Interview avec le Président du MAPROM, M. NIANG Soulyemane

(Crédit photo : anonyme)

(Flere). Membre fondateur du Mouvement Autonome pour le Progrès de la Mauritanie, M. NIANG Souleymane est natif du de la région du Trarza. Après avoir servi pendant trois ans le Mouvement au sein du bureau politique, M. NIANG est passé président.

En effet, depuis sa prise de fonction, il ne cesse de multiplier les initiatives afin d’élargir le Mouvement et de vulgariser son message pour une plus grande collaboration.

Dans un contexte marqué par une remise en cause des atrocités commises contre la population mauritanienne, le déni de l’esclavage, une effervescence de la scène politique, des arrestations arbitraires des militants de droits de l’Homme, M. NIANG a bien voulu répondre à nos questions afin de faire le point sur la situation politique de la Mauritanie ainsi que la position du MAP.

Flere.fr : En quelques mots, pouvez-vous éclairer nos lecteurs sur la signification du MAPROM?

NIANG Souleymane : MAPROM signifie Mouvement Autonome pour le Progrès en Mauritanie, autrement dit c’est un mouvement qui considère que le temps du rassemblement et de l’action est arrivé. Mais c’est aussi un rassemblement de Mauritaniens profondément patriotes et investis d’une imagination politique nouvelle : celle de l’optimisme et du courage des convictions.

Sensible aux effets destructeurs d’une politique sociale et économique aux aboies qui compromet gravement l’avenir et la stabilité de la Mauritanie le MOUVEMENT AUTONOME POUR LE PROGRES, s’est résolument inscrit dans une dynamique de redéfinition de la trajectoire du pays par le biais de propositions et de mesures concrètes.

L’objectif cependant n’est pas de prétendre à la détention du monopole de l’action. Il s’agit plutôt de procéder à une agrégation des volontés afin que notre démarche soit réaliste et efficace.

Flere.fr : Dans un contexte marqué par une prolifération de mouvements et de partis politiques qui peinent à mettre en place une réelle coordination, qu’est ce qui a motivé la création du vôtre?

NIANG Souleymane : La création de notre mouvement est motivée, au delà de la prolifération de tous ces mouvements par plusieurs facteurs: d’abord par l’histoire postcoloniale de la Mauritanie qui fut pour une grande part synonyme d’échec et ce sur de nombreux plans :

– Nous comptons malheureusement parmi les pays qui n’existent que par la réalisation de coups d’Etat ;

– La misère et la pauvreté croissent en permanence ;

– Le système éducatif est en déclin progressif ;

– La corruption s’est érigée et s’érige encore en normalité ;

– La cohésion sociale s’est fracturée en dépit d’une religion commune, l’Islam, censée produire l’unité.

Ensuite, les souffrances des divisions vécues par la jeunesse mauritanienne et le manque de cohésion autour d’un projet de construction d’un Etat multiculturel et unitaire, ont poussé à la création du MAP.

Flere.fr : Ne craignez-vous pas de reproduire les mêmes reflexes que les mouvements qui vous ont précédé (chez lesquels d’ailleurs on sent un certain essoufflement) ?

NIANG Souleymane : Non ! La jeunesse réunit au sein du MAP a une profonde conscience politique et historique qui fonctionne comme une piqûre permanente de rappel. L’objectif du mouvement n’est pas de venir grossir les rangs mais imposer de nouvelles manières de lutter pour une Mauritanie égalitaire; la jeunesse a trop souffert de ces réflexes que vous venez de décrire qui ont quelque part freiné l’aboutissement des revendications du peuple, essoufflé de nombreux combattants de la liberté et mis un coup d’arrêt aux rêves des citoyens mauritaniens. Le mot d’ordre est le suivant : travailler à l’imposition de pratiques politiques renouvelées.

Flere.fr : Comment comptez-vous porter votre message auprès des populations ?

NIANG Souleymane : Le MAP s’est fixé comme objectif principal de résoudre les problèmes de la masse (au sens positif), de redonner confiance et espoir à une population meurtrie par les injustices de toutes natures. Pour cela nous comptons:

1er Etablir par le biais d’enquêtes et de rapports sérieux un diagnostic complet et cohérent des problèmes que subissent nos populations dans plusieurs secteurs (le foncier, l’esclavage, partage du pouvoir,…). Dénoncer avec tous les moyens à notre disposition le système politique mis en place qui ne sert qu’à promouvoir l’obscurantisme, le népotisme et l’injustice.

