Honneur? Fraternité? Justice? Par Mohamed Hanefi

Il fut un temps ou "bismillahi" était aussi une incitation, généreuse, au nom de Dieu, pour exhorter quelqu'un à partager votre repas. Je sais qu'on ne prend même plus la peine de formuler cette basmala avant de se nourrir.

 

Mais comme le plat pour lequel je vous invite, aujourd'hui a une surface de plus d'un million trois cent mille kilomètre carrés, je peux faire preuve de générosité. D'autant plus que le met auquel je vous convie appartient, apparemment à tous ceux qui en veulent. Le festin de la Mauritanie.
 

Un peu comme si quelqu'un invite ses proches et ses moins proches, à casse croûter sa mère ou sa tante, je vous convie à cette douloureuse orgie. D'ailleurs avez-vous attendu mon appel pour entamer ce qui pouvait l'être?
Un pays qui ne se programme pas pour son développement, se planifie pour son échec.
Ce n'est pas le véritable problème.
 

Ce, sur quoi je voudrais essayer d'attirer les attentions aujourd'hui, c'est le pourquoi ce pays, que tout prédestinait à la paix et au succès,  se résume aujourd'hui en une nuée de plus ou moins petits groupuscules, qui, les canines acérées, enfoncées dans les lèvres, sous l'intensité de l'effort, tirent de toutes leurs forces, non seulement pour être, mais pour que l'autre ne soit pas.
 

Rectificatif, Shakespeare, "être ou ne pas être C'est bien là, la question, en Mauritanie"
 
Quand Allah a voulu punir Adam et Eve, Il leur fit découvrir leur nudité. Exactement comme nous sommes en train de prendre conscience de la notre en ces jours.
 

Il dit ensuite dans le coran: "O vous, les croyants, ne chercher pas à découvrir des choses, qui si elles vous sont dévoilées, vous répugnent.".
 

Dans ce pays les citoyens se sont trouvé une vocation subite de découvrir toutes les nudités de ce qui est de ce qui fut, et de ce qui n'a jamais été, mais qui pouvait avoir été.
 

Lassés de pouvoir tirer les lambeaux de décence qui couvraient leurs parties cachées, ils se mirent en devoir de demander le secours d'autrui, pour se faire violence et avoir des raisons valables de courber la tête toujours un plus bas.
 

Les hommes au passage desquels les femmes poussaient les youyous et pour lesquels on étalait les beaux tapis de Turquie, symbole de profond respect et de profonde admiration, les hommes, qui fier et digne se drapaient d'orgueil, le front tourné vers le ciel, dégoulinant de piété et de dignité, se sont subitement trouvés, par un malheureux coup du sort, rampant comme des reptiles pour les biens du monde et les postes politiques.

Les hommes qui savaient la signification profonde de ce qui doit être et de ce qui ne doit pas se faire, les hommes qui dépensaient, les biens, la vie et le temps et les moyens, rien que pour que le pacte de gloire et de dignité avec les ancêtres ne soient pas rompus; ces hommes là s'affichent en ces temps de perdition,  rampant au raz du sol pour se disputer des carcasses de misère rien que pour la raison du ventre.
 

Nous qui avions honte de parler de nourriture.

Voilà ce que l'on peut appeler, sans risque de se tromper une trahison de ce que ce pays avait de plus précieux.
Un manque de foi qui a fait que les hommes "ont oublié Dieu, et Il leur fit oublier leurs propres personnes." Comme mentionné dans le livre.
 

Il est difficile de comprendre pourquoi ces hommes vont très loin pour avoir les preuves de l'humiliation nationale.
Pourquoi par exemple, on induit dans nos erreurs un pauvre député français. Qu'il soit un ma mère ou un mon père, il reste un étranger, devant lequel nous ne devions pas en principe étaler nos parties intimes. Internationaliser notre poubelle nationale, pour témoigner de la perversité ou la non perversité du chef de la tribu?
Et pourquoi entraine t on des italiens à peindre en détails notre passé esclavagiste? Un passé duquel nous n'avons honte que parce que nous avons peur de ce que les autres, aiguillonnés par une partie de nous-mêmes, vont penser ou vont entreprendre!!
 

Incapables de lécher nos plaies loin des yeux d'autrui!
 

Pourquoi nos émissaires, peu soucieux de la dépense faramineuse de leurs cabales à travers le vaste globe, vont se bousculer sur les plateaux de l'ONU pour se donner des coups de griffes et s'offrir en spectacles humiliants et très petits, pour un petit peuple qui se croyait au sommet des vertus et de la décence?
Ou est l'honneur?

Nos jeunes harratins qui se réunissent à Dakar, comme si la surface de la Mauritanie s'était étriquée au point qu'il faille aller chercher une place chez les voisins. Indisposer les autres par notre gêne nationale maladive et insane.

Est-il possible que tous ces mouvements soient inspirés par le fauteuil et les intestins?
Ou est la foi?

Chaque groupe veut fermer les portes de la miséricorde d'Allah au nez des autres: les journalistes mettent en garde contre les intrus: "Ne peut être journaliste que celui qui est déjà journaliste." Les savants se réservent le droit et le privilège de la proximité de Dieu. Seuls habilités à entrer dans la grâce d'Allah. Les courtisans du président font des pieds et de la tête, pour que personne d'autre ne l'approche. Les médecins barricadés derrière les portes insonorisées de leurs cliniques, font ce qu'ils veulent de qui ils veulent, au prix qu'ils veulent.

