Jomo Kenyatta, l’éveil kikuyu et père du Kenya

Le Kenya, pays important situé en Afrique australe fut une colonie anglaise à partir de la fin des années 1880. En effet, les premiers occupants européens seraient venus en 1887, et après les comptoirs commerciaux sur le littoral, ils s'étaient installés sur les vastes plateaux face au mont Kenya.

Profitant de la fertilité des terres propice à la vie fermière, l'administration coloniale permit l'aliénation des terres des autochtones (tribus kikuyu en majorité) au profit des fermiers blancs qui, même étant très minoritaires occupèrent l'écrasante majorité des terres utiles. Le rapport suivant illustre cet ordre foncièrement injuste entre les colons blancs et les autochtones ; 3000 fermiers blancs détenaient 40000 km2 alors que plus d'un million de kikuyus étaient parqués dans une réserve de 10000 km2. En effet, pour le peuple kikuyu ayant une relation mystique avec leurs terres ancestrales, cette donne inégalitaire instaurée par l'administration coloniale, s'apparentait à une grave violation de leur dignité. Par conséquent, la prise de conscience et la rébellion ne sont qu'attendues à moyen ou long terme.

Il est bon de rappeler que l'administration coloniale distinguait trois groupes d'habitants au Kenya, les blancs, les indiens et les africains qui sont au bas de l'échelle.

La phrase qui défait l'esprit malsain de la domination coloniale: « lorsque les blancs sont venus en Afrique, nous avions les terres et ils avaient la bible. Ils nous ont appris à prier les yeux fermés: lorsque nous les avons ouverts, les blancs avaient les terres et nous la bible.»  Jomo Kenyatta né en 1891 ou 1894 selon différentes sources.

Jomo Kenyatta, de son vrai nom Kamau Wa Ngengi, était un jeune kikuyu ayant fréquenté l'école occidentale auprès des missionnaires écossais, et avait développé une conscience politique très tôt à Nairobi aux contacts de milieux revendicatifs kikuyus. Il s'était surnommé Jomo Kenyatta voulant dire en langue kikuyu "Le Javelot Flamboyant du Kenya", et militait au sein du KCA (kikuyu central association). C'est au nom de cette association qui défend les droits des kikuyus, qu'il fut envoyé à Londres en 1929 pour plaider la cause kikuyu. Pendant son séjour londonien, il avait écrit plusieurs articles sur les conditions vécues par les autochtones au pays sous l'ordre colonial. Par ailleurs, Il avait côtoyé plusieurs panafricanistes à Londres.

En 1946, il était devenu secrétaire général de la KANU ( Kenyan African National Union) qui militait ouvertement pour l'indépendance du pays.

Fin des années 40 et courant 50, celui qui est surnommé par l'administration coloniale et les fermiers blancs, comme le "guide vers les ténèbres et la mort", tenait de plus en plus un discours anticolonial en appelant à la conscientisation des africains. Parmi ces derniers, beaucoup des mobilisés pendant la seconde guerre mondiale commencèrent à s'interroger sur leur condition dans cet ordre colonial faisant d'eux des habitants de seconde zone, c'est-à-dire des indigènes ayant des devoirs peu enviables mais peu de droits.

Ainsi surgit l'épreuve inévitable de la lutte armée contre ces humiliations multiformes incarnées par les fermiers blancs qui détiennent TOUT et certains collaborateurs locaux corrompus par les privilèges exclusifs au détriment de l'écrasante majorité des noirs. À partir de 1952, une association d'action pour la liberté s'était créée en parallèle de l'activisme politique, pour mener la lutte armée contre les chefs de tribus loyaux à l'administration coloniale et les fermiers blancs. Ce mouvement armé dénommé Mau-Mau par les autorités coloniales qui voulaient le discréditer en le taxant de "secte démoniaque", s'était constitué autour d'un rituel d'initiation acté par une prestation de serment quasi-mystique. Selon le témoignage d'anciens membres du groupe, le but était de s'encourager mutuellement pour tenir vaillamment face à la répression des forces coloniales soutenues par les supplétifs recrutés parmi les africains.

Jomo Kenyatta, toujours en verve avec son discours ultra-nationaliste contre l'ordre colonial, fut suspecté d'être la tête pensante du mouvement Mau-Mau, arrêté et jugé. Il fut réduit à un simple numéro de prisonnier comme d'autres.

N'arrivant pas à mater définitivement l'insurrection Mau-Mau qui hantait les colons blancs et leurs complices locaux, les autorités coloniales décidèrent la voie douce en libérant Kenyatta en 1961. L'ancien apprenti charpentier et journaliste qui haranguait les foules par sa formule magique en langue Swahili "Haraambee" signifiant Agir ensemble, était devenu l'interlocuteur incontournable et crédible de la puissance coloniale pour négocier l'indépendance. Ainsi, il était nommé premier ministre en 1963, et devenu premier président du Kenya en 1964 jusqu'à sa mort le 22 Août 1978. Son règne fut marqué par une réforme agraire en douceur pour rassurer les fermiers blancs, acteurs importants de l'économie du pays tout en mettant plus d'équité pour les autochtones.

Il est à noter que son règne avait été marqué par quelques zones d'ombres :

– La mutinerie d'éléments militaires issus du mouvement Mau-Mau, qui ne supportaient pas la présence d'officiers anglais au sein de la nouvelle armée kenyanne. Ces mutins furent durement réprimés avec l'aide de l'armée britannique.

– La mise en place d'un pouvoir central autour de sa personne en refusant un vrai pluralisme politique. Cette tendance personnifiée de son régime avait fini par réveiller les démons des affrontements inter-tribaux. En effet, les kikuyus desquels il est issu, dominaient la "chose publique" au détriment des autres ethnies.

– Avec son âge avancé frôlant la sénilité , certains de ses proches auraient largement abusé de son influence sur certaines décisions importantes.

Quelques enseignements pour les activistes mauritaniens engagés pour l’éradication des tares sociales, politiques et sociétales qui sapent l'émergence d'un État-Nation:

– Ne pas laisser son "cerveau" naïvement à la guise des tenants dominants du système sous couvert de la religion ou du religieux pour asservir.

– Être diabolisé par un ordre social, sociétal ou étatique inique et injuste, doit être un signe d'encouragement motivant pour plus de persévérance.

– Rester unis sur l'Essence pour bousculer le joug à toutes les échelles, se méfier des Essentiels partisans pouvant masquer l'Essence du TOUT.

– Être convaincu que l'effet minoritaire est une Grandeur, quand on s'engage pour le Bien et le Juste.

– les accusations d'extrémisme venant de la part des milieux dominants, sont un passage obligé, donc il faut garder le cap car l'édifice des injustices est certes fragile.

– Au final, les zélés de l'ordre injuste seront face à leurs consciences et feront plus confiance aux courageux qui auront osé lutter dignement, que les complices double-face et autres agents de service.

– Être vigilant à l'après défaite d'un ordre injuste afin d'éviter d'agir comme lui à l'envers.

 

Source des éléments biographiques tirés de l'emblématique émission d'Alain FOKA sur RFI, Archives d'Afrique.

 

Kundu Sumare

 

(Reçu à Kassataya le 14 octobre 2015)

 

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