Vague d’attentats contre des églises et des hôtels, plus de 150 morts : carnage au Sri Lanka

La nature exacte de ces déflagrations demeurait inconnue dans l’immédiat et aucune revendication n’a été faite.

 

Le Sri Lanka est le théâtre, ce dimanche, d’une série d’attentats, pas encore revendiqués, perpétrés contre des églises, en pleine messe de Pâques, et des hôtels à travers le pays. Selon les dernières informations, trois églises et quatre hôtels ont été la cible d’explosions. Une huitième explosion a eu lieu, en début d’après-midi dans un lieu non-précisé d’Orugodawatta, une banlieue du nord de Colombo, ont indiqué les autorités. Les derniers bilans font état d’au moins 158 morts et de centaines de blessés, selon la police de Colombo. Plus de 30 étrangers feraient partie des morts.

Le bilan pourrait encore s’aggraver car on dénombre plus de 300 blessés dans ces attaques d’une violence exceptionnelle, dont la nature n’était pas connue et qui n’ont pas été revendiquées dans l’immédiat. Cet épisode de violence est le plus meurtrier dans le pays depuis la fin de la guerre civile il y a dix ans. Dans ce contexte, le ministère de la Défense a décrété l’entrée en vigueur immédiate d’un couvre-feu pour une durée indéterminée. Dans un premier temps, il avait annoncé un couvre-feu de douze heures à partir de 18H00 locales (12H30 GMT).

À Colombo, trois hôtels haut de gamme en front de mer et une église ont été frappés dans la matinée, des attaques faisant au moins 64 morts, selon une source policière. Dans l’après-midi, au moins deux personnes ont péri dans une nouvelle explosion dans un quatrième hôtel, situé celui-là à Dehiwala, une banlieue du sud de la capitale. La police a ensuite fait état d’une huitième explosion en début d’après-midi dans un lieu non-précisé d’Orugodawatta, une banlieue du nord de Colombo.

(Lire aussi : Attentats au Sri Lanka: de précédentes fêtes de Pâques endeuillées)

À Negombo, localité au nord de Colombo, 67 personnes ont trouvé dans la mort dans l’église Saint-Sébastien et 25 autres dans une église à Batticaloa, une ville de l’est de l’île, selon la même source. Au moins 35 étrangers figurent parmi les morts, dans ce pays prisés des touristes internationaux, parmi lesquels un Portugais. Sur Twitter, l’ambassade de France au Sri Lanka a exhorté ses ressortissants à se tenir « éloignés des lieux publics » et à éviter « tout déplacement ».

« Attaques lâches »

Le Premier ministre sri-Lankais Ranil Wickremesinghe a fustigé dimanche des « attaques lâches » et appelé les pays à l’unité. Le chef de la police nationale, Pujuth Jayasundara, avait alerté ses services il y a dix jours en indiquant qu’un mouvement islamiste appelé NTJ (National Thowheeth Jama’ath) projetait « des attentats suicides contre des églises importantes et la Haute commission indienne ». Le NTJ s’était fait connaître l’an passé en lien avec des actes de vandalisme commis contre des statues bouddhistes. Le bouddhisme est la religion majoritaire de l’île. Le ministre des Finances Mangala Samaraweera a déclaré sur Twitter que les attaques semblaient être « une tentative coordonnée pour provoquer des meurtres, le chaos et l’anarchie ».

Sol couvert de sang

Une vidéo prise dans l’une des églises touchées montrait de nombreux corps recroquevillés, le sol parsemé de décombres et couvert de sang. La violence de l’explosion avait soufflé des parties du toit, laissant entrevoir le ciel.

Les premières explosions qui ont été rapportées se sont produites à l’église Saint-Antoine, dans la capitale, et à l’église de Negombo. « Attentat contre notre église, s’il vous plaît, venez nous aider si des membres de votre famille s’y trouvent », pouvait-on lire dans un message en anglais posté sur le compte Facebook de l’église Saint-Sébastien de Katuwapitiya, à Negombo.

Au moins une des victimes a péri dans le Cinnamon Grand Hotel de Colombo, situé près de la résidence officielle du Premier ministre, a indiqué à l’AFP un responsable de cet établissement, qui a précisé que l’explosion s’était produite dans un restaurant. À l’hôtel Shangri-La, situé à proximité, un photographe de l’AFP a constaté d’importants dégâts dans un restaurant au second étage: les vitres avaient été soufflées, des fils électriques pendaient du plafond.

« Gardez votre calme »

« Réunion d’urgence dans quelques minutes. Les opérations de secours sont en cours », a tweeté de son côté le ministre des Réformes économiques Harsha de Silva qui a fait état de « scènes horribles » à l’église Saint-Antoine et dans deux des hôtels visés où il s’est rendu. « J’ai vu des morceaux de corps éparpillés partout », a-t-il tweeté, ajoutant qu’il y avait « beaucoup de victimes dont des étrangers ». « S’il vous plaît gardez votre calme et restez à l’intérieur », a-t-il ajouté.

Le gouvernement a par ailleurs décrété  le blocage temporaire des réseaux sociaux pour empêcher la diffusion d »informations incorrectes et fausses ».

Les catholiques perçus comme une force unificatrice

Environ 1,2 million de catholiques vivent au Sri Lanka, dont la population totale est de 21 millions d’habitants. Le pays compte environ 70% de bouddhistes, 12% d’hindouistes, 10% de musulmans et 7% de chrétiens. Les catholiques sont perçus comme une force unificatrice car on en trouve chez les Tamouls comme chez la majorité cinghalaise. Certains chrétiens sont cependant mal vus parce qu’ils soutiennent des enquêtes extérieures sur les crimes de l’armée sri-lankaise contre les Tamouls pendant la guerre civile qui s’est achevée en 2009. Selon les Nations unies, le conflit de 1972 à 2009 a fait de 80.000 à 100.000 morts.

Deux décennies après Jean Paul II, le pape François avait effectué une visite dans l’île en janvier 2015 au cours de laquelle il avait célébré une messe devant un million de participants rassemblés à Colombo. La police de la capitale, donnant le chiffre d’un million, avait estimé qu’il s’agissait de la foule la plus importante rassemblée lors d’une manifestation publique. Le Vatican avait parlé pour sa part de plus de 500.000 personnes. Dans son sermon, le pape avait insisté sur la liberté de croire sans contrainte dans un pays blessé par les tensions ethniques et interreligieuses.

Avant l’élection de François en mars 2013, le cardinal sri-lankais Malcolm Ranjith avait été cité comme un candidat possible au pontificat.

OLJ/Agences

Source : L’Orient Le Jour (Liban)

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