Les familles  privilégiées par le destin de l'aube des indépendances maintiennent un filtre réglé et programmé de façon telle que seuls leurs enfants accèdent aux bourses, aux commandes de l'état et aux comptes en banque.
Ou est la justice?
 

Le prophète auquel croient tous les mauritaniens, en tout cas en apparence, n'a-t-il pas dit que: "si vous vous en remettez à Allah à la mesure de ce qui se doit, vous serez comme l'oiseau, qui sort de son nid le matin le ventre vide et revient le soir le gosier plein.".
 

Ce n'est pas une période qui est morte, mais tout ce en quoi croyait un peuple qui a disparu.

Un peuple qui n'existe que par l'apparence désormais. Un peuple qui passe son temps à se palper pour trouver les raisons de ses différences, Un permis pour manger l'autre. Des motifs pour ses querelles : qui est esclave? Qui est forgeron?, qui est maure? Qui est noir? Qui bouffe? Qui est bouffé?
 

Comment peut-on s'acharner à se manifester même au prix fort de bassesses qui faisait frémir les montagnes et qui ne secouent plus la conscience de personne?
 

De nouveau filons ont été découverts et exploités a ciel ouvert: l'athéisme, le sunnisme, les chiismes…Et ça vient…
 

Nous sommes un peuple commerçant par excellence. Mais cette fois-ci, nous ne nous sommes pas rendu compte qu'un vendant tout, on perd tout et on n'obtient plus rien.
 

Le monde est fatigué de nos cœurs portés en écharpe par monts et par vaux pour des raisons étroitement égoïstes ou communautaristes. Un tourisme intéressé sans vergogne. Une existence vidée de sens, qui ne vaut pas la peine d'être vécue.
 

Chers citoyens. Mieux vaut faire envie que pitié.

Le monde est devenu si transparent, que certaine feintes ne génèrent plus que le ridicule.

Ceux qui suivent ou prêtent une oreille attentive, à nos plaintes interminables, ne s'y prêtent pas, par soutient ou par compassion, mais pour des visées beaucoup plus sombres et un destin beaucoup plus effrayant.
Ce sont des "soutiens" "gorges", qui quand ils prennent aux gorges, ne lâchent plus.
Attention. Et ré-attention.

Mauritaniens réveillez-vous, avant que ce ne soit en sursaut.
 

Le pays doit se "formater". Il faut absolument changer le système. Un pays sans système fiable et juste, est un pays ou personne n'a ses droits. Une arène ou celui peut, fait ce qu'il veut. Une poudrière ou ceux qui pensent être "bien assis", sauteront bien avant ceux sur qui ils siègent

Si tous ces aéronefs, que vous voyez, au dessus de vos têtes, planent en sécurité dans les airs, c'est qu'un système rigoureux y a été installé de façon, à ce que la défaillance ou le crash n'aient pas lieu.  

Ce n'est pas une question de fatalité mais de système établie depuis les origines.
 

Les vérités divines ne peuvent entrer en contradiction avec les constantes scientifiques. C'est une erreur, une aberration de le soutenir. Rien de faux ne peut venir de Dieu. Allah ne se trompe jamais et ne fait de tort à personne.
 

La philosophie adéquate, la sage décision est de rééditer le changement sur de bonnes bases.

Au lieu de claironner en direction de l'extérieur, informez l'intérieur. Apprenez aux gens qu'ils sont libres et égaux. Dites leur qu'Allah aime celui qui aime son pays, sa patrie, après avoir aimé son frère. Dites leur que les fils d'Adam sont tous issus de terre, qu'ils y retourneront et que d'elle ils seront une nouvelle fois ressuscités. Dites leur que l'arrogance est haram. Dites leur que les noirs les blancs, les maures, les harratins, les znagas ne sont différents que par l'ignorance que la cupidité et la vanité humaines ont semés dans les esprits, pour exploiter les corps.
Ou était la fraternité?
 

Dites leur les vérités. Les quatre mille quatre cent cinquante cinq vérités que vous leur cachez pour les maintenir dans l'asservissement. Le vrai esclavage qui pèse aussi bien sur la peau noire que sur la peau blanche, n'est autre que celui là.

Parmi vous il y en a encore certain qui, goguenards disent à leurs concitoyens : "Ils se moquent de vous, en vous disant qu'ils sont allés sur la lune." !!! Quelle mauvaise foi!!

 Quand des sondes spatiales font leur chemin depuis des décennies vers les profondeurs mystérieuses de l'espace. Certain continuent à abêtir leurs frères pour mieux les exploiter.
Que reste t-il pour la honte?
 

Libérez les esprits et corrigez les anomalies plantées dans ces pauvres âmes. Ces bêtises qu'on cultive et entretient aujourd'hui, rien que pour dire qu'on représente "une frange opprimée" ou un savoir exclusif.

Pourquoi opprimer votre peuple et l'animaliser, quand vous savez que vous êtes et sans le savoir en train de ronger le tapis qui vous retient de tomber dans les abysses du regret et des remords?
 

Celui qui néglige l'intérêt général, pour se réserver le privilège de la vie, à lui tout seul, a l'esprit bien étroit et le calcul faussé d'avance.
 

Vos pères ont tracé les principes d'un pacte à l'aube de la naissance de ce pays pour le maintenir en vie. Qu'en avez-vous fait?

Ou est l'honneur? Ou est la fraternité? Ou est la justice?
Mourir est obligatoire, mais la bassesse ne l'est pas. Pauvre calculateurs et piètres mathématiciens.

Mohamed Hanefi

Koweït

 

(Reçu à Kassataya le 7 mai 2015)

 

    

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