[Libre Expression] Breidleil go back home | Par Dr Coumba Ba, chargée de Mission à la Présidence de la République

En convoquant ses talents de communicateur professionnel et en grand professionnel du « mercenariat » idéologique, Monsieur Mohamed Yehdhih ould Breidleil, dans une sortie récente, vient de faire au candidat Sidi Mohamed ould Boubacar, une « alléchante » offre d’intendance politico-idéologique. A titre gracieux ou punitif ?, peut-être les deux à la fois.

L’objectif est visiblement double : donner un semblant de cohérence à une candidature « attrape-contraires », donc consubstantiellement inaccaparable de produire un projet de société cohérent, et justifier par-là même son soutien pour le moins surprenant à celui-ci. L’argumentaire en vaut bien le détour.

Il y a quelques temps déjà que l’on savait que le dinosaure politique, notre « Breidleil national », avait rompu les amarres avec le régime qu’il a jusqu’ici soutenu, du moins jusqu’à l’achèvement de ses deux mandats réglementaires à la tête du Conseil d’Administration de la CNAM.

Depuis lors, par de petites sorties aux allures théoriques, l’intellectuel Breidleil semblait revisiter ses sujets de prédilection, mis au frigo durant ses deux mandants de PCA. Normal, tout bon Mauritanien sait « qu’on ne parle pas en mangeant ».

Jusque-là, rien que du Breidleil classique, avec ses fresques sémantiques fortement agrémentées de références historiques, pas forcément à propos d’ailleurs, et des citations à profusion souvent décontextualisées, sur fond de fidélité aux fondamentaux du « ba’thisme » ou de ce qui en reste encore.

Tout le monde le savait donc, Breidleil et ses amis ont largué les amarres. Puis, SAWAB parla à haute voix pour le Manitou, en concluant une alliance électorale avec IRA. Breidleil laissera entendre, qu’au-delà des législatives, Biram Dah Abeid pourrait être un idéal « cheval de Troie » lors de la présidentielle à venir.

L’irruption de Sidi Mohamed ould Boubacar dans la scène politique change la donne. Tandis que SAWAB chemine (pour combien de temps encore ? avec Biram Dah Abeid, le Gourou des « ba’thistes », débarque chez le candidat des « Islamistes ». Pourtant, dans une tribune récemment commise, Breidleil justifiait sans sourciller le soutien au président Egyptien, ennemi irréductible des « islamistes. Bon !, comme il n’en est pas à une contradiction près, passons.

Ould Breidleil a la solide réputation d’être d’un flair politique très aiguisé. Une girouette politique qui annonce ou qui prépare des « changements » politiques en sourdine, une sorte de préparateur/annonciateur de « combines » politiques. Une réputation surfaite certainement, mais qui a fait école.

Le modus operandi était simple : une tribune dans la presse richement colorée telle un tableau impressionniste, avec comme public-cible l’élite politico-intellectuelle. Ça s’appelle « l’intendance idéologique » de l’action politique. Cette fois-ci, le loup sort du bois.

Confortablement installé dans le fauteuil de donneur de leçons face aux caméras et micros, l’âge bien avancé apportant la dose de sagesse qui lui manquait, Monsieur Ould Breidleil se livre à un cours magistral de stratégie et de tactique politiques. Le public-cible aussi a changé. C’est au mauritanien moyen, comme vous et moi, qu’il s’adresse. Le propagandiste hors pair se mue, mine de rien, en un agitateur de talent. La suite est à l’avenant.

Sidi Mohamed ould Boubacar nous dit-il, est un homme d’Etat. Oui, concédons-le ; et alors ? C’est une insulte à l’intelligence nationale que d’insinuer qu’il est le seul à avoir cette qualité, si tant est qu’il l’a. On s’imagine aisément que si Breidleil devait étayer ce « justificatif » dans la langue qu’il maitrise le mieux et qu’il déteste paradoxalement le plus (et c’est son droit), il se serait probablement repris autrement. Coller la définition de Commis de l’Etat à celle d’Homme d’Etat, est un degré raffiné de la mauvaise foi. Tout le monde le sait, et lui en premier, qu’un commis de l’Etat n’est pas forcément recyclable en un homme d’Etat.

Or, le point de faiblesse de son candidat est d’avoir justement servi, dans les plus hautes charges publiques, les pouvoirs militaires qu’il pourfende et pour lesquelles lui et son candidat ont apporté les plus précieux des concours. Le but de la manœuvre est donc clair : faire feu de tous bois pour transformer la faiblesse de son candidat en un précieux et rarissime atout.

En face de son candidat, il n’y a qu’un seul candidat et tous les autres comptent pour roupie de sansonnet : le candidat du « système » dit-il, comme pour agiter le spectre d’un slogan dont les échos nous proviennent d’un proche ailleurs. Et le lien communicationnel est tout trouvé : rebondir sur la mode de « l’antisystème » qui semble faire recette ailleurs, pour effaroucher en agitant le spectre du « pouvoir militaire ». Pourtant, lui-même le dit clairement : l’Armée n’a pas de candidat.

Le discours abscons et pour le moins sibyllin qu’il distille tente de faire croire aux moins attentifs d’entre nous, que le candidat Ghazouani, sans le nommer, est sorti des casernes pour prétendre aux fonctions présidentielles. Il oublie volontairement qu’il n’a pas démissionné de l’armée et, à la régulière, il a été admis à faire valoir ses droits à la retraite. Heureusement un tout petit reste d’honnêteté intellectuelle fait admettre à Ould Breidleil, qu’être un ancien militaire n’est pas une condition rédhibitoire pour prétendre à assumer les plus hautes charges de l’Etat.

Le plus attristant est quand la « Grande Référence Nationale » Breidleil a oublié de nous dire que lui et les siens étaient partie prenante dans le premier coup d’Etat militaire dans le pays. Il a oublié de nous dire aussi que lui et les siens ne croient pas aux urnes comme moyen d’accès au pouvoir.

Il a enfin oublié de nous expliquer que le projet politique « ba’thiste » repose sur la prise du pouvoir par une « avant-garde consciente ». Voilà peut-être ce qui explique que Monsieur Ould Breidleil n’a pas jugé utile d’esquisser, ne serait-ce qu’un moindre petit frémissement du projet politique porté par son candidat. Ces choses là sont peut-être pour lui assez complexes pour être intelligible au petit peuple que nous sommes.

Mais là où ould Breidleil surprend le plus, c’est quand il tente d’expliquer et de justifier l’attelage hétéroclite qui soutient son candidat. La « case brule » nous dit-il. Il y a péril en la demeure. La patrie est en danger. C’est à se demander de quel pays parle Breidleil certainement pas la Mauritanie.

Face au danger nous dit-il, les contradictions deviennent secondaires. Faut-il y comprendre ceci : « on a le temps de trahir le peuple en se neutralisant mutuellement après l’élection ». Ou plutôt cela : « tout sauf Ghazouani, l’après élection importe peu ». L’un dans l’autre, notre « Breidleil National » semble vouloir clôturer une carrière politique riche en échecs ; une bien triste fin.

Dr COUMBA BA

Chargée de Mission à la Présidence de la République

 

Source : Cridem

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