Soudan : les frappes de drones font des ravages parmi les civils

Agence de Presse Africaine  – L’utilisation croissante de drones à longue portée par les forces en conflit au Soudan étend les violences bien au-delà des lignes de front, faisant des victimes dans des écoles, des hôpitaux et des marchés, selon la Mission internationale indépendante d’enquête des Nations Unies sur le Soudan.

Présentant ses conclusions devant le Conseil des droits de l’homme à Genève, le président de la Mission, Mohamed Chande Othman, a alerté sur l’ampleur des attaques visant des populations et des infrastructures civiles.

« Des civils ont été touchés chez eux, dans des écoles, des hôpitaux, des marchés, des sites d’accueil pour personnes déplacées et des lieux de refuge », a-t-il déclaré, évoquant également des attaques lors de rassemblements communautaires.

Des enfants durement touchés

Dans le Kordofan du Sud, la ville de Kalogi illustre particulièrement la gravité de la situation. Des frappes successives attribuées aux Forces de soutien rapide (FSR) contre une école maternelle et un hôpital ont fait 114 morts, dont 60 enfants. Certaines victimes auraient été tuées alors qu’elles tentaient de porter secours aux blessés.

D’autres infrastructures essentielles ont également été touchées. À Da’ein, dans l’Est du Darfour, des frappes attribuées aux Forces armées soudanaises ont rendu l’hôpital universitaire inutilisable après la mort d’au moins 70 personnes.

Dans l’État du Nil Bleu, des drones des forces gouvernementales ont visé le principal marché de Yabus ainsi que des infrastructures hydrauliques, causant des dégâts aux commerces et aux installations environnantes.

À El-Obeid, une maternité a par ailleurs dû suspendre ses activités après qu’une frappe à proximité eut endommagé ses blocs opératoires et sa pharmacie.

Pour la Mission d’enquête, ces attaques ont des conséquences qui dépassent largement le nombre de morts et de blessés. La destruction des écoles, des établissements de santé et d’autres infrastructures civiles compromet durablement l’accès des populations aux services essentiels.

« Pour les enfants, la destruction des écoles, des établissements de santé et d’autres infrastructures civiles affecte non seulement leur sécurité aujourd’hui, mais aussi leur développement et leur bien-être futurs », a souligné Mohamed Chande Othman.

Des soutiens étrangers dans le viseur

La Mission de l’ONU s’est également penchée sur les réseaux transnationaux qui contribueraient à alimenter la guerre, notamment par le recrutement de combattants étrangers et le transfert d’armes, de munitions, de technologies militaires et de moyens logistiques au profit des FSR.

Selon ses investigations, des réseaux auraient établi des connexions entre des acteurs situés aux Émirats arabes unis, au Tchad, dans le sud-est de la Libye et au Puntland, en Somalie.

La Mission affirme également avoir documenté la présence d’anciens contractuels de l’armée colombienne, dont le nombre pourrait atteindre 2.000, aux côtés des FSR au Darfour et au Kordofan. Des combattants originaires notamment du Soudan du Sud, du Tchad et d’Éthiopie auraient également été identifiés.

Face à ces éléments, les enquêteurs de l’ONU appellent les États qui apportent un soutien aux parties au conflit à prendre leurs responsabilités et à empêcher que leurs actions ne contribuent à la commission de crimes internationaux.

La Mission réclame en outre l’application effective de l’embargo sur les armes au Darfour et son extension à l’ensemble du territoire soudanais.

Türk réclame un cessez-le-feu

Ces alertes interviennent alors que le Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme, Volker Türk, a lui aussi appelé à mettre fin aux violences.

Il a notamment exprimé son inquiétude face à la détérioration de la situation au Kordofan, au Nil Bleu ainsi qu’au Darfour du Nord et de l’Ouest, où les civils restent exposés à un risque « imminent ».

« Il faut un cessez-le-feu immédiat, la fin de toute ingérence étrangère et le retour à un régime civil inclusif », a-t-il insisté.

Entré dans sa quatrième année, le conflit opposant les Forces armées soudanaises aux Forces de soutien rapide a provoqué l’une des plus graves crises humanitaires actuelles. Plus de six millions de personnes ont été déplacées à l’intérieur du pays et 4,5 millions d’autres ont trouvé refuge dans les pays voisins.

Source : Agence de Presse Africaine (APA)

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