
Pour Canal+, qui souffre et continue de perdre des abonnés en France (près de 800 000 en 2016-2017, malgré une refonte de son offre), le salut émanera peut-être de l’étranger. C’est de là, en tout cas, qu’arrive la concurrence : en quelques années, des géants se sont constitués, à l’image de l’américain -Netflix, qui affiche 110 millions d’abonnés payants dans le monde et vient d’accueillir au sein de son conseil d’administration l’ancien numéro deux de Canal+, Rodolphe Belmer, débarqué en 2015 par Vincent Bolloré, actionnaire principal de la maison mère Vivendi…
Certes, a expliqué lundi 19 février, lors d’un point presse, son remplaçant, le directeur général Maxime Saada, » on a mené des initiatives en France pour développer notre parc d’abonnés, mais le gros de la croissance vient des activités à l’international, qui jouent un rôle absolument critique pour le groupe « . Il s’agit d’une » compétition mondiale « , a-t-il poursuivi, et la clef se trouve dans » la masse critique d’abonnés pour pouvoir investir dans les contenus et les amortir. Face à des acteurs comme Netflix, il est important pour nous d’accélérer « .
Pour faire face à ces menaces, le premier groupe audiovisuel français cherche donc à renforcer ses positions hors des frontières nationales, en particulier en Afrique francophone, où le groupe Bolloré, avec ses 28 000 employés, est présent dans 46 pays du continent. » La croissance internationale est devenue un objectif stra-tégique pour notre groupe « , a déclaré Jacques du Puy, président de Canal+ International.
Le modèle » Nollywood «
Présent en Afrique depuis 1991, Canal+ a commencé seulement en 2011 à ne plus considérer ce continent comme un marché d’exportation où l’on écoulait tranquillement les productions françaises, a rappelé David Mignot, directeur général Afrique de Canal+ International. Le groupe s’est adapté sur le principe » KISS » (Keep it simple and smart, » rester simple et intelligent « ) : un nouveau décodeur, plus abordable et moins facile à pirater, a été développé, un réseau de distribution a permis d’aller au-delà des grandes villes et, surtout, des programmes et des chaînes spécifiques ont été mis en place. Résultat : de 140 000 abonnés en 2007, Canal+ est passé à plus de 3,4 millions en 2017 – sur un total de 15,6 millions pour tout le groupe, dont près de 7 millions à l’international.
En lien avec les autres filiales de Vivendi, comme Universal et Havas, le groupe télévisuel veut aller plus loin sur le continent en structurant des filières qui n’existent pas encore, que ce soit en matière de détection des talents, de production (séries, documentaires, cinéma), de diffusion ou de publicité pour arriver à une meilleure monétisation. » On veut sortir le cinéma africain francophone de la sphère art et essai « , a affirmé M. Mignot. Le modèle est » Nollywood « , l’imposante industrie du cinéma au Nigeria. Les salles de cinéma CanalOlympia, ouvertes par Vivendi sur le continent africain (une dizaine actuellement), s’insèrent dans cette stratégie.
Mais, au-delà du noble objectif de développer un secteur audiovisuel africain, Canal+ va-t-il aussi se mettre au service des intérêts économiques du groupe Bolloré en Afrique, comme le craignent certains ? Le site Les Jours avait révélé, en décembre et en janvier, non seulement le retrait des plates-formes replay d’un reportage sur le président togolais, Faure Gnassingbé, mais aussi le licenciement de salariés au motif qu’ils avaient été responsables de sa rediffusion, et enfin la diffusion d’un publireportage sur le Togo. Le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) s’est saisi de cette dernière affaire, qui sera examinée » dans les prochaines semaines « , a-t-on indiqué. Interrogé lundi, M. Saada s’est refusé à tout commentaire.
Les ambitions de Canal+ ne se limitent pas à l’Afrique. En Asie, où le groupe est déjà présent au Vietnam sur un marché compliqué en raison d’un piratage extrêmement élevé (789 000 abonnés fin 2017), il s’est lancé début février en Birmanie en créant une -cœntreprise avec un groupe de télévision local, Forever Group. Ce dernier était venu démarcher le groupe français pour le con-sulter sur la télévision payante. Le contact est allé plus loin.
» Canal+ Myanmar « , qui comp-te environ 100 000 abonnés après avoir intégré les activités de son partenaire birman dans la télévision payante, vise un million d’abonnés d’ici quatre à cinq ans. Avec une croissance de plus de 7 %, le pays de 55 millions d’habitants est en plein essor après des décennies de dictature militaire, mais seulement 5,3 millions de foyers sont équipés d’un téléviseur. Dans une nation où l’usage des réseaux sociaux s’est banalisé, onze » ambassadeurs numériques » ont été recrutés. Leur mission : faire connaître la marque Canal+.
François Bougon
Source : Le Monde
Diffusion partielle ou totale interdite sans la mention : Source : www.kassataya.com