Quelques enjeux de l’élection présidentielle en Mauritanie

Eh oui, une élection présidentielle a des enjeux qui ne se résument pas à la seule personne d’un candidat, à sa communauté ou sa race. C’est beaucoup plus sérieux que cela.

 

Dans le contexte socio-économique actuel en Mauritanie, l’élection d’un « bon » président est un impératif de survie pour le peuple déjà à l’état d’agonie.  Et les élites de la société civile et ceux dans le milieu intellectuel doivent créer les conditions d’un choix éclairé pour des millions de mauritaniens  encore endormis par un quotidien pesant qui ne leur permette pas de saisir la portée du choix patriotique.

La mauvaise gouvernance s’est incrustée à tous les échelons du vivre ensemble en Mauritanie. Notre vie publique est empoisonnée ;  le  « kelchi aadi » paralyse les secteurs clés de développement. L’éducation, la santé, le transport, la justice ; tous les maillons clés de l’économie nationale souffrent du laisser-aller, de la banalisation, la simplification des pratiques rétrogrades pour un pays. La société mauritanienne n’a jamais autant été divisée, frustrée.  L’avenir du pays est en jeu.

Face à ce constat, quelle offre politique nous faudrait-il ? Quel leadership politique adopté à la tête du pays ?  Le débat doit être orienté à ce niveau.

Le point déterminant de cette pré-campagne, c’est l’intérêt grandissant des jeunes pour le processus électoral de manière générale ; ils ne sont plus des marionnettes à la solde des politiciens par des coups de billets d’ouguiyas ou de promesses farfelues de carrière ou de promotion. Nous avons une jeunesse qui se responsabilise en matière politique ; ils exigent de la qualité ; ils ont des demandes précises et veulent que les offres politiques y correspondent. Les candidats sont prévenus, les jeunes vont débattre de leurs idées, leurs parcours ; de leurs projets politiques au niveau social, éducatif et économique. Trois volets essentiels qui centralisent tous les maux auxquels la majorité des citoyens est confrontée au quotidien.

  • L’urgence sociale

Comment instaurer l’équité dans les conditions de vie des mauritaniens ? Eh oui, la question des inégalités sociales doit être au cœur  du programme d’un candidat sérieux, crédible. Cette question est incontournable et il ne s’agira pas simplement de reconnaitre par un discours folklorique l’existence de ces inégalités visibles de tous mais concrètement de dire comment s’y prendre pour les traiter. Quelles sont les grandes décisions à prendre en matière sociale pour instaurer l’équilibre ? Dans les faits, tous les mauritaniens n’ont les mêmes droits, ils n’ont pas les mêmes obligations. Certains vivent, d’autres survivent. Et l’Etat est le principal responsable.

Faciliter l’accès au service public pour tous ; garantir les conditions décentes de vie pour tous, remettre l’état au cœur des préoccupations quotidiennes des populations, c’est tout l’enjeu social de cette élection : la justice sociale.

Sur la question de l’unité nationale, nous attendons les candidats avec des solutions concrètes pour pacifier le climat social. On peut l’ignorer ou faire semblant en marchant pour afficher une unité de façade mais rien ne va plus au niveau du vivre ensemble. Les communautés nationales se replient de plus en plus sur elles ; chacune veut dominer, avoir le monopole de la souffrance, des inégalités et ce phénomène s’observe même au sein des partis politiques où des groupes ethniques se forment pour soutenir un candidat. Ceci est une tragédie pour la fraternité mauritanienne.

L’unité nationale est aussi prise en otage par des questions du passé jusqu’ici non résolues de manière consensuelle, entre tous les mauritaniens. Il s’agira à ce niveau de briser les tabous et rompre avec la démarche autoritaire de prise en charge de la question.  Comment nos candidats s’y prendraient-ils ?

  • L’urgence éducative

A ce niveau, on ne va pas revenir sur tout pour dresser un état des lieux. Mais notre système éducatif ne ressemble à RIEN ! Il suffit pour s’en convaincre de se référer aux résultats des examens nationaux ; il suffit de se référer du niveau des étudiants en deuxième cycle universitaire. Comment développer un pays sans un système éducatif performant ? Comment lutter contre le chômage sans employabilité chez les jeunes ?

Tout le monde ne peut pas aller à l’étranger pour se former. Tout le monde ne revient pas de l’étranger après s’être formé. L’éducation est une des clés de développement d’un pays et il est primordial de promouvoir un système éducatif en phase avec l’époque et qui tienne compte des nécessités vitales du pays.

Comment reformer le système éducatif ? Quelle réforme sera adéquate ?

  • L’urgence économique

Comment instaurer une gouvernance économique au service du peuple ? Quelles solutions pour réduire le taux du chômage chez les jeunes ?  La lutte contre la corruption (une culture en Mauritanie), la promotion de l’exemplarité et de la transparence dans la gestion des finances publiques. Les mauritaniens savent qu’ils ont des ressources mais ils ne savent pas et ne sentent pas ce que leurs procurent ces ressources.

Le marché national est complètement désordonné. La rencontre de l’offre et de la demande obéit à la loi du talion plus qu’aux règles du jeu commercial. Le climat des affaires est désastreux parce qu’on ne veille pas au respect du cadre règlementaire. Toutes les pratiques sont admissibles sur ce marché.

Finalement, ce sont tous ces déséquilibres qui se répercutent sur le ménage du mauritanien lambda. La qualité de vie des citoyens est tributaire d’une bonne gouvernance instaurée à tous les échelons de la vie publique. Comment nos candidats s’y prendraient-ils pour instaurer cette bonne gouvernance ?

On pourrait y ajouter plusieurs autres éléments qui empoisonnent le quotidien des mauritaniens. Mais personnellement, je pense que ce sont là des axes prioritaires qui doivent figurer au centre des programmes des candidats ; si programmes ils ont !

Par Cheikhna Mbouh Tandia

Juriste d’affaires  

 

(Reçu à Kassataya le 02 juin 2019)

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