Vers un financement direct des communes par la Banque Mondiale

(Crédit photo : Jules Diop / L'Eveil Hebdo)

Après plusieurs années d’investissements injectés dans les budgets de l’Etat mauritanien, la banque mondiale peu satisfaite des résultats de sa coopération directe avec l’Etat, envisage désormais de changer d’orientation dans sa politique de coopération avec notre pays.

Les milliards de dollars accordés aux pays africains de manière générale et à la Mauritanie en particulier n’ont pas généré des progrès dans les domaines économique et social pour les pays bénéficiaires. Le résultat sur le terrain des programmes de lutte contre la pauvreté engagés dans la plupart des pays du continent avec des financements accordés par la banque mondiale n’est pas satisfaisant pour les bailleurs de fonds pour ne pas dire décevant. D’où, la nouvelle orientation qui se prépare au sein de l’institution financière internationale de Breton Wood pour traiter désormais directement avec les collectivités locales pour voir si la nouvelle approche peut apporter du progrès pour les populations. C’est dans ce cadre que s’inscrit la visite qu’effectue depuis le 20 juin 2012 dans trois régions (le Trarza, le Brakna et le Gorgol), une mission de consultants de la banque mondiale. Cette équipe de consultants conduite par M. Brahim O Abdel Wedoud et comprenant M. Brahim Sall, Jonas Ponty, Mohamed O Haveth Hindouh, Melissa, Ahmed O Hamed (pour la banque mondiale) et Cheîkh Sadbouh O Mohamed ( pour le PDU/MAED) est arrivée à Boghé le 21 du même mois dans l’après-midi où, elle a tenu une réunion qui a duré trois tours d’horloge dans la salle des banquets de l’hôtel de ville avec le maire et son staff en présence de plusieurs élus municipaux et certains responsables des services déconcentrés de l’Etat. Nouvelle approche du développement L’objet de cette mission qui sillonne le pays à la rencontre des maires a d’emblée précisé le chef de la délégation est de mener une étude pour la mise en place d’un programme de décentralisation assorti d’un financement régulier et pérenne au profit des communes. Les missionnaires de la BM sont venus évaluer la capacité d’absorption des financements par les communes et leurs besoins en matière d’infrastructures et de ressources morales et financières. La banque mondiale veut à l’avenir injecter directement des ressources dans le budget des communes en leur laissant la liberté de définir leurs priorités, de faire le montage de leurs projets et de gérer les fonds mis à leur dispositions. Et l’institution financière appréciera le travail qui sera fait, le résultat en l’occurrence sur le terrain. « Les financements qui ne débouchent pas sur des résultats palpables pour le citoyen font partie désormais du passé » a fait savoir Brahim O Wedoud qui a renvoyé la parole au maire de Boghé, Adama Moussa Bâ. Atouts et Contraintes des communes. Ce dernier a décliné une présentation sommaire de sa commune et un certains nombre de réalisations à l’actif de son mandat. C’est le secrétaire général de la commune, M. Diakitté Ibrahima qui fournira à la mission, d’amples détails sur la carte d’identité, le fonctionnement ainsi que les réalisations de la municipalité. « La commune de Boghé n’accuse pas de retard de payement des salaires de ses employés depuis deux années. Ses performances sont évaluées chaque année par le Centre des Ressources N°2 d’Aleg, une structure mise en place par le PERICLES. Le résultat de cette évaluation a classé la commune de Boghé à la 1ère place parmi 27 communes des Wilayas du Brakna et du Trarza. Grâce à son dynamisme la commune a réussi de nombreuses réalisations et a su capter beaucoup de financements qui ont permis d’importantes réalisations pour les communautés locales renseigne le secrétaire général. » Il a également mis l’accent sur les problèmes que traverse la commune. Entre autres difficultés soulignés, figurent la faiblesse des moyens que l’Etat a transférés aux communes et le manque criards des ressources humaines. Prenant la parole de temps à autre pour compléter ou répondre à certaines questions posées par les consultants, le maire a soulevé d’autres problèmes tels le manque de moyens pour supporter les charges afférentes au fonctionnement des bus scolaires qui compromet l’avenir scolaire de nombreux jeunes. Samba Fall, consultant de la mairie en charge du suivi de la mise en œuvre du Plan de Développement Communal (PDC) a parlé d’un taux d’exécution qui oscille entre 55 et 60 %. Les secteurs de la santé et de l’eau ont connu beaucoup d’amélioration à en croire le président de l’Ong New Vision. Tidjane Mamoudou Dia (responsable du service de l’état civil), N’Diaye Djibril, Coumba Niang (adjoints au maire) Mohamed El Haveth (percepteur départemental), Cheîkh O Ahmed (conseiller municipal), Papis Sao (directeur de la Maison des Associations) ont intervenu à un moment ou un autre dans les débats pour apporter des réponses aux interpellations des consultants. Ces derniers ont passé en revue tous les paramètres de performances de la commune. On peut citer : la fiabilité des statistiques avancées sur le taux d’exécution du PDC, l’existence ou non d’un plan de passation des marchés, la défaillance des services techniques, les canaux d’information utilisés par la mairie pour informer le public, le mécanisme d’évaluation des offres, la publication de celles-ci, l’archivage des documents des marchés publics, le code des marchés, le dossier d’appel d’offre, la confidentialité des offres, le montant financier des marchés, la réception, la prise en charge de la dimension environnement dans la mise en œuvre des projets de développement de la commune. Bref, aucune question d’intérêt général n’a été occultée par les missionnaires de la BM. Ils s’intéressent à tous les domaines vitaux pour les populations. Même les bureaux et les archives et l’affichage n’ont échappé à la loupe des banquiers du monde. Les problèmes de santé dans le département ont été exposé dans les moindres détails par le médecin chef du centre médical, le docteur Chérif Ahmed. Pour une structure médicale qui enregistre 45.000 consultations par an, l’Etat mauritanien a revu à la baisse le budget de fonctionnement du CM de 14 millions d’ouguiyas pour le ramener à 3,5 millions. Un espoir pour le développement local A la fin de l’exercice, le maire et ses collaborateurs ont poussé un ouf de soulagement et les missionnaires dont certains ont été approchés par nos confrères ont exprimé leur satisfaction pour ce qu’ils ont pu trouver à Boghé. A 21 heures, les consultants ont pris part à un dîner chez le maire et là bas la réunion s’est presque poursuivie dans cadre plus informel mais important pour les missionnaires de la banque mondiale. Il reste à savoir maintenant quelles sont les communes (Boghé, Kaédi, Rosso, Boutilimitt, Male, Tékane) ciblées par les consultants sur la base des critères de performance ou de pauvreté sera désignés parmi les communes phares qui bénéficieront du financement direct de la banque mondiale. Le verdict de la banque mondiale est attendu avec impatience par les élus municipaux et les acteurs de développement qui fondent un grand espoir sur cette nouvelle approche des banquiers de la planète.

Jules Diop Cp Brakna

Source  :  L’Eveil Hebdo via Khalilsow.blogspot le 25/06/2012

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