Centre d’enrôlement des étrangers à Tevragh-Zeina

(Etrangers se faisant recenser pour la carte de séjour au commissariat-1 de Tevragh Zeïna, à Nouakchott, le 21 mai 2012. Crédit photo : Noor Info)

« Cela fait une semaine que je fais le rang et que je demande des excuses à mes employeurs ».

Depuis que les autorités ont décidé de rendre gratuit l’enrôlement biométrique des étrangers, l’affluence est monstre dans les deux centres ouverts à cet effet à Tevragh-Zeina et à Sebkha, à Nouakchott. Des centaines de personnes font le rang nuit et jour, au milieu des bousculades, des bagarres et des suffocations. Le centre de Tevragh-Zeina, le plus visé par les étrangers, a déjà enregistré un mort, alors que court dans les rangs, des bruits de corruption à grande échelle. Reportage. Placé à l’arrière cour du commissariat de Tevragh-Zeina 1, le centre d’enrôlement biométrique des étrangers ne désemplit pas.

Sous la chaleur implacable de ce mois d’octobre 2012, ils sont encore des centaines à faire le rang, sous le soleil, pour espérer décrocher le sésame, la carte de séjour sécurisée, que les autorités mauritaniennes exigent dorénavant pour tous les étrangers résidant ou de passage en Mauritanie. Le défaut d’obtention de cette carte expose l’étranger à une expulsion sine die.

Au début, lorsque la taxe de 30.000 UM (environ 80 Euros) fut exigée par tête, peu de monde s’était présenté. La dîme fut considérée d’excessive et plusieurs étrangers avaient même anticipé en décidant tout simplement de retourner chez eux. Mais depuis que la taxe a été supprimée, c’est le chorus vers les deux centres que compte Nouakchott, Tevragh-Zeina et Sebkha. Hier, les lieux ne désemplirent pas. Deux files d’attente, l’un pour les hommes et l’autre pour les femmes, s’étendaient à perte de vue. Alors que certains se laissaient cuire l’épiderme par les rayons incandescents de ce mois d’octobre, munis de leur numéro d’appels, d’autres se réfugièrent sous les rares acacias des environs ou squattèrent la devanture des boutiques qui font face au centre. Près de la porte d’entrée, une voiture de police bourrée d’éléments armés de matraques, était postée pour prévenir tout débordement. En effet, cette quiétude apparente où la misère des attentes se mêlent aux impatiences mal ressassées, les bagarres sont monnaies courantes, ainsi que les cas d’asphyxie ou d’ensoleillement. Ici, un drame a eu lieu l’autre jour, lorsqu’un Sénégalais évacué sous le coup de l’urgence décéda sur la route de l’hôpital. Mort par suffocation. Moussa Traoré, ressortissant guinéen, se plaint des injustes criardes qui entachent le recensement. Selon lui, certains seraient selon lui plus privilégiés que d’autres. « Cela sent la corruption à plein nez  » rétorque-t-il. Pour preuve, il soutient être là depuis trois jours, « sans pouvoir avoir accès au bureau d’enregistrement « . Adossée à un arbre, une jeune sénégalaise du nom de Fatou, 28 ans et mère de famille, affirme : « je suis bonne et cela fait plus d’une semaine que je fais chaque jour le rang du matin jusqu’à la fermeture des bureaux ; je multiplie les excuses à mes employeurs ; toute ma famille s’est recensée sauf moi « . Pour Saidou, chauffeur de taxi de son état, « chaque pays a le droit de recenser ses populations, y compris les étrangers, mais cela doit se faire d’une manière équitable  » trouve-t-il. Selon lui, les autorités mauritaniennes ont beaucoup facilité l’opération, surtout en supprimant la taxe de 30.000 UM que la plupart d’entre eux ne pouvait payer.

Alors que le recensement des étrangers devait s’achever le 15 octobre, une reconduite tacite des opérations semble avoir été entérinée par les pouvoirs publics, pour donner la chance aux hôtes de la Mauritanie d’avoir tous accès à la carte de séjour.

Mohamed Abdallahi Ould Dahhy

Source : L’Authentique le 24/10/2012{jcomments on}

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