Les femmes et le poisson des appétits

Ils sont hommes, elles sont femmes, ils sont pêcheurs, elles sont mareyeuses, et en ce début de saison de pêche, tous ont le regard tourné vers les plaines inondées du Diawling et particulièrement les femmes de la localité de Birette organisées en groupement de femmes mareyeuses depuis plus de 20 ans.

Ce 1er novembre, comme chaque année, marque le début de la décrue artificielle mais aussi le lancement officiel de la pêche artisanale conformément au protocole d’accord établi entre les gestionnaires du parc et la communauté des pêcheurs Taghredient.

Pendant près de 5 mois plusieurs centaines de tonnes de poissons vont être pêchées et séchées, de quoi aiguiser les appétits des communautés vivant dans l’enceinte du parc et qui ont bien l’intention, pendant cette courte période de pêche autorisée, de maximiser leurs gains.

Jusqu’à présent, pêcheurs et mareyeuses ont travaillé en bonne intelligence. Les pêcheurs leur vendent le poisson qu’ils ont préalablement fait sécher et elles l’écoulent en Mauritanie mais également au Sénégal voisin. La concurrence avec les femmes sénégalaises est à ce niveau rude, car les mareyeuses mauritaniennes sont soumises à des frais incompressibles de transport de marchandises jusqu’au Sénégal et de taxes à la frontière et au marché.

Si les mareyeuses de Birette abordent avec une extrême pudeur le montant de leurs revenus, elles reconnaissent toutefois du bout des lèvres que si leur activité leur permet de vivre, elle pourrait être deux fois plus lucrative avec une meilleure organisation. Elles exigent alors que le poisson soit mieux séché, vendu au kilo et à prix fixe pour leur éviter de trop grosses pertes d’argent en période de saturation du marché. Si le premier point de leurs revendications a été accepté il n’en est rien pour les prix car l’arrivée de jeunes pêcheurs, âpres aux gains et parfois irrespectueux des règles tacitement établies entre les deux parties déséquilibre l’harmonie qui existait entre pêcheurs et mareyeuses.

Face à ce problème, le PELIMIR en collaboration avec le CorMCT et le PND est venu en appui à la communauté de Taghardient et aux femmes de Birette. Pêcheurs et mareyeuses ont été formés pour une dynamisation de l’économie locale et pour une meilleure intégration des jeunes dans la pêche artisanale responsable. Des modules ont d’autre part été préparés afin de développer les capacités des participants en matière de connaissance et de protection de l’environnement, en particulier les règles régissant le PND.

Mais les mareyeuses ont déjà envisagé des solutions pour l’achat de leur poisson. Avec l’argent qu’elles gèrent dans leur groupement elles apportent, au moment venu, une avance financière aux pêcheurs. Un excellent moyen de vaincre les réticences des débiteurs et de recevoir à chaque fois 10 % d’intérêts.

Fierté de la région, le poisson séché naturellement du Diawling est unanimement apprécié. Pendant encore longtemps indépendamment des désaccords, sa présence dans le thiébudienne fera frémir les papilles des gourmets en Mauritanie et au-delà des frontières. Alors, Bon appétit !

 

 

 

Oumar S

 

(Reçu à Kassataya le 04 novembre 2018)

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