Sahel : Les otages rentrent, les terroristes restent

Le Sahel est libéré d'un lourd fardeau : les 4 otages français d'Arlit rentrent à Paris. Mais cela n'enlève rien à la menace des islamistes et des rebelles touaregs dans la région. Au contraire, ils pourraient même en ressortir renforcés.

 

 

Certitudes à crever l'œil, flou artistique, implications gravissimes, voilà comment, en résumé, on peut parler de la libération des otages d'Arlit, principale nouvelle du jour.

Certitude, ils sont bel et bien libres : le président français l'a publiquement annoncé, le triomphe modeste ; le président nigérien, sur un nuage, a consenti pour l'affaire à ce qui restera probablement une de ses plus longues interviews téléphoniques de l'histoire ; les familles des otages ont fait sauter le champagne ; et puis les heureux ex-otages étaient à la une des télés du monde entier, amaigris, le visage buriné par le soleil et mangé par la barbe. Certitude encore, les salafistes – ou prétendus salafistes – ne kidnappent pas les "croisés" au Sahel pour leur infliger une sanction doctrinaire, mais pour espérer les échanger contre une faveur ou de l'argent. Dans un cas comme dans l'autre, ils n'accordent la liberté à leurs otages qu'en faveur d'un compromis. Pour le flou artistique, silence de tombe sur la rançon payée. Les seuls commentaires sont ceux de la presse.

La rançon

Concernant le coup d'Arlit, on sait qu'il avait été porté par le remplaçant d'Abou Zaïd [islamiste algérien, commandant d'Aqmi, tué en mars 2013]. Mais mutisme absolu sur le pourquoi du comment ou si Iyad Ag Ghaly était le détenteur final des otages libérés [il appartient au mouvement touareg malien, listé comme l'un des terroristes les plus recherchés de la région par les Etats-Unis. Les otages auraient été échangés entre Aqmi et les rebelles touaregs]. 

Les implications qu’on en tire ? Si de l'argent a été payé aux islamistes, alors l'opération Hydre [opération militaire lancée mi-octobre par la France avec le soutien de l'ONU face à la recrudescence des actes terroristes dans le Sahel] aura été bien nommée. Car des barbus pousseront d'autres têtes [dans la mythologie, l'Hydre est un serpent à 7 têtes, qui repoussent dès qu'on les coupe]. Pour le malheur immédiat du Sahel. Contre la sécurité mondiale, demain.

Dernière implication pour nous, Maliens, déjà surchauffés par la gestion de Kidal [bastion touareg] : parce qu'Iyad Ag Ghaly aura joué un rôle important dans la libération des otages d'Arlit, on lui a donné le Mali entier comme rançon. Où et quand frappera t-il de nouveau ?

 

Adam Thiam

 

Source : Le Républicain via Courrier international

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