2e Proposer des pistes et des solutions visant à participer de la résolution de nombre de problèmes constitutifs d’un handicap politique, économique et social;

3e Créer des microstructures dans lesquelles des compétences se retrouveront afin de penser l’application concrète d’idées et de mesures fortes.

Les populations sont abandonnées aux terribles injustices qui s’abattent sur elles et la Mauritanie qui doit être tournée vers le développement ne voit toujours pas le jour. Il incombe aux fils du pays d’être debout pour dire non à cette fatalité.

Flere.fr : On parle beaucoup d’unité nationale en Mauritanie, unité à laquelle toutes les communautés semblent être théoriquement attachées mais qui peine à devenir réalité, qu’est ce qui en est la cause ?

NIANG Souleymane : La cause de cet échec n’est imputable qu’au système qui était et qui est encore en place; ce système qui puise sa pérennité dans la violation permanentes des droits et libertés fondamentaux, promeut par sa politique le repli communautaire, l’enfermement ethnique, le tribalisme et la médiocrité. Il ne peut y avoir unité pleine et entière avec la négation des injustices que vivent une grande partie des Mauritaniens. Il ne peut y avoir unité sans la promotion de la diversité culturelle et linguistique de toutes les composantes du pays. La Mauritanie de part son histoire et sa composition ethnique, devait être un modèle d’Etat multiculturel, d’une nation forte servant d’exemple mais hélas, ce beau projet a rencontré les obstacles dressés par des fossoyeurs.

En tout cas, nous au MAP, nous ne ménagerons aucun effort pour la réalisation de cette unité nationale pleine et entière, la survie de notre patrie en dépend.

Flere.fr : L’esclavage est une réalité vécue en Mauritanie (les nombreux rapports le confirment), les médias officiels en font l’apologie pendant que les autorités continuent de nier son existence, quelle est la vision du MAP de ce problème ?

NIANG Souleymane : Il faut être esclavagiste pour nier l’esclavage dans ce pays !! Rien que la promulgation de la loi contre l’esclavage en 1981 et en 2007 le confirme, et le nier ne revient qu’à plus le légitimer au sein de ce pays.

La vision du MAP est sans ambiguïté sur cette question. Nous estimons qu’il faut que l’Etat prenne ses responsabilités face à cette honte, sans oublier les organisations de la société civile et les érudits de ce pays; on ne peut tolérer que cette tare continue à être attribuée à la religion, alors que l’islam prône la liberté (il suffit de se référer aux paroles saintes et la tradition de notre prophète PSL pour le savoir). Mais pour éradiquer ce fléau, nous estimons au sein du MAP qu’il ne faut pas s’arrêter seulement là ; il faut donc passer de l’état social de propriété à l’état social d’homme libre, il faut obligatoirement que l’ancien esclave soit propriétaire; une politique sociale soutenue dans le temps doit être menée au profit des anciens ou actuels esclaves pour leur permettre d’accéder à la propriété et leur autonomie économique.

Flere.fr : A chaque fois que les mouvements d’obédience négro-mauritanienne ont voulu porter le problème de l’esclavage parmi leurs priorités, les maures parlent d’instrumentalisation tandis que certains harratines parlent d’une utilisation pour faire avancer exclusivement la cause négro-africaine, est ce à dire que les négro-mauritaniens sont incapables de porter ce problème ?

NIANG Souleymane : Considérer que le problème de l’esclavage doit être exclusivement porté par les harratines, est irréaliste et relève de l’hypocrisie, parce que l’esclavage est une question nationale et son éradication engage tous les Mauritaniens. Aujourd’hui dans ce pays, le système est le premier facteur de blocage à l’émancipation des esclaves et il est le premier à parler d’instrumentalisation quand de dignes fils de ce pays essaient de se battre corps et âme face à cette ignominie; et je dis à tous les fossoyeurs de cette cause noble que c’est peine perdu, les mauritaniens sont décidés à en finir avec ces pratiques d’un autre âge.

 

Flere.fr : La législation mauritanienne contre l’esclavage fait l’objet de nombreuses critiques. La loi de 1981 parle d’indemniser les maitres des esclaves tandis que celle de 2007 ne leur permet de se constituer partie civile, dans ce contexte peut-on faire confiance à la justice mauritanienne en portant devant-elle des cas d’esclavage ?

