Zidane, le jour de le revoir est arrivé

So Foot – Vingt ans après la fin de sa première carrière, cinq ans après avoir quitté le banc du Real Madrid, Zinédine Zidane s’apprête à retrouver une lumière qui ne le quitte jamais vraiment et relancer son histoire avec l’équipe de France en succédant à Didier Deschamps.

Un secret n’avait jamais été aussi mal gardé. Après des années passées à patienter dans l’ombre (façon de parler), Zinédine Zidane va relancer son histoire avec l’équipe de France ce mardi matin, en devenant officiellement le nouveau sélectionneur des Bleus. Un peu plus de 20 ans après l’avoir brutalement arrêtée à Berlin par un soir de juillet 2006 et sur le coup de tête le moins glorieux de sa carrière. De cette finale perdue, il reste l’image du numéro 10 passant à côté du trophée qu’il avait soulevé huit ans plus tôt, des larmes accompagnant la séance de tirs au but perdue sans lui et la sensation d’être passé à côté d’une autre fin.

Le revoilà 7324 jours plus tard – une éternité – pour reprendre le fil et succéder à 14 ans de règne de Didier Deschamps, jamais trop à l’aise quand il était interrogé sur l’ambition assez peu intime de son ancien coéquipier chez les Bleus et à la Juve. Zidane n’avait pas besoin de faire du bruit pour voir son nom circuler à chaque déconvenue de la France de DD, mais il ne cachait pas non plus son envie d’enfiler un jour ce costume. « Quand ? Ça ne dépend pas de moi. Mais j’ai envie de boucler la boucle avec l’équipe de France. Je l’ai connue en tant que joueur, c’est la plus belle des choses qui me soient arrivées, avait-il confié à L’Équipe, la main sur le cœur, pour ses 50 ans. Mais vraiment ! C’est le summum. Et donc, comme j’ai vécu ça et qu’aujourd’hui je suis entraîneur, l’équipe de France est bien ancrée dans ma tête. » Un acte de candidature, une déclaration d’amour ou les deux : il était en tout cas temps de le revoir.

« L’équipe de France, c’est tout là-haut  »

La deuxième vie de Zidane chez les Bleus commence après une première de presque douze ans. Depuis août 1994 jusqu’à juillet 2006, Zizou c’est Cannes, Bordeaux, la Juve, le Real Madrid, mais, dans l’imaginaire collectif, c’est aussi – et surtout – l’équipe de France. C’est sous ce maillot qu’il s’était présenté à ceux qui ne connaissaient pas encore l’artiste, avec un doublé pour sa première sélection contre la Tchéquie (2-2) après avoir remplacé Corentin Martins, chez lui au Parc Lescure de Bordeaux, comme pour annoncer la suite. « Quand tu goûtes aux Bleus, c’est magnifique, disait-il quasiment deux décennies plus loin. C’est tellement fort, puissant. Les émotions en équipe de France, on préfère les vivre que les raconter. L’équipe de France, c’est tout, tout là-haut pour moi. » 

Quand je fais quelque chose, c’est pour gagner.

ZZ alias DD alias tous les sportifs professionnels

Tout, tout là-haut, c’était la Coupe du monde 1998, son avènement dionysien, l’Euro 2000 ou encore son Mondial 2006, dont ce récital, en étant blessé, contre le Brésil en quart de finale, un an après le mythique « IL REVIENT » en Une de L’Équipe pour célébrer le retour de celui qui avait pris sa retraite internationale. Les Bleus ne sont jamais loin de Zinédine Zidane, dont Séville 82 est le premier souvenir marquant : 108 sélections, 31 buts, le brassard et 4 sélectionneurs (Aimé Jacquet, Roger Lemerre, Jacques Santini et Raymond Domenech). C’était une autre vie, un autre temps, à une époque où l’homme qui a mis la tonsure à la mode avant le bug de l’An 2000 ne s’imaginait pas encore entraîneur.

Le défi risqué d’une idole française

Le début de sa deuxième carrière a renforcé l’idée d’un Zidane touché par la grâce. L’ancien numéro 5 madrilène a pris le temps d’apprendre, de rencontrer un tas d’entraîneurs (Christian Gourcuff, Marcelo Bielsa et bien d’autres), de se former avec les plus jeunes, mais il est aussi entré très vite dans l’Histoire. Ce n’est pas seulement une icône absolue qui reprend les Bleus, c’est le seul technicien à avoir remporté trois fois d’affilée la Ligue des champions (2016, 2017, 2018) et le septième à la gagner à la fois comme joueur et entraîneur après Miguel Muñoz, Johann Cruyff, Giovanni Trapattoni, Carlo Ancelotti, Frank Rijkaard et Pep Guardiola. Une prouesse qu’il ne doit pas seulement à ses qualités de meneur d’hommes ou à son aura, lui aimant rappeler avoir « bossé comme un malade. Gagner comme joueur, ce n’est pas le même investissement. Là, tu bosses et tu ne travailles pas que pour toi, ça ne s’arrête jamais. »

Il se lance en équipe de France dans un autre rythme et une autre forme de coaching, moins quotidien et peut-être moins énergivore, après avoir passé cinq ans loin des bancs (ou plutôt de son unique banc, celui du Real Madrid). Zidane a pu préparer son arrivée et son staff, a priori élargi, dans lesquels devraient se retrouver David Bettoni et Hamidou Msaidie, deux de ses adjoints à Madrid, mais aussi Grégory Dupont, préparateur physique des Bleus en 2018 avant de rejoindre ZZ chez les Merengue, ainsi que Fabien Barthez et Bernard Diomède, deux copains de 98, ou encore Stéphane Plancque. Une manière de refermer le livre Deschamps, qui a laissé derrière lui une sélection en bien meilleur état qu’à son arrivée en 2012.

Zidane ne fera pas du Deschamps, mais faut-il s’attendre à une révolution copernicienne pour autant ? « Quand je fais quelque chose, c’est pour gagner, posait Zizou, toujours en 2022, rappelant au passage que DD n’était pas le seul adepte de la culture de la win. Je suis un gagneur, sans prétention. Je vis pour gagner. Sinon, je ne fais pas. On ne gagne pas toujours, mais je fais tout pour. » Il sait très bien ce qui l’attend en équipe de France, où ne pas gagner une Coupe du monde est devenu symbole de petite déception. Zidane est une aubaine pour la FFF, qui ne pourra pas évacuer les sujets sensibles ad vitam aeternam, et une chance pour la France, surtout quand on voit le bazar chez les voisins italiens. Le mariage coule de source et le défi est à la fois risqué, unique et donc excitant pour ce demi-Dieu français. Zidane est intouchable à vie, même quand il assène un coup de boule dans la poitrine d’un adversaire, mais il ne pourra tout de même pas échapper au courroux des fameux 69 millions de sélectionneurs.

Clément Gavard

Source : So Foot (France)

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