Al-Qaïda dans les rangs des rebelles libyens ?

Il y a bel et bien des islamistes au sein de la rébellion. Explications (…)

 

 

 

Entre les deux murs d’enceinte, des chiens errants reniflent les vêtements abandonnés sur le sol. Comme par un sixième sens, ils s’attardent surtout sur les pantalons rouges, la couleur des condamnés à mort. Dans les cellules, les ventilateurs tournent toujours. Des shorts pendent à des cordes à linges. Sur les murs, on retrouve partout les mêmes photos des principaux lieux saints de l’islam, du Dôme du Rocher de Jérusalem ou de la Qaba de la Mecques. La terrible prison d’Abou Selim, aujourd’hui déserte, accueillait surtout des islamistes.

En 1996, une mutinerie avait abouti à un massacre. 1.200 tués. Des morts cachées pendant des années aux familles. Les derniers prisonniers ont été libérés par les rebelles. Dans la cour, des militants salafistes, eux mêmes anciens détenus, viennent récupérer les nombreux Coran oubliés dans les geôles. Nasr el-Hassan raconte les coups, les poux, les chambres humides et surpeuplées, le manque d’eau et de nourriture. Il a perdu ses deux reins en détention, avant d’être libéré en 2001. Ni lui, ni ses compagnons n’ont pris part à la « Révolution », conformément à leur ligne quiétiste. « Cela ne nous regarde pas ». Et pour une autre raison, également. « Jusqu’à maintenant, on a peur. On ne croit pas qu’il (Kadhafi) soit parti ».

Quel rôle les islamistes ont-ils joué dans la révolte libyenne ? Rares sont ceux, parmi les combattants, qui revendiquent ce vocable. Ils se définissent par leur origine géographique, non par une affiliation politique ou religieuse. Dans la capitale libyenne, ce sont surtout les hommes de Misrata, aguerris par six mois de siège, qui occupent le terrain. Viennent ensuite les rebelles du Djebel Nafoussah, une région montagneuse et berbérophone. Mais les islamistes sont plus nombreux parmi les cadres. Forts de leur expérience de la guérilla, d’abord contre le régime de Kadhafi dans les années 90, puis sur d’autres théâtres d’opération, en Afghanistan ou ailleurs, ils se sont vite imposés au sein d’une rébellion composée principalement de civils. À commencer par le nouveau gouverneur militaire de Tripoli, Abdelhakim Belhadj.

Une nomination qui ne manque d’inquiéter en Occident. Il a fui en Afghanistan à la fin des années 90 après l’écrasement de son mouvement, le Groupe islamique combattant en Libye (GICL). Il a alors été en contact avec Oussama Ben Laden. Il aurait cependant critiqué la stratégie d’attentats d’al-Qaïda. Après sa capture par la CIA, il a été livré au régime de Tripoli en 2004. Lorsqu’al-Qaïda a annoncé en 2007 l’intégration du GICL en son sein, il a fait savoir publiquement son désaccord depuis sa prison. Il figure aujourd’hui parmi les dirigeants du Mouvement islamique pour le changement en Libye. Un parti radical, mais qui s’est prononcé en faveur d’un Etat démocratique.

Christophe Boltanski

Source  :  Le Nouvel observateur le 31/08/2011

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