Visas américains : entrée en vigueur des restrictions

Pour Ahmedou Ould Abdallah, ancien diplomate mauritanien et directeur du Centre de recherche 4S, l’impact risque d’être particulièrement lourd pour les jeunes sans qualification ou cherchant à se former aux États-Unis.

Deutsche Welle  – Analyse des conséquences sur les Africains de la pause dans la délivrance de visas longue durée par les Etats-Unis.

 

Depuis ce 21 janvier, une partie des nouvelles restrictions décidées par l’administration américaine entre officiellement en vigueur. Annoncée il y a une semaine, la pause de délivrance des visas d’immigration pour les Etats-Unis concerne 75 pays :

L’administration Trump justifie cette décision par des « préoccupations liées à la sécurité nationale », la prévention de la fraude, mais aussi par la volonté de réduire « la dépendance des immigrés à l’aide sociale américaine ».

Une suspension immédiate et à durée indéterminée

À compter du 21 janvier 2026, la délivrance des visas d’immigrants est donc suspendue pour les ressortissants des pays concernés. (voir la liste publiée par le Département d’Etat américain)

Philipp Assis, porte-parole francophone du Département d’État américain, explique au micro de DW Afrique :

« Les demandeurs de visa d’immigrant qui sont ressortissants de ces pays concernés peuvent soumettre leur demande de visa et se présenter aux entretiens. Le département d’État continuera de fixer des rendez-vous pour les demandeurs, mais aucun visa d’immigrant ne sera délivré à ces ressortissants pendant la durée de cette suspension. »

La mesure restera effective le temps que les autorités américaines réévaluent l’ensemble des procédures de contrôle et de vérification.

Philipp Assis précise aussi :

« Le président Trump a clairement indiqué que les immigrants doivent être financièrement autonomes et ne pas être une charge financière pour les Américains. Le département d’État procède actuellement à un examen complet de l’ensemble des politiques, réglementations et directives afin d’assurer que les immigrants originaires de ces pays à haut risque n’utilisent pas d’aides sociales aux États-Unis et ne deviennent pas dépendants des aides publiques. Les visas de tourisme ne sont pas concernés. Ceci s’applique uniquement à la délivrance de visas d’immigration. Il n’y a aucune incidence sur les autres visas tels que ceux pour les touristes, athlètes et leurs familles, professionnels des médias se rendant aux États-Unis pour la coupe du monde de football. »

Des justifications variées, parfois contestées

Pour chaque pays visé, Washington a détaillé les raisons de la suspension :

Nous avons demandé pourquoi des pays comme la RDC ou le Rwanda figurent dans cette liste alors que l’administration Trump accompagne dans leur processus de paix et pour qui les Etats-Unis ont chapeauté la ratification de l’accord de Washington. Le département d’Etat n’a pas fourni de réponse sur ce point.

Regroupement familial, fiancés, travail : les catégories les plus touchées

Interrogé par le service amharique de la DW, Kaleab K. Ahmed, avocat éthiopien spécialisé en droit de l’immigration à Washington, donne quelques précisions :

« Cette suspension touche principalement les demandes de regroupement familial présentées par des citoyens américains et des résidents permanents. Elle concerne également les visas accordés aux fiancés et les visas de travail, ce qui a un impact partiel sur plusieurs catégories de cartes vertes liées à l’emploi. »

Un paradoxe pour les pays riches en ressources

Depuis Kinshasa, Fred Bauma, directeur exécutif de l’institut Ebuteli, souligne un paradoxe dans la politique américaine :

« Contradiction entre l’ambition affichée des États-Unis d’accéder aux ressources congolaises et la porte fermée des États-Unis pour les ressortissants congolais qui veulent émigrer aux États-Unis. »

Il ajoute :

« Ce n’est pas seulement le Congo où on a vu ce type de paradoxe, il y a d’autres pays qui sont riches en ressources et que les États-Unis convoitent et qui se sont vus exclus de tout mouvement. Il y a même des pays comme l’Angola qui ont été sur les listes précédentes et qui sont une partie centrale de la stratégie américaine dans la région d’Afrique australe, avec le corridor de Lobito. Donc, ça, ça renforce un peu l’idée que la course pour les ressources est plus importante que la coopération normale avec les États, et c’est une perspective évidemment dangereuse et défavorable pour des pays du Sud qui pourraient vouloir aller au-delà du simple échange de biens. »

Un coup dur pour les jeunes Africains, notamment au Sahel

Pour Ahmedou Ould Abdallah, ancien diplomate mauritanien et directeur du Centre de recherche 4S, l’impact risque d’être particulièrement lourd pour les jeunes sans qualification ou cherchant à se former aux États-Unis.

Il rappelle que les pays de l’Alliance des États du Sahel, notamment, sont frappés d’un gel total de tous les visas américains :

« Ceci n’est pas une bonne nouvelle pour les jeunesses de ces pays qui en général ne sont pas politisées et où, jusqu’à présent, de toute façon, il n’y a pas eu d’élections pour savoir pour qui ils votent ou non. Donc cette politique ne me semble pas porteuse de progrès et d’ouverture ou d’esprit, parce que parfois, émigrer, c’est pas du tout pour se cacher loin des difficultés politiques ou autre, mais c’est pour avoir plus d’espace, travailler, réussir, avoir une compétition neutre sans qu’on vous attribue une appartenance religieuse, tribale, régionale ou familiale. »

Que peuvent faire les pays concernés ?

Ahmedou Ould Abdallah recommande aux États africains, de ne pas répondre « du tac au tac » aux décisions de Donald Trump. Indépendamment de la politique américaine, les Etats devraient aussi selon lui « continuer à travailler à la consolidation de l’unité nationale, le développement économique et surtout lutter contre les trafics de drogue, la corruption et le terrorisme », des facteurs qui augmentent leur vulnérabilité aux pressions extérieures.

L’ancien diplomate conclut en appelant les jeunes Africains à rester optimistes : « Les États-Unis sont encore une démocratie […]l’administration américaine, actuellement l’administration républicaine du président Trump, est dans une conjoncture qui lui permet [d’agir à sa guise], parce qu’ils ont été élus sur cette base […] cette politique n’est pas nécessairement une politique qui va durer. »

 

 

Source : Deutsche Welle (Allemagne)

 

 

 

 

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