Le 360.ma – Le dimanche 18 janvier 2026 ne ressemble à aucun autre dimanche. D’habitude, ce jour de la semaine, je le trouve creux, vide. Je le passe à compter les heures en faisant n’importe quoi.
Je hais les dimanches. C’est le titre d’une chanson, c’est aussi une chronique sur le rien.
Au fond, que m’importe que cette journée soit longue et pénible?
Ce matin du 18 janvier, je me suis réveillé en chantant. Je suis heureux parce que ce dimanche est différent, il est beau, prometteur, généreux, doux et léger en même temps. Ce n’est pas un dimanche, cette journée a la couleur d’un jeudi ou d’un vendredi éblouissant, un rêve vif qu’il faut suivre attentivement. C’est un peu un jour de l’Aïd sans Aïd, sauf que le soir, deux équipes de football de qualité plus ou moins égale vont jouer. Je n’aime pas la terminologie guerrière pour parler d’un match de foot. C’est un jeu, sérieux, physique, psychique aussi où l’intelligence du mouvement compte autant que la force avec laquelle on envoie le ballon chez le camp adverse. Le ballon circule au point de nous rendre fous.
D’où vient cette folie qui s’est emparée de tout un peuple depuis quelques temps durant la CAN? Elle serait récente, disons que nous sommes devenus addicts au foot depuis la dernière Coupe du monde où l’équipe des Lions a joué en demi-finale contre la France.
Ce soir, nous serons entre nous Africains. Nous avions oublié que le Maroc était la partie nord du continent africain. Entre le nord et le sud, il y a tant de peuples différents, riches en promesses, fous de foot comme les Nigérians ou les Tanzaniens.
Ce soir, je regarderai la finale en famille, car tout le monde parle Hakimi, Diaz, El Kaabi… Regragui… Nous parlons foot et nous sommes heureux d’avoir peur ensemble, car la victoire sera difficile.
J’étais prêt pour la fête. Des amis ont été invités pour suivre avec moi cette finale. La table bien garnie. De la joie retenue et de l’espoir.
Puis soudain, une intuition stupide surgit: on va gagner, on va tellement gagner que ce sera un jeu, peut-être pas facile, mais il nous apportera la victoire.
«Il y avait quelque chose d’étrange dans le visage de Brahim Diaz. Les réseaux sociaux ce matin sont en plein complotisme. Non, simplement Diaz a raté son tir, ni plus ni moins. Cela a donné la victoire au Sénégal. »
— Tahar Ben Jelloun
C’est bête cette idée ancrée dans l’esprit de la majorité du public. Nous jouons un temps, le temps de marquer un ou deux buts et nous voilà champions du monde africain.
Les Sénégalais, sympathiques, entrent sur le terrain. Le jeu commence. Les Lions sont timides, n’osent pas aller jusqu’au bout, ils ratent des occasions. Et nous, impuissants devant la télé, nous nous demandons ce qui leur arrive. On se dit, à la deuxième mi-temps, ils vont changer de stratégie et jouer sans précaution. Mais l’esprit n’est pas là. On s’achemine vers la version de la demi-finale: zéro à zéro, prolongation d’une demi-heure et enfin tirs au but.
Voilà qu’après une faute sénégalaise, l’arbitre décide un pénalty en faveur du Maroc. Soulagement dans la foule marocaine. Mais le Sénégal refuse la décision de l’arbitre congolais et des éléments de l’équipe quittent le match.
Après huit minutes de conciliabules, ils reviennent, Diaz, très concentré mais mal à l’aise, rate le tir et voilà le Sénégal champion de la CAN 2025.
Nous sommes atterrés. Nous sommes au-delà de la déception normale. On sent que le match ne s’est pas déroulé normalement, surtout vers la fin. La comédie dramatique du retrait puis le retour sur la pelouse, ne passe pas dans notre façon de considérer le football et nous laisse dans l’embarras et la colère.
Fin du piètre spectacle. Il pleut. On plie les drapeaux et on essaie de partir à la maison, la tête prise dans le chagrin et l’incompréhension. Un ami m’appelle et me dit: «Je prends la route pour Casa; j’espère arriver chez moi sain et sauf tellement je ne suis pas dans mon élément. Je râle et ça ne sert à rien. Finalement, les Marocains ne sont pas assez Africains. Et les Africains ont une conception du jeu qui n’a rien avoir avec la méthode marocaine.»
Difficile d’accepter le fait que les Marocains ne sont pas assez Africains. Je pense simplement que ce sont deux visions du jeu différentes et incompatibles. Il restera dans les mémoires le comportement indigne de l’entraîneur sénégalais Pape Thiaw qui fait du chantage et invente une autre façon de jouer. Il y avait quelque chose d’étrange dans le visage de Brahim Diaz. Les réseaux sociaux ce matin sont en plein complotisme. Non, simplement Diaz a raté son tir, ni plus ni moins. Cela a donné la victoire au Sénégal. Et ce match me laisse un goût amer et triste que j’essaie de repousser pour ne pas rejoindre ceux qui parlent complot.
Mon dimanche, ne fut pas un jour comme les autres. Va falloir l’oublier.
Source : Le 360.ma (Maroc)
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