Kaédi : eau et électricité, des perturbations inquiétantes

Une journée pas comme les autres, chaude, caniculaire. Tout le monde en bave.

Au téléphone, entre deux causeries, la chaleur tient la vedette, comme si en parler abondamment permettait de la partager, l’exorciser pour que la clémence du Roi des cieux abreuve les âmes accablées, transpirantes, comme des condamnés au sort déjà scellés.

Kaédi, une ville qui bat, dit-on, le record Guinness de la Mauritanie, sur l’échelle du mercure, en ce mois béni de Ramadan. Une situation peu enviable, certes, et, surtout, déconcertante et étouffante, depuis deux ou trois années où, comme pour attiser les braises d’un soleil brûlant qui tient, de jour comme de nuit, sa chape de plomb sur les têtes déjà cramées, le manque d’eau et les coupures intempestives d’électricité rendent plus rude encore un quotidien déjà fort éprouvant, à tout point de vue… 

L’abondance et la qualité de son liquide précieux, jadis, valait, à Kaédi, grandes moqueries des uns et des autres, la traitant d’« Etna »… Sans nier la réalité, les Kaédiens s’amusaient, tout de même, à mieux vendre et vanter les qualités de son eau coulant des robinets et la facilité à s’en procurer, comme pour dire, face à la grande chaleur : « Point d’inquiétude, l’eau existe, elle est là, elle abonde ». Aujourd’hui, faute d’eau pour des raisons non encore élucidées, les populations se surprennent, par moments et par endroits, à sillonner les quartiers, bidons jaunes au bras, comme pour se rappeler la précarité de leur situation. Une situation qui va de mal en pis, sans pour autant alerter, malgré son acuité, les premiers responsables. Les signaux sont pourtant nombreux.

Pour les plus pessimistes, la menace viendrait même du tarissement du champ de captage, alors que les autres accusent l’incompétence d’un personnel plus prompt à « couper » l’eau qu’à satisfaire le client. Le réseau souffre de la vétusté d’installations jamais renouvelées, depuis les indépendances, et/ou le manque d’équipements en surface. Dans tous les cas, le problème est plus qu’inquiétant. Pour une ville qui connut l’eau et l’électricité dès l’aube des indépendances – à l’époque de MAURELEC (Mauritanienne d’électricité), se rappelle le vieil Oumar, la société gérée par un français moustachu du nom de Vanelli qui s’occupait des machines installées non loin de l’abattoir frigorifique – SOMELEC et SNDE sont, aujourd’hui, deux mammouths aux pieds d’argile. Une sorte de couple infernal, aux déboires tentaculaires qui pèsent, lourdement, sur le quotidien des consommateurs souvent tenaillés entre peur et inquiétude.  

Et, pour cause, retard de paiement de l’une ou l’autre facture, synonyme de coupure systématique à laquelle s’adonnent, allégrement, les agents, encore contractuels. Avec seulement des services commerciaux qui ne s’occupent que des factures, on comprend, aisément, que, dépourvues de services techniques, nos deux structures nationales sont loin de répondre aux préoccupations et autres soucis des clients, avec, en filigrane, l’exigence de prestations de qualité. Le paradoxe, dans la distribution de l’électricité, est cet étrange statut d’« abonnement social » qui peut basculer à celui de « commercial », suivant une tarification qui passe du simple au double, sitôt que la consommation annuelle d’un client dépasse les 1 200 Kwh.

Dans cette grille, le consommateur est invité à n’allumer qu’une ou deux ampoules, pour rester « social », il est astreint de ne pas dépasser une limite. La consommation utile de courant, signe d’un développement endogène qui permet, à la classe moyenne, de conserver les aliments et d’améliorer son quotidien, devient un supplice, avec des factures salées que le salaire, en plus des médicaments et des rations alimentaires, ne peut plus supporter. Alors que, de tout temps et ailleurs, le courant électrique a libéré les énergies, boosté les entreprises, valorisé le travail, par l’amélioration des déterminants de l’économie locale et la réduction du champ de la pauvreté, chez nous, c’est l’effet contraire. Car, au prix élevé du Kwh, il faut ajouter l’absence de mesures incitatives et motivantes, pour les usagers sous la menace constante de voir leur « panneau » – compteur, disjoncteur… – arraché avec mépris, si bien que les règles du CSLP fixant les conditions de vie des populations, via infrastructures de base, sont devenues caduques, simples slogans plombant la vie des usagers de ces deux secteurs vitaux.

 

Source : Le Calame

 

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