Soutenue par l’ONU, l’Arabie saoudite poursuit son offensive

Le nom d'un nouvel envoyé spécial circule. Il pourrait s'agir du Mauritanien Ismail Ould Cheikh Ahmed qui a été en poste au Yémen pour le Programme de développement des Nations unies (PNUD) entre 2012 et 2014…

 

 

 

 

 

Aucune solution politique n'est en vue pour le moment. La nomination d'un nouveau vice-président yéménite pourrait changer la donne.

Près d'un mois après le début de l'intervention de la coalition arabe sous bannière saoudienne pour stopper l'avancée houthiste au Yémen, aucune solution politique ne se dessine. Si les premières fissures apparaissent dans le camp houthiste, l'intervention est loin d'avoir enrayé sa dynamique. Le chef du mouvement rebelle chiite, Abdel Malek Al-Houthi, a une nouvelle fois défié Riyad, dimanche 19  avril, affirmant qu'il ne " cédera jamais " devant " l'agression sauvage ". Les organisations humanitaires dénoncent le coût humain d'un conflit qui a déjà fait près de 1 000  morts, dont une majorité de civils. Les appels du secrétaire de l'ONU, Ban Ki-moon, à un cessez-le-feu et à des couloirs humanitaires restent sans réponse. Riyad s'est seulement engagé à financer une aide d'urgence de 274  millions de dollars pour les 7,5  millions de Yéménites affectés par les combats.

Les Nations unies, qui ont toujours prôné une solution politique, ont dû se résoudre à avaliser l'offensive saoudienne. Le vote au Conseil de sécurité, le 14  avril, d'une résolution sous chapitre  VII, qui impose aux houthistes un embargo sur les armes, des sanctions ciblées et les appelle à se retirer des zones qu'ils contrôlent, est d'ailleurs perçu comme un blanc-seing implicite accordé à Riyad. Toutes les chancelleries occidentales s'accordent à dire que l'opération militaire en cours était inévitable. " Comment voulez-vous travailler à une solution négociée quand en face de vous les houthistes n'ont pas de concession à faire ? Il fallait rééquilibrer les rapports de force ", estime un diplomate de la mission yéménite.

Un diplomate occidental confie : " Pour l'instant, la coalition est perçue positivement sur le plan international, en dépit de problèmes énormes : humanitaires et de cibles. Mais les frappes ne mèneront jamais à une victoire nette et l'intervention au sol n'est pas l'option qui se dessine. " L'Arabie saoudite et les autorités officielles du Yémen sont déterminées à poursuivre les opérations militaires encore plusieurs semaines jusqu'à obtenir la reddition et le désarmement des houthistes et de leur allié, l'ancien président Ali Abdallah Saleh, jugé nuisible. " Ce n'est qu'après qu'on pourra parler de dialogue et de solution politique ", a clarifié le ministre des affaires étrangères yéménite, Riyad Yassine. " Personne ne remet en question le fait que les houthistes font partie du Yémen et doivent être une partie de la solution ", précise le diplomate saoudien Abdulrahman Jamalhariri.

" Point de bascule "

Les premières redditions dans les rangs de l'armée pro-Saleh sont un signe encourageant. Dimanche, le Congrès populaire général (CPG), le parti de M.  Saleh, a soutenu la résolution onusienne, laissant entendre qu'il prendrait ses distances avec les houthistes. " Il est irréaliste d'exiger le retrait des houthistes de Sanaa et leur désarmement total ", tempère un diplomate occidental. A minima, l'objectif serait un cessez-le-feu et le retrait des houthistes d'Aden pour permettre le retour du président Abd Rabo Mansour Hadi.

" Toute la question est de définir le point de bascule entre les frappes et le temps politique. Il est un peu tôt pour le dire ", concède un diplomate occidental. Face à la situation d'urgence humanitaire, on s'y prépare déjà. Après quatre ans d'efforts, l'envoyé spécial onusien, Jamal Benomar, a démissionné le 15  avril sous la pression des pays du Conseil de coopération du golfe (CCG) et des Américains qui lui reprochent de s'être laissé berner par les houthistes.

Le nom d'un nouvel envoyé spécial circule. Il pourrait s'agir du Mauritanien Ismail Ould Cheikh Ahmed qui a été en poste au Yémen pour le Programme de développement des Nations unies (PNUD) entre 2012 et 2014 et qui, selon Talal Al-Jamali, un diplomate yéménite à l'ONU, dispose d'" un réseau suffisamment solide pour relancer le processus de paix rapidement ". L'ONU espère revenir dans le jeu des négociations grâce à cette nomination consensuelle.

L'accession de Khaled Bahah à la vice-présidence du Yémen est perçue comme un autre pas positif. Homme de réseaux, sa nomination au poste de premier ministre en octobre  avait fait consensus entre le président Hadi, les houthistes et le parti de Saleh. Ancien ambassadeur du Yémen à l'ONU, il connaît les rouages du multilatéralisme. Ce pourrait être le " facilitateur " que l'ONU attendait. Parvenir à un accord entre les parties yéménites, qui devra aussi inclure les indépendantistes sudistes et le parti islamiste modéré Al-Islah, sera toutefois une gageure.

Marie Bourreau, et Hélène Sallon

 

Source : Le Monde

 

 

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