Mais au fait, c’est quoi les élites?

Les défaillances du système français à promouvoir des profils variés aux plus hautes fonctions alimentent un discours anti-élites de plus en plus audible dans la société.

 

Élites, élites, élites… le terme revient en boucle depuis le début du mouvement des «gilets jaunes». Il reste pourtant indéfini. On devine évidemment qu’il désigne celles et ceux qui sont aux commandes dans la société, mais sa définition, ses contours, la façon dont se font ou se défont les élites, tout ceci reste vague.

Le terme est pourtant loin d’être nouveau dans les sciences sociales, et il peut être utile de retourner un instant à ces sources. L’inventeur de la notion, sur le plan sociologique, est sans nul doute Vilfredo Pareto, un sociologue et économiste libéral, plutôt revendiqué par la droite. Pourtant, Pareto, à l’instar de Marx, croit à la lutte des classes, mais il ne pense pas, cette fois contrairement à Marx, qu’elle se limite à la lutte entre les capitalistes et le prolétariat: «Elle a lieu entre un nombre infini de groupes avec des intérêts différents, et avant tout entre les élites rivalisant pour le pouvoir.»

La mobilité sociale en question

 

Il n’y a donc pas, pour Pareto, une élite éternellement vouée à diriger, mais des groupes en compétition qui aspirent au pouvoir. Si l’un d’entre eux parvient à s’imposer, c’est, pense Pareto, à cause des qualités intrinsèques de ses membres. Cette théorie est donc foncièrement inégalitaire. Une personnalité qui la formulerait ainsi aujourd’hui serait probablement clouée au pilori. Est-elle pourtant entièrement fausse?

La plupart des personnes seraient sans doute d’accord pour reconnaître qu’il faut des qualités particulières, que tout le monde ne possède pas, pour diriger une entreprise, une organisation politique ou syndicale, une grande association, un pays –des qualités de leadership, d’organisation, de vision prospective, etc.

Si les élites sont contestées, ce n’est donc probablement pas parce qu’on leur dénie par principe ces qualités. La question est plutôt celle de la «circulation des élites», selon le terme même de Pareto, c’est-à-dire du degré auquel la société est suffisamment mobile, ouverte et fluide pour que les élites puissent se renouveler lorsque celles qui sont au pouvoir perdent, pour différentes raisons –et notamment le fait de ne plus être en phase avec les exigences d’une société en changement–, les qualités utiles pour exercer efficacement le pouvoir.

Pour Pareto, et finalement il n’apparaît pas si conservateur, cette mobilité des élites est inévitable. On connaît sa célèbre formule: «L’histoire est un cimetière d’aristocraties.» Au fond, la question est donc celle de la mobilité sociale, mais pour ce qui concerne les élites, de la mobilité sociale à la pointe extrême de la pyramide. Et sur ce plan, la France n’est probablement pas un modèle de société ouverte et fluide.

Un processus de sélection trop fermé

 

Notre modèle de production et de reproduction des élites est en effet en grande partie fondé sur le système des grandes écoles, dont on sait bien qu’il peine, si l’on reprend à nouveau les termes de Pareto, à se resourcer, en nombre et en qualité, par «les familles qui viennent des classes inférieures».

Selon l’Observatoire des inégalités, on comptait sur la période 2003-2013 64% d’enfants de cadres supérieurs parmi les élèves de l’École polytechnique contre 1% d’enfants d’ouvriers, et 69% contre 4% à l’ENA en 2015. Le système de formation des élites en France est socialement endogène.

 

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Olivier Galland et Telos

Source : Slate (France)

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