NIANG Souleymane : Rappelons avant tout, qu’au cours du dernier siècle, l’esclavage en Mauritanie a été aboli, en théorie, par la voie législative à trois reprises. La première fois en 1905, par le biais d’un décret colonial qui prévoyait l’application à la Mauritanie de la loi française votée en 1848 abolissant l’esclavage dans toutes les colonies françaises. Cette abolition a été réaffirmée, lors de l’indépendance, par la Constitution de 1961. En 1980, suite à l’indignation générale suscitée par la vente de M’barka, une Maure noire asservie, une déclaration l’abolition de l’esclavage a été annoncée. Cette déclaration est devenue par la suite l’ordonnance no 081-234 du 9 novembre 1981. L’ordonnance no 081-234 du 9 novembre 1981 portant abolition de l’esclavage comportait plusieurs inconvénients, du fait qu’elle n’était pas accompagnée par des mesures effectives s’attaquant aux racines du problème, en particulier en offrant aux esclaves des alternatives possibles et en leur enseignant leurs droits; pire encore, l’article 2 énoncé qu’une indemnisation pour l’abolition de l’esclavage serait versée aux personnes y ayant droit, alors qu’aucune indemnisation n’est versée aux victimes.

Quand à la loi portant incrimination de l’esclavage et réprimant les pratiques esclavagistes du 3 septembre 2007, bien qu’elle soit plus élaborée, n’aura pas permis d’endiguer ces pratiques, ni de changer l’approche des esclavagistes;

On a bien en conscience plusieurs plaintes de cas d’esclavage introduites par l’organisation des droits de l’homme IRA sans suite; on se souvient de la condamnation de Ahmed Ould Hassine des pratiques esclavagistes libérée au bout de quelques temps, au vu et au su de tout le monde;

Vu tous ces faits, il serait utopique de faire confiance, à une justice qui valse sous le poids du tribalisme et de l’impunité, une justice tenue par une main de faire par l’exécutif. Sans une indépendance totale de la justice et la détermination des pouvoirs publics, on aurait beau voter des lois, mais l’esclavage persistera.

 

Flere.fr : On a assisté à un véritable lynchage médiatique contre Biram pour avoir brulé des livres qui font l’apologie de l’esclavage, doit-on y voir la volonté des autorités mauritaniennes d’empêcher une prise de conscience généralisée de la communauté Harratine ?

NIANG Souleymane : Ce lynchage médiatique comme tu viens de le dire, ne reflète que l’envie pour la plupart d’en découdre avec le leader anti-esclavagiste, en l’occurrence Biram Ould Dah Ould Abeid qui, est en train de déconstruire le système raciste et esclavagiste ; tous ces détracteurs se sont jetés à cœur joie sur cet événement pour le paralyser sans se poser les véritables questions découlant de celui-ci.Nul ne saurait abroger les paroles saintes et la sunna qui fait de l’Homme un être Libre et essayer de faire perdurer cette pratique rétrograde s’apparente plus à une transgression de la loi divine qu’autre chose. Pour le reste, je vous invite à revisiter la déclaration de notre mouvement concernant l’arrestation de Biram suite à l’incinération des livres.

 

Flere.fr : La forme unitaire de l’Etat mauritanien correspond-elle aux aspirations de liberté et d’égalité des communautés qui la composent ?

NIANG Souleymane : La forme étatique telle qu’elle se présente en Mauritanie est aux antipodes de toutes ces valeurs que tu viens de préciser. Depuis 1960 à nos jours, on n’est pas parvenu à avoir une forme étatique reflétant l’aspiration de ces composantes à la diversité, aux multiculturalismes, finalement à la pluralité des singularités. La construction d’un état égalitaire, où les citoyens sont égaux en droits et en devoirs passe nécessairement par l’aptitude à permettre l’expression de toutes les composantes du pays dans leur ensemble. Les pouvoirs publiques cherchent partout sauf là où il faut pour trouver un modèle adéquate à l’aspiration du peuple mauritaniens.

Flere.fr : On assiste à l’accaparement des terres de la vallée par des opérateurs privés dont-on dit qu’ils sont proches des décideurs publics, qu’est ce qui sous-tend cette nouvelle donne foncière ?

NIANG Souleymane : L’accaparement des terres de la vallée est un désastre et c’est une véritable bombe à retardement. Cette politique mené naguère par le système est très dangereuse et est à combattre ; des multitudes d’exemple de ces investissements en Afrique, nous permettent de savoir le désastre occasionné par ces investisseurs ; notamment l’appauvrissement des terres agricoles, et les populations rurales, la régénération des conflits liés à l’expropriation des terres.

