Nouvelles d’ailleurs : Viols pédophiles…

Il ne se passe pas une semaine sans que ne soit rapportées des histoires terrifiantes de viols pédophiles. Pas une semaine sans une ou plusieurs annonces macabres de viols perpétrés sur des enfants, viols suivis ou non de meurtres.

 

Passés les premiers temps de l'indignation collective, des enquêtes des services concernés, de l'arrestation des coupables, la vie semble reprendre son cours.

En tant que femme, mère, citoyenne, humaine tout simplement, je ressens, à chaque fois une horreur sans nom, une nausée profonde, un dégoût qui va au delà de la simple colère légitime que j'éprouve devant ces crimes abominables.

Chaque acte barbare me renvoie à la question du « pourquoi ? ». Pourquoi ce taux élevé de crimes sexuels envers de jeunes enfants, le plus souvent des petites filles (quoique les petits garçons sont aussi touchés) ? Pourquoi ?

Pourquoi « découvrons » nous soudain cette pédophilie qui a toujours existé chez nous ? Pourquoi y a-t-il autant de viols sur petites filles ? Et en quoi cela devrait il nous interpeller, remettre en question, peut être, toute une vision « traditionnelle » de nos comportements, de nos mœurs ? En quoi ces viols atroces sont ils le reflet de nous-mêmes, de certaines de nos hypocrisies, de nos mutismes quant à certaines « coutumes » ?

Beaucoup de questions et peu de réponses claires. Il n'y a pas d'études sociologiques à ce sujet. Pas encore.

Je le dis et redis avec force : nous sommes des sociétés violentes envers nos femmes, derrière les apparences trompeuses d'une « morale » sociale et religieuse. La violence n'est pas que violence physique. Elle est aussi morale.

Dans un pays où, malgré la loi claire et ferme qui fixe le mariage légal à 18 ans pour une femme, les mariages précoces sont monnaies courantes, les mariages précoces et forcés, comment s'étonner de cette pédophilie barbare ?

En quoi notre regard sur la petite fille est-il, en partie, responsable des viols pédophiles ?

Les violeurs voient-ils la petite fille quand ils la violent ? Ou bien, ne voient-ils là qu'un corps de femme ?

La question doit être posée. Elle n'est pas explication exclusive mais elle fait partie du questionnement que nous devons nous poser si nous voulons lutter contre ce fléau.

Dans une société où personne ou si peu s'indignent du mariage d'une petite fille de 12 ans ou moins, où l'on considère qu'une toute jeune enfant est femme, donc apte à être mariée et à enfanter, où est la frontière entre ce qui est acceptable et ce qui ne l'est pas ?

Les violeurs voient-ils la petite fille dans la victime qu'ils martyrisent ? Ou bien voient-ils une femme ?

La notion de pédophilie est une notion occidentale, neuve chez nous, importée. La loi tente de la réglementer, en vain. Car, chez nous, la coutume est plus forte que le Loi de la République.

Peu de procès, peu d'actions en justice qui aboutissent quand il s'agit de mariages précoces. Les familles s'entendent entre elles, dans le silence complice des voisins ou des membres de la tribu.

Chacun ferme les yeux.

Seules les associations de défense des droits des enfants et des femmes se battent sur le terrain.

Mais pour tant de cas révélés combien de cas tus ?

Combien de cas ne seront jamais révélés ? Combien de petites filles, toutes petites filles, amène-t-on à l'hôpital, enceintes, pour certaines, à l'âge de 10 ans ! Combien de médecins, sous pression des familles, taisent ces cas ?

La pédophilie, en cela qu'elle est acte barbare contre un enfant, fait partie de nos coutumes, nonobstant tous les beaux discours. Ne pas le reconnaître est refuser d'aborder le viol, en profondeur.

Un mariage d'un homme mur avec une petite fille est un acte de pédophilie institutionnalisée, admis, fêté, reconnu.

La nuit de noces entre ces « conjoints » est un viol pédophile officiel et impuni.

Dans nos regards, il n'y a pas encore la frontière claire entre petite fille et femme. Encore moins dans le regard du violeur pédophile.

Il faudra bien que nous nous posions les bonnes questions, que nous acceptions d'entendre que toutes nos coutumes ne sont pas bonnes, pas morales, pas légales.

Si nous voulons faire évoluer les choses, non pas que les violeurs disparaîtraient ou que le viol serait éradiqué (la nature humaine est aussi déviances), il nous faut nous empoigner.

Et, surtout, il faut des actes forts, clairs, rigoureux, de la part de la Justice.

Sans fermeté de la Justice à l'encontre de toute pédophilie, coutumière ou non, la République n'arrivera pas à s'imposer.

Il faut que les oulémas soient encore plus fermes et qu'ils ne se contentent pas de dénonciations du bout des lèvres ou, pire, qu'ils ne légitiment pas les mariages / viols précoces.

Ces violences reflètent nos esprits… elles sont nous. Elles sont nos silences et nos culpabilités.

Elles sont…

 

Mariem mint Derwich

 

Source  :  Le Calame  (Le 26 février 2015)

 

 

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