Menace d’Ebola : « Prévenir vaut mieux que guérir » rappelle le Chargé de Mission Sid’Ahmed Teguedi

Les experts en matière de santé : les médecins et les socio-anthropologues de la santé sont encore très avares en termes d’éclairages et d’appels à la prise de conscience des citoyens de la menace que représente Ebola pour le pays.

Malgré le récent démenti officiel de la présence du virus en Mauritanie, des symptômes reconnus à cette épidémie meurtrière sont constatés sur une libérienne d’origine mauritanienne, actuellement isolée ainsi que son infirmier et tous ceux qui étaient en contact avec elle dans la localité de Ain Varba dans le Hodh Gharbi.

Temps forts a rencontré Dr Sid’Ahmed Teguedi, Spécialiste en Question de Population et Développement Durable, Socio-anthropologue de la santé professeur de la dite spécialité à l’Université de Nouakchott, à la faculté de Médecine à l’Ecole Nationale de Santé Publique et à d’autres instituts supérieurs, actuellement Chargé de Mission au Ministère de la Santé auquel il a posé des questions dont ci-après les réponses :

Temps forts : Le ministère de la santé a infirmé l’existence d’un cas d’Ebola en Mauritanie, alors que le patient suspecté est toujours mis en quarantaine. Comment expliquez à l’opinion cette conduite contradictoire ?
Sid’Ahmed Teguedi :
Je ne pense pas qu’il y ait une contradiction dans la mesure où il s’agit d’une routine purement médicale : on suspecte, examine, diagnostique, on fait des analyses et on prend en charge. C’est tout un processus rigoureux d’autant vrai qu’il s’agit d’un virus très dangereux, nécessitant un dépistage strict, même si ça demande de faire recours à des laboratoires étrangers et ensuite une prise en charge particulière.
Je souhaite que le cas de Ain Farba ne soit pas celui d Ebola, soyez prudents, évitez la désinformation et attendez le résultat final des analyses.

Temps forts : En tant que pays de transit de l’immigration clandestine et d’Etat où la main-d’œuvre ouest-africaine (pays touchés par Ebola) est la plus nombreuse, avec une présence considérable dans les domiciles, les maisons en chantier, le commerce, pensez-vous que la Mauritanie ne présente pas des risques élevés de contamination par le virus ?
Sid’Ahmed Teguedi :
S’agissant des pays d’origine de cette pandémie comme la Sierra-Leone et le Libéria, d’où proviennent ces personnes suspectes, il y a des mesures draconiennes à prendre et qui ont été prises justement, sans porter atteinte aux relations inter-Etats bâties depuis des décennies sur une circulation réglementée des biens et des personnes et n’oubliez pas que nous présidons avec une grande sagesse l’Union Africaine.

Ces mesures se situent essentiellement au niveau hygiénique et géographique. Autrement dit, ne pas se déplacer de ou vers les pays où le virus est apparu ou endémiques, se laver toujours les mains avec le savon, le personnel de santé en première ligne doit aussi prendre ses strictes précautions, en cas de fièvre les personnes doivent se consulter immédiatement dans un service de santé pour éviter tout dérapage, sensibiliser efficacement et adéquatement l’opinion sur la gravité de l’épidémie et sur sa vitesse de propagation…

Temps Forts : Quels conseils pratiques recommandez-vous aux Mauritaniens pour se conformer aux conduites appropriées pour contrer la propagation accélérée du virus, sachant que la société est par nature réputée par son comportement incivique ?
Sid’Ahmed Teguedi :
En plus des mesures précitées que je renouvelle une seconde fois, j’insiste sur les comportements sains d’hygiène aussi bien individuel que collectif et j’appelle particulièrement les mass-médias à éviter de diaboliser et stigmatiser ce fléau nécessitant juste des moyens importants, une prise de conscience généralisée et un comportement social citoyen et civilisé.