Je prends l’exemple du département de RKIZ, dans l’arrondissement de Tekane, où des centaines d’hectares sont octroyées au qataries, provocant un véritable désastre au sein des populations locales ; des forêts entières sont dévastés, des villages harratines et peules sont enclavés et il n’y a plus d’espoir pour les éleveurs de ces villages.

Pire, les responsables de ce projet s’emploient à extorquer des biens aux populations déjà appauvries, dés qu’un bétail se hasarde à passer à coté de leur projet.

L’état doit promouvoir la culture locale, et tout investissement doit se faire en concertation avec les autochtones et doit être le moteur de développement de ces zones pas leur appauvrissement.

Flere.fr : On constate aussi une précarité du statut foncier des harratines, ne peut-on pas y voir une stratégie de pression politique ?

NIANG Souleymane : Au sein de notre mouvement, on milite pour le changement au niveau de la réforme foncière de 1983 qui à notre avis est incomplète et laisse en rade les problèmes fonciers liés à la communauté harratines. Le statut foncier des harratines tels qu’élaboré au sein des tributs est inacceptable, parce qu’elle ne garantie pas aux ayant droits la sécurisation de leur ressources.

L’individualisation au vrai sens du terme doit être de mise, et une politique apaisée de redistribution des terres doit être entamé pour améliorer le sort de cette composante au sein du pays.

 

Flere.fr : Les rapatriés vivent dans une situation d’une extrême précarité, les veuves et leurs enfants n’ont toujours pas fait leur deuil, tandis que les autorités mauritaniennes prétendent que ce problème est définitivement résolu, n’est ce pas une vision réductrice de l’ampleur du problème ?

NIANG Souleymane : C’est une vision très réductrice de l’ampleur du problème et tous les épris de paix et de justice savent que le point focal de l’unité nationale tant souhaitée passe nécessairement par le règlement juste et équitable de cet épineux problème.

Le problème est toujours là et saillant !! Les rapatriés n’ont pas pu récupérer leurs terres ni leurs « palets » et on se souvient du soulèvement des femmes du village de Faada qui a aboutit à leurs arrestations et leurs enfermements. Les autorités doivent appliquer pleinement l’accord tripartite signé avant le début des rapatriements.

Concernant les veuves, rien n’est fait pour alléger leurs souffrances, appart la tentative malsaine faite par le système avec l’association de certains négro en vu de les tromper. Je profite de cette interview pour dénoncer avec énergie les propos d’Ely Ould Med Vall qui, avec un négationnisme cynique contribuent à amplifier la peine de ces veuves.

Pour finir, je pense que cette épineuse question doit concerner tous les mauritaniens dans sa résolution pleine et entière, le devoir en tant que citoyen de ce pays nous incombe de s’ériger contre l’injustice d’où qu’elle vienne.

 

Flere.fr : La scène politique mauritanienne est en pleine effervescence, la COD exige le départ du Président Aziz, pensez-vous que cette Coordination incarne l’espoir de changement voulu par les mauritaniens ?

NIANG Souleymane : Non absolument pas. Cette coordination n’est que l’autre face du système qui cherche à se faire place pour récupérer son dû. Personnellement, je ne fonde pas d’espoir sur cette coordination qui ne se préoccupe pas de la souffrance du peuple et qui, au fur des événements passés dans notre pays a révélé n’être là que pour assouvir ces désirs mais pas les réels problèmes du pays.

 

Flere.fr : Et pour finir, quel message souhaiteriez-vous lancer ?

NIANG Souleymane : Pour finir je lance un appel solennel à tous les mauritaniens, pour leur dire que l’heure est grave, que le pays est plus qu’en dérive et que sans la conjonction de toutes les forces vives notre pays continuera à connaître des lendemain difficiles (soubhaanAllah).

Acceptons de faire face à la réalité, disons nous la vérité, faisons face ensemble aux forces rétrogrades et tournons nous vers le développement.

En tout cas, nous au MAP c’est notre cheval de bataille et incha-Allah on y arrivera.

Je vous remercie.

Propos recueillis par BA Youssouf

Source  :  Flere Juin 2012

Diffusion partielle ou totale interdite sans la mention : Source : www.kassataya.com

 

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