus des apatrides et des sans- papiers chez eux depuis 2009. Ce sont des dossiers sensibles qui peuvent paralyser l’assemblée nationale. Le nouveau président n’ayant pas construit sa propre majorité se retrouve héritier d’une situation dont il est lui-même responsable en acceptant d’être candidat.

Face à cette réalité embarrassante le nouvel homme fort va gouverner avec une marge de manœuvre à géométrie variable. Mais ces dossiers explosifs ne dédouanent pas pour autant le chef de l’exécutif qui a tous les pouvoirs. Ou bien il prend toutes ses responsabilités pour une nouvelle gouvernance juste et apaisée en réconciliant tous les mauritaniens. Ou bien il conserve le statu quo sur les traces de Ould Aziz. Autrement dit un système voué tôt ou tard à l’embrasement. Alors les députés de l’UPR ont entre leur main toutes les cartes pour accompagner encore 5 ans le nouveau locataire du palais de Nouakchott.

 

Cherif Kane

Coordinateur journaliste

 

 

(Reçu à Kassataya le 22 juillet 2019)

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