Le Point – WhatsApp se présente depuis des années comme une messagerie inviolable : le chiffrement de bout en bout, activé par défaut, est censé garantir que seuls l’expéditeur et le destinataire peuvent lire les messages.
Le site officiel est clair : « Personne en dehors du chat, pas même WhatsApp, ne peut lire, écouter ou partager » leur contenu. Meta a souvent invoqué cette protection technique pour refuser l’accès aux gouvernements, y compris lors d’enquêtes criminelles. Pourtant, des allégations très sérieuses viennent aujourd’hui ébranler cette promesse de confidentialité absolue.
Les témoignages troublants d’anciens modérateurs
Selon un rapport interne daté de juillet 2025, consulté par Bloomberg, deux anciens modérateurs de contenu, recrutés via le cabinet Accenture pour le compte de Meta, ont témoigné devant un agent du département du Commerce américain. Ils affirment que certains salariés de Meta disposaient d’un accès illimité aux messages censés être chiffrés. L’un d’eux rapporte même avoir discuté avec un employé de Facebook qui confirmait être en mesure de consulter les historiques de conversations dans le cadre d’affaires criminelles.
Ils évoquent également un processus de recrutement assez léger pour des collègues basés à l’étranger (Israël, Irlande, Inde, Chine), qui utilisaient les mêmes outils internes que leurs homologues américains.
Meta rejette ces accusations avec la plus grande fermeté. Son porte-parole, Andy Stone, a déclaré à Bloomberg : « Ce que ces individus prétendent est impossible : WhatsApp, ses employés et ses contractuels ne peuvent pas accéder aux communications chiffrées des utilisateurs. ». Le département du Commerce a lui aussi rapidement réagi : sa porte-parole a qualifié ces allégations de « non-étayées » et hors du champ de compétence de l’agent concerné, précisant que le bureau n’enquête pas sur Meta ou WhatsApp pour violation des règles d’exportation.
Une plainte collective internationale
Fin janvier 2026, un groupe d’utilisateurs originaires d’Australie, du Brésil, d’Inde, du Mexique et d’Afrique du Sud a déposé une plainte collective devant le tribunal fédéral de San Francisco. Ils accusent Meta de stocker, d’analyser et d’accéder « virtuellement à toutes » les communications présentées comme privées, en s’appuyant sur des informations de lanceurs d’alerte anonymes. Le cabinet Quinn Emanuel, qui les représente, souligne que les démentis de Meta sont formulés avec une prudence qui évite de nier explicitement la capacité technique d’accès.
Meta qualifie cette procédure de « frivole » et annonce son intention de poursuivre les avocats. L’entreprise suggère même un lien avec l’affaire NSO Group, la société israélienne à l’origine du spyware Pegasus, condamnée à verser plus de 167 millions de dollars à WhatsApp l’an dernier – le cabinet Quinn Emanuel défend NSO en appel.
Cependant, WhatsApp reconnaît un accès ponctuel et très encadré : lorsqu’un utilisateur signale un message problématique, l’application peut recevoir jusqu’aux cinq derniers échanges, accompagnés de métadonnées (identifiant, date, type de contenu…). Mais les témoignages évoquent un accès beaucoup plus large, plus régulier et bien au-delà de ces cas exceptionnels.
Le doute technique et les antécédents de Meta
Des experts extérieurs restent très sceptiques. Steven Murdoch, professeur de sécurité à l’UCL, interrogé par The Guardian, juge la plainte « un peu étrange » et doute qu’une telle pratique puisse rester secrète sans fuite massive en interne. Un autre expert, cadre du secteur, estime même que contourner un vrai chiffrement de bout en bout serait « mathématiquement impossible ».
Meta a déjà payé très cher ses dérapages en matière de vie privée : une amende record de 5 milliards de dollars en 2019 lui avait été infligée par la FTC américaine, assortie d’une surveillance permanente. L’entreprise a depuis renforcé ses équipes dédiées à la confidentialité. Mark Zuckerberg affirmait encore en 2025 : « Le chiffrement fait que l’entreprise qui gère le service ne voit rien. »
L’action Meta a légèrement reculé après ces révélations. Pour l’instant, ni l’enquête ni la plainte n’ont débouché sur des accusations formelles. Mais pour les milliards d’utilisateurs qui ont choisi WhatsApp précisément pour son chiffrement présenté comme infranchissable, ce doute, même s’il reste à prouver, suffit à créer une réelle inquiétude.
Source : Le Point (France) – Le 31 janvier 2026
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