Courrier international – Le Maroc a affiché samedi 15 août sa force et son statut de “gardien ultime de la frontière de Ceuta”, relate El País dans un reportage. “Démontrant sans équivoque qui exerce le contrôle total sur le dernier avant-poste de l’Union européenne en Afrique, les autorités de Rabat ont scellé la frontière extérieure avec un déploiement policier sans précédent pour boucher le passage à des centaines de migrants subsahariens et à quelques dizaines de Marocains. Ils avaient été invités sur les réseaux sociaux à reproduire l’avalanche des 30 et 31 juillet qui avait débordé la ville autonome espagnole, avec plus de 80 000 migrants sur tout son territoire, sur fond de passivité des agents marocains.”
Cette fois, poursuit le quotidien espagnol, “comme dans une bataille du XIXe siècle, les forces de sécurité s’étaient déployées en grand nombre” et après avoir tenu leur position jusqu’en début d’après-midi, “des unités antiémeutes […] ont chargé en formation pour faire reculer les lignes de migrants”.
Le journal a rencontré un groupe de trois migrants, sous un arbre, épuisés par les heurts avec la police. L’un d’entre eux était venu depuis le Tchad, en laissant sa famille. “Notre seul espoir est d’arriver en Europe. Laissez-nous entrer à Ceuta !”, suppliait-il.
Près de 300 migrants ont été arrêtés, en très grande majorité subsahariens, selon des chiffres communiqués en début de soirée, précise El País. “La majorité des détenus ont été transférés de force dans des autobus affrétés par les autorités vers des villes éloignées du sud du pays, comme Ouarzazate, à plus de 800 km de Ceuta.” Les forces espagnoles déployées à Ceuta ont été réduites quant à elles au rôle de “témoin lointain de la bataille”.
Journalistes expulsés
Un imposant dispositif marocain avait aussi été mobilisé pour barrer l’accès à Melilla, l’autre enclave espagnole. Le résultat démontre, selon une source policière haut placée du titre espagnol, que le Maroc, “quand il veut, ferme la porte aux migrants qui tentent d’arriver à la frontière”.
Le quotidien note qu’au plus fort de ces heurts aux marges de la ville marocaine de Fnideq, frontalière avec Ceuta, “le Maroc a expulsé les journalistes de l’agence de presse [espagnole] Efe et de RTVE [la télévision nationale] qui couvraient l’information sur le terrain”.
Condamnée en Espagne, “cette décision s’inscrit directement dans le cadre de la réciprocité, faisant suite à l’attitude des autorités espagnoles dans la ville occupée de Sebta [nom marocain de Ceuta]. Quelques jours plus tôt, une équipe de reportage de la deuxième chaîne (2M) avait été empêchée de couvrir les événements sur place”, écrit côté marocain le360, site proche de Rabat.
“Obtenir des images”
Selon El Mundo, le dispositif de sécurité marocain en avait découragé beaucoup par avance de tenter le passage vers Ceuta. Le nombre de tentatives enregistré s’est avéré très faible. Rencontrés par le journal, Yassim et Ahmed, deux jeunes frères marocains qui avaient traversé la frontière à la nage, fin juillet, n’ont pas retenté l’aventure samedi. Leur bref passage à Ceuta a été “terrible”, même s’ils n’ont pas totalement renoncé à gagner l’Espagne.
Selon le quotidien, Fnideq est actuellement “soumise à la surveillance de milliers de soldats, de policiers et d’agents du renseignement qui contrôlent chaque conversation et chaque mouvement”.
D’après le journal, les migrants auxquels ont fait face les policiers marocains samedi “étaient camouflés dans les collines depuis des semaines, attendant le moment adéquat pour prendre d’assaut la frontière, sans que personne ne les importune. Or voilà qu’hier les troupes marocaines ont décidé de rompre leur trêve implicite avec ces hommes et les ont encerclés, équipées d’un impressionnant matériel antiémeutes. C’était une manière opportune d’obtenir des images incarnant l’efficacité du verrou mis en place par Rabat à la frontière.”
“La deuxième phase de la stratégie marocaine était ainsi mise en œuvre : si le pays a démontré il y a 15 jours ce qui arrive quand il relâche son contrôle à la frontière, hier, il s’agissait de faire étalage de sa capacité à couper l’immigration quand il le décide vraiment.”
Suggestion Kassataya.com :
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