Il faut également éviter de semer la peur chez les populations mal informées sur l’épidémie, n’en connaissant que l’image terrifiante diffusée à la minute près par les médias (TV, radios, sites) ce qui peut les pousser à boycotter les structures de santé car selon l’imaginaire populaire on vient aux services de santé pour guérir et non pour mourir chacun doit prendre sa responsabilité. C’est d’autant vrai qu’un vaccin encore à l’état expérimental a été découvert pour éradiquer cette épidémie.

Ainsi, je tiens à rappeler dans ce contexte, les appels lancés incessamment par toute la communauté internationale – aux Anthropologues et aux Sociologues quand l’épidémie d’EBOLA s’est développée.

Des pathologies qui nécessitent un grand effort non seulement des médecins mais aussi des socio-anthropologues de la santé pour pouvoir, ensemble prémunir notre population et renforcer davantage notre système de santé longuement vu d’un seul angle à savoir l’aspect biomédical . Or la santé est le bien-être global (physique, psychologique, social et culturel) et non seulement l’absence de la maladie ou d’infirmité.

Temps Forts : En tant que socio-anthropologue de la santé qui est une spécialité nouvelle et très utile pour notre système de santé quel est votre apport en la matière ?
Sid’Ahmed Teguedi :
Justement bonne question, comme je l’ai toujours démontré et je continue à le faire, car c’est mon cheval de bataille aussi bien au niveau de la Faculté de Médecine et de l’Ecole de Santé Publique, que les anthropologues de la santé et les médecins sont complémentaires dans la mesure où l’objectif essentiel c’est le bien-être global de la population. Ils sont en quelque sorte deux faces pour une même monnaie à savoir le bien-être physique, psychologique, social et culturel bref la vie elle-même.

Temps Forts : Vous voulez, dire par là, que le médecin doit collaborer avec vous ?
Sid’Ahmed Teguedi :
Exactement si non il n’y aura pas des résultats escomptés comme il a été démontré clairement au niveau du sida car il y a l’aspect anthropologique incontournable que la plupart des médecins ont tendance à le négliger c’est tout simplement comme le dit notre proverbe populaire « une seule main ne peut pas applaudir » il faut donc que les médecins et les socio-anthropologues de la santé, la main dans la main, qu’ils collaborent pour mieux mettre à niveau notre système de santé car comme l’a bien dit un ancien ministre français de la Santé que « la Médecine est moitié Science, moitié Humaine ».

Temps Forts : Pensez- vous que vous allez gagner ce pari étant donné que vous êtes le seul, à ma connaissance socio-anthropologue de la santé si je n’ose pas dire même au niveau national mais sûrement au sein de votre département qu’est la santé ?
Sid’Ahmed Teguedi :
Au début ça était très difficile (pourtant j’ai interpelé plusieurs de mes ministres par rapport à cela, oralement ou par écrit mais ….) avec le temps je commence à lever ce défi avec un combat de longue haleine et inlassablement on aboutira à cette fin inchaa Allah et avec mes dix promotions d’infirmiers de sages femmes et des médecins que je formais dans les institutions précitées depuis 2004 où j’ai commencé ce projet, contribueront sans doute à l’amélioration de notre système de santé longuement biomédicalisé, et que je souhaite bien qu’il devienne « un mécanisme de contrôle social ».

Temps Forts : Votre dernier mot Monsieur le Chargé de Mission ?
Sid’Ahmed Teguedi :

Que la santé n’est pas seulement l’affaire du médecin mais aussi des autres maillots de la chaine : les socio-anthropologues de la santé, les géographes de la santé, les économistes de la santé, les communicateurs de la santé, les politiciens, les leaders religieux, les élus locaux, les journalistes bref tous ceux qui peuvent apporter leur contribution.
Ceci peut vous être clair, comme vous le savez, lorsque l’Etat ou le gouvernement actuel a injecté des milliards pour résoudre ce problème de santé et pourtant ce n’est pas encore le cas ; où est donc le problème ? C’est tout simplement on n’oublie ou plutôt on néglige les autres paramètres complémentaires particulièrement les aspects socioculturels qui sont des déterminants incontestables et incontournables de la Santé.

Propos recueillis
par Md O Md Lemine

Source  :  Temps Forts le 18/08/2014{jcomments on}

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