REFUS DE WADE D’HONORER L’INVITATION DE MACKY SALL AU SOMMET DE LA FRANCOPHONIE : Gorgui a manqué de sagesse

Encore une fois, l’ancien président sénégalais Abdoulaye Wade, s’illustre négativement. Contre les règles de la bienséance, il a décliné l’offre de son élève et successeur Macky Sall, de venir participer à la cérémonie d’ouverture du 15ème sommet de la Francophonie à Dakar.

 

Datée du 11 novembre dernier, la lettre du président Macky Sall est pleine de déférences. Malheureusement, en réponse, son prédécesseur et ancien mentor fait preuve d’une grande susceptibilité. «…Comment voulez-vous que je sois à vos côtés au moment où, de votre propre fait, mon fils Karim, en même temps que ses amis, certains de ses frères et sœurs de parti, boucle ses deux années d’emprisonnement ? », s’exclame-t-il dans sa réponse. L’ancien Chef de l’Etat sénégalais se montre aussi scandalisé : « Comment réunir des chefs d’Etat qui se réclament de la démocratie et du respect des droits de l’homme dans un pays où on met un adversaire en prison, simplement pour l’empêcher de se présenter en concurrent à la prochaine élection présidentielle, dans un pays où, en somme, on admet la prise d’otage politique ? », soutient Me Wade.

Son refus montre que Me Wade est rancunier

 

Cette réaction pour le moins subjective, déçoit beaucoup dans l’entourage du président Macky Sall où l’on estime que c’est « vraiment dommage et c’est même un peu triste ». Pour les  partisans de l’actuel chef de l’Etat sénégalais, « ce sommet était l’occasion pour le chef de l’Etat de rendre hommage à Abdou Diouf, mais aussi à Abdoulaye Wade, ses deux prédécesseurs. Son fils n’est pas otage politique et il le sait », martèle-t-on.

Certes, Me Wade a le plein droit de refuser une invitation, d’où qu’elle vienne. Mais, ce refus ne l’honore guère. Aucun doute à ce sujet : le vieux lutteur politique a manqué d’élégance. Ses arguments n’ont aucun rapport avec la posture d’un démocrate, dans un pays comme le Sénégal qui a beaucoup œuvré afin qu’avance la cause de la démocratie sur le continent. Il a beau le chérir et batailler fort légitimement pour le sortir du pétrin, Karim, son fils, a des problèmes avec la Justice sénégalaise ; non avec la famille Sall. Après avoir dirigé son pays sous deux mandats consécutifs, Me Abdoulaye Wade est mieux placé que quiconque pour le savoir.

Difficile, en tout cas, de ne pas reconnaître que le Sénégal est un pays de droit ! L’ancien président n’a vraiment pas fait preuve de sagesse en rejetant l’invitation de son ancien disciple. Son refus montre plutôt que Me Wade est rancunier. Il a purement et simplement fait fi des règles élémentaires de l’éthique africaine. En se référant ouvertement à l’affaire Karim Wade, il montre qu’il n’est pas hypocrite, certes. Mais, comment donner raison à ses récriminations, quand il s’en prend directement à son successeur ? En tout cas, les faits pour lesquels Karim l’héritier est poursuivi, sont suffisamment graves ! La situation est d’autant plus grave que dans le sillage de l’accusé, des supposés complices bénéficiant d’une autorisation d’absence, ne donnent pas encore l’impression de vouloir revenir devant le tribunal pour s’expliquer.

Il faut craindre que son refus ne pousse le pouvoir et la Justice du Sénégal à se radicaliser

Karim Wade a posé des actes que d’aucuns ont trouvés délictueux. Logique donc qu’il soit poursuivi. Pourquoi passer le temps à se morfondre et  à se replier sur soi ? Il importe plutôt de faire le maximum pour le blanchir, et non multiplier les actes de défiance à l’égard de l’Etat sénégalais et de la Justice qui se veut républicaine, donc indépendante de l’Exécutif. En cela, Me Wade est mal placé pour réagir comme il l’a fait, après avoir lui-même bataillé des années durant pour faire de la Justice du Sénégal, un modèle de référence en Afrique. En homme d’Etat averti de certaines questions, il aurait dû transcender la situation et accepter de venir rendre hommage à Abdou Diouf qui lui avait cédé le pouvoir. Ce refus ne le grandit pas, puisque laissant apparaître le sentiment que même en vieux maître érudit du droit, il n’en garde pas moins la conviction que la Justice devrait demeurer aux ordres dans nos pays. Dans le cas contraire, la tâche lui revient de reconsidérer sa position au plus vite, et de se rapprocher davantage de Macky Sall. Cela aura pour conséquences, non de l’humilier, mais plutôt de le grandir. Finalement, le fils spirituel aura été plus sage que le père. Le président Macky Sall ne pouvait pas ne pas inviter Me Wade, en raison même des circonstances. Et il a bien fait de prendre l’opinion publique et le monde politique à témoin, en publiant sa lettre d’invitation. Dans cette lettre, l’actuel Chef de l’Etat sénégalais a même été élégant. Il a poussé l’amabilité jusqu’à traiter son père spirituel avec les égards dus à son rang. Malheureusement, Me Wade n’a pas cru devoir honorer cette invitation à la cérémonie où sont attendus plusieurs autres Chefs d’Etats et dirigeants du monde de la Francophonie. Par son refus, Me Wade a brisé sa stature d’homme d’Etat qui mérite respect et considération. De plus, il ne rend pas service à son fils. Il aurait mieux fait de répondre à l’invitation. Cela aurait probablement eu l’avantage d’ouvrir des portes, et même donné à réfléchir au pouvoir sénégalais. A présent, il faut craindre que son refus ne pousse le pouvoir et la Justice du Sénégal à se radicaliser. Incontestablement, la présence des trois icônes de l’Etat sénégalais, permettrait de magnifier la démocratie dans ce pays frère.

A son âge, vu ses qualités et sa grande expérience, l’ex-président sénégalais a intérêt à faire moins preuve de susceptibilité, s’il veut aider son fils Karim à sortir du trou. Il doit montrer qu’il a toujours le flair de l’homme politique fin, et non les ressentiments d’un père aveuglé par le désir de venger l’honneur familial mis à rude épreuve.

 

"Le Pays"

 

Source : Le Pays (Burkina Faso)

 

 

 

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