Seneplus – Ah, la souveraineté ! Ce mot si noble, est brandi à tout vent par ceux qui, manifestement, en ignorent la substance même. On nous parle avec grandiloquence de souveraineté pour justifier l’injustifiable, pour masquer une étroitesse d’esprit qui ferait pâlir un escargot. Et voilà que, dans un élan de suprême illumination, un étudiant en journalisme, potentiel pilier de l’information (tremblez, rédactions !), nous éclaire sur la véritable menace qui pèserait sur notre chère nation : la coiffure d’une ministre.
Oui, vous avez bien lu. Madame Djirèye Clotilde Coly, ministre de la Jeunesse et des Sports, est désormais une « dissidente culturelle » parce que ses cheveux ne correspondent pas à l’image fantasmée que certains se font du « Sénégalais qu’il représente ». On frôlerait le génie, n’est-ce pas ? Hélas non, un simple délire ! Il semblerait que la souveraineté de notre pays tienne à un cheveu, et plus précisément, à la longueur de celui-ci. Une révélation qui, à coup sûr, fera date dans les annales de la cohésion sociale, et de la mode capillaire.
Quelle ironie de voir un apprenti journaliste, censé être le rempart contre la désinformation et le garant de l’analyse de fond, se transformer en « brigadier de la coiffure ».
Mais soyons sérieux, si tant est que l’on puisse l’être face à une telle pantalonnade. Le Sénégal, cette terre de téranga, de diversité ethnique et culturelle, où Wolofs, Peuls, Sérères, Diolas, Mandingues, Bassaris, Bédiks et tant d’autres cohabitent et enrichissent un tissu social unique, serait-il soudainement réduit à un uniforme capillaire ? Ignorer la richesse de nos traditions, où les cheveux courts peuvent avoir des significations profondes et respectables dans certaines communautés, relève d’une inculture crasse, d’une paresse intellectuelle affligeante. Une insulte à notre patrimoine culturel.
La souveraineté, mes chers censeurs, ne se mesure pas à la coupe de cheveux d’une femme, mais à la capacité d’une nation à embrasser sa pluralité culturelle réélle, à défendre ses valeurs de tolérance et de respect. La souveraineté est culturelle , économique , politique et structurelle.
C’est la bataille pour le respect de nos spécificités et de nos identités culturelles respectives, la souveraineté alimentaire (ne plus dépendre des importations de riz), la souveraineté énergétique et la protection du secteur privé face aux géants mondiaux , la maîtrise des moyens de notre développement .
Et que dire de l’injonction vestimentaire ? Dans un pays laïc, vouloir imposer un « look » aux autres citoyens et à une ministre, c’est non seulement absurde, mais dangereux. C’est le début d’une pente glissante vers l’intolérance et le sectarisme. La démocratie, la laïcité et l’État de droit, ces concepts si souvent malmenés, garantissent justement que l’on ne se mêle pas des choix personnels de ses concitoyens, tant qu’ils respectent la loi. Et à ma connaissance, avoir les cheveux courts n’est pas encore un crime contre la nation, ni le moindre délit à l’égard des autres .
Ce débat, grotesque et affligeant, détourne l’attention des véritables enjeux.
Pendant que l’on s’écharpe sur une coiffure, la ministre Coly, a des missions bien plus cruciales que de satisfaire les lubies esthétiques d’une poignée d’esprits chagrins. Juger une femme sur son apparence plutôt que sur ses capacités et compétences, c’est le summum du sexisme institutionnel et du bodyshaming, des pratiques que l’on croyait révolues mais qui, hélas, semblent avoir la peau dure.
Alors, à ceux qui s’inquiètent de la « dissidence culturelle » de Madame la ministre, je suggère une relecture des fondamentaux : l’histoire du Sénégal, sa diversité, sa laïcité. Et peut-être, juste un peu de bon sens. Car la véritable souveraineté, celle qui compte, est celle de l’esprit, libre et éclairé, capable de distinguer l’essentiel de l’accessoire, le fond de la forme. Et certainement pas celle qui se perd dans les méandres d’une coiffure et des apparences.
Madame la ministre, recevez tout mon soutien ; le Sénégal attend vos résultats sur le terrain, pas vos explications devant le tribunal de l’apparence tenu par des apprentis journalistes en mal de visibilité et en quête de sensationnel.
Fatou Kassé-Sarr
Source : Seneplus (Sénégal)
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