« L’accord du siècle » au service de la droite israélienne

La conférence économique de Bahreïn portée par l’administration Trump pour servir de démarrage à « l’accord du siècle » entre Israël et les pays arabes a été, comme on pouvait s’y attendre, un échec. La raison en est simple : la volonté de Washington d’obliger le monde arabe et la communauté internationale à enterrer la cause palestinienne.

 

Il n’échappera à personne que l’arrivée de Donald Trump à la Maison Blanche aura ouvert une nouvelle ère dans les relations américano-israéliennes, après huit ans de dissensions et de tensions entre l’administration Obama et le gouvernement israélien conduit par Benyamin Nétanyahou.

Une relation privilégiée entre les deux exécutifs s’est instaurée dès la prise de fonctions de Donald Trump. Les premiers gestes ont affirmé la volonté de se démarquer d’une administration honnie par une approche différente des questions du Proche-Orient en général, et tout particulièrement du règlement de paix du conflit israélo-palestinien. Une approche fondée en grande partie sur la vision des évangélistes américains, ces dizaines de millions d’électeurs américains qui ont apporté leur voix à Donald Trump, et pour qui le peuple juif a des droits historiques sur une terre qui lui appartient, et qui sont en parfaite harmonie avec les orientations les plus à droite en Israël.

Parmi les premières mesures du nouveau président figurait la désignation d’une nouvelle équipe chargée du dossier des pourparlers de paix entre Israël et les Palestiniens. Celle-ci a été recrutée en dehors du département d’État et n’était nullement tenue par l’approche traditionnelle à l’égard du processus de paix. Trois membres la dominaient, choisis parmi des juifs orthodoxes très proches de la droite israélienne :

➞ Jared Kushner, gendre de Trump, transfuge du monde des affaires et de la finance ;
➞ Jason Greenblatt, né de parents juifs immigrés et placé dès son jeune âge dans une école religieuse, ayant poursuivi des études supérieures de droit, aujourd’hui en charge des affaires juridiques au cabinet de Trump ;
➞ David Friedman, avocat lui aussi, proche collaborateur de l’homme d’affaires devenu président des États-Unis, conseiller sur les dossiers immobiliers et financiers, étroitement lié aux colons juifs et aux associations d’assistance juive en Israël notamment dans la colonie de Beit El.

C’est sur ce trio que s’est appuyé le président américain pour élaborer son plan de paix qui portera plus tard le nom « d’accord du siècle », accord dont on a commencé à parler en 2017, mais dont les lignes demeurent floues à ce jour, ce qui a nécessité à plusieurs reprises le report de son annonce. Il devait en principe être rendu public après la 21e session des élections législatives israéliennes en mai dernier. Mais l’incapacité de Nétanyahou à former une coalition de gouvernement, la dissolution de la chambre des députés et la programmation de nouvelles élections ont de nouveau retardé le dévoilement du volet politique du plan, dont seul le volet économique a pu figurer à l’ordre du jour de l’atelier économique tenu à Bahreïn les 25 et 26 juin 2019.

Une vision purement économique

 

Selon les déclarations de l’équipe américaine chargée du plan de paix, ce qui distingue leur proposition de tous les projets qui l’ont précédée est son caractère « réaliste », et le fait qu’elle vise à améliorer le sort des Palestiniens en mettant l’accent sur les aspects économiques et sur le quotidien, créant ainsi les conditions matérielles propices à la paix.

Dans un entretien accordé au journal anglophone The National1 le 26 février 2019, Jared Kushner déclarait :

Nous nous efforçons de proposer une solution réaliste qui améliore la vie des gens et repose sur les principes suivants :
➞ la liberté, notamment celle de la croyance et du culte ;
➞ le respect, celui que peuvent avoir les peuples l’un pour l’autre ;
➞ le souci de favoriser les opportunités ;
➞ et enfin la sécurité.

Dans cet interview Kushner estime qu’il faut désormais faire porter les efforts sur l’économie et le développement des zones palestiniennes plutôt que sur les questions qui ont toujours constitué l’essence des plans de paix, à savoir Jérusalem, les réfugiés, les colonies, les frontières, la sécurité, et un État palestinien indépendant.

Mais quand on observe l’action des membres de l’équipe américaine durant les deux dernières années ainsi que les contacts qu’ils ont pu prendre avec les protagonistes du conflit, on comprend que les « principes » apparents du plan Trump pour la paix dissimulent bien en réalité un agenda politique et que celui-ci vise à évacuer les questions essentielles. Il s’agit de créer sur le terrain une nouvelle réalité politique, conforme aux visées de la droite israélienne au pouvoir, et en parfaite harmonie avec sa vision d’un « règlement » pour les Palestiniens.

Durant cette période censée préparer l’accord du siècle, le président Trump aura en réalité déjà préempté tout accord futur en prenant des décisions qui touchaient directement à l’essence du plan de paix, en sortant délibérément du cadre des résolutions internationales pertinentes, et en installant sur le terrain de nouveaux faits accomplis qu’aucun plan de paix à venir ne pourra ignorer.

Il aura ainsi, tout en préparant le fameux accord du siècle et sans en dévoiler les principes politiques, réalisé plusieurs objectifs, déclinés ci-dessous.

 

La suite

Randa Haidar

Rédactrice du bulletin « Extraits de la presse israélienne » publié par l’Institute for Palestine Studies.

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