Je viens d’apprendre la triste nouvelle du rappel à Dieu de l’abolitionniste, membre fondateur du mouvement El Horr et président de S.O.S Esclaves, notre doyen et grand combattant de la liberté Boubacar Messaoud.
À Dieu nous appartenons et à lui nous retournerons .
J’ai connu l’homme pendant ce long combat pour la liberté en Mauritanie . C’est toute une histoire, une rencontré immortalisée par cette photo d’illustration.
Après mon expulsion du Sénégal en juillet 1999, suite aux pressions diplomatiques du gouvernement mauritanien, et mon deuxième exil forcé en Suède, j’ai mené une campagne intense d’informations et de sensibilisation sur l’Apartheid et l’esclavage en Mauritanie auprès de la classe politique, la presse et la société civile du pays d’Alfred Nobel du fameux prix Nobel de la paix. Je fus invité par des groupes parlementaires du pouvoir et de l’opposition au siège du parlement suédois et au ministère des affaires étrangères que dirigeait notre regrettée amie, la ministre Anna Maria Lindh, assassinée à Stockholm le 10 septembre 2003 dans un grand supermarché par un forcené.
Une amie journaliste suédoise feue Christine Walla que j’avais eu la chance de rencontrer dans une bibliothèque, une vieille amie à Jean Paul Sartre, s’est intéressée à la question et m’a mis en contact avec une réalisatrice suédoise Hélène Aastrup.
Après avoir écouté mon histoire elle voulait faire un film sur moi mais je lui ai suggéré un reportage sur l’esclavage ou sur les déportés de la vallée, qui était prioritaire pour moi. Avec mon ami et camarade Garba Diallo, nous lui fournissons toute la documentation nécessaire et toute la littérature sur l’esclavage en Afrique et plus particulièrement en Mauritanie.
Finalement nous organisons une visite clandestine en Mauritanie sous le couvert de tourisme, comme nous l’avions fait pendant mon exil au Sénégal avec le journaliste et sociologue africain- américain feu Samuel Cotton qui sortira le livre » Silent Terror » (la terreur silencieuse) et un film reportage sur les déportés et l’esclavage repris par la CNN et d’autres chaînes américaines. Un reportage qui avait suscité une levée de boucliers à l’époque dans la presse mauritanienne.
Au pays nous le mettons en contact avec le doyen Boubacar Messaoud, Messaoud ould Boulkheïr et d’autres camarades de l’intérieur. De ce voyage est sorti un autre film sur la Mauritanie » Bilal, né esclave », un documentaire soutenu et financé par Amnesty international Suède. Un film qui sera visualisé au festival international et annuel des films à Götoberg-Suède. Nous profitons de l’événement et invitons le doyen Boubacar Messaoud président de SOS- Esclaves pour une série de conférence dans des universités suédoises et danoises et projection du film, » BILAL, NÉ ESCLAVE ». Des années plus tard quelques images et témoignages du doyen sont utilisés aussi dans le documentaire I AM BLACK de notre ami Matz Eklund qui retrace ma vie militante et parcours politique et qui sera primé dans un festival de films nordiques comme meilleur film documentaire .
Et pour immortaliser la rencontre nous prenions cette photo historique.
Pendant son séjour nous avions eu l’occasion de se connaître davantage et d’échanger longuement sur nos combats, d’El Horr, des Flam, de S.O.S Esclaves, du manifeste du négro-mauritanien opprimé de 1986, des événements de 1989, en un mot des années de braise en Mauritanie .
Sa vie fut combattante, son sacrifice sacré et sa mémoire restera éternelle .
Qu’Allah le Tout Puissant l’accueille en son Saint Paradis et que la terre lui soit légère .
Mes condoléances les plus attristées à sa famille biologique, à ses compagnons de lutte et à toute la Mauritanie pour cette immense perte .
Nous revenons de loin mais la lutte continue!
Kaaw Touré
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