Sadio Mané, la star du football, se lance dans la transformation des mangues au Sénégal

L’ancien attaquant de Liverpool a posé, le 19 septembre, la première pierre d’une usine qui produira de la pulpe de mangue, de la mangue séchée, mais aussi du beurre de mangue, dans son village natal, en Casamance.

Le Monde  – Du ballon rond à la mangue, il n’y avait qu’un pas, que l’international de football Sadio Mané vient de franchir dans son village natal de Bambali, en Casamance, dans le sud du Sénégal. L’ancien attaquant de Liverpool a posé, le 19 septembre, la première pierre d’un complexe agro-industriel de transformation de mangues dans lequel il prévoit d’investir, sur fonds propres, 11,7 milliards de francs CFA (près de 18 millions d’euros). « Je veux que la richesse de notre terre reste ici, chez nous, et qu’elle profite d’abord à nos populations », a-t-il déclaré lors d’une conférence de presse, jeudi 17 septembre, à Dakar.

Dans la future usine de Bambali, la société SM10 Agro ambitionne de transformer 8 500 tonnes de mangues par an sur un vaste complexe qui comprendra un verger de 500 hectares, sur lequel il est prévu de planter 78 000 arbres, a précisé la directrice adjointe de SM10 Agro, Aminata Tope, auprès de la BBC. L’entreprise devrait progressivement demander les certifications nécessaires à la production de pulpe de mangue, de mangue séchée, mais aussi de beurre de mangue, un produit utilisé dans l’industrie cosmétique. Sollicitée, SM10 Agro n’a pas répondu à nos questions.

Le projet, qui devrait créer 1 000 emplois, comprend également un centre de formation agricole, s’est félicité Sadio Mané, en indiquant qu’il souhaitait créer, pour les habitants, « une véritable opportunité de se former et de progresser ».

Une mangue « très prisée »

Cette région enclavée, séparée du reste du pays par la Gambie, produit environ la moitié des mangues sénégalaises, mais c’est aussi la région où la production est la plus artisanale. « Aujourd’hui, 30 % à 40 % de la récolte de mangues se perdent, faute de stockage et de transformation sur place », rappelait devant la presse Sadio Mané, qui évolue aujourd’hui au club saoudien Al-Nassr, à Riyad.

« La Casamance produit de la mangue dans des vergers familiaux, parfois mal entretenus, alors que d’autres régions possèdent des vergers plus structurés et tournés vers l’export », analyse Matthieu Brun, président de la fondation FARM, un cercle de réflexion consacré aux questions agricoles en Afrique. « Vouloir travailler sur les pertes post-récoltes me semble plutôt intéressant, ajoute-t-il, en particulier le beurre de mangue, puisqu’il est fabriqué à partir du noyau et permet de valoriser ce qui, autrement, deviendrait un déchet. » Créer une chaîne de valeur intégrée, comme c’est l’ambition de Sadio Mané, permet également de vendre un produit à plus forte valeur ajoutée que la mangue fraîche, et pourrait donc améliorer les retombées économiques pour la région.

Par ailleurs, si la mangue sénégalaise est un produit « très prisé » par les consommateurs européens, elle souffre d’un fléau : la mouche du fruit, un insecte que l’Union européenne redoute de voir coloniser ses propres vergers. « La présence d’une seule mouche dans un conteneur entraîne son rejet à la frontière européenne », détaille Edouard Lehmann, responsable innovation et transformation des systèmes alimentaires au Colead, une association qui appuie les producteurs africains dans l’accès aux marchés européens.

Héros en son village

« Dans les petites exploitations de Casamance, il est plus difficile de contrôler la présence de la mouche du fruit », détaille Edouard Lehmann. Confronté à ce problème qui a tendance à progresser avec la période de récolte – il y a plus de mouches en fin de saison qu’au début –, le Sénégal déclare chaque année une fenêtre de temps durant laquelle les fruits peuvent être exportés. Cette année, cette fenêtre s’est refermée dès le mois de juillet, alors qu’elle peut d’ordinaire durer jusqu’à fin août.

Le projet de Sadio Mané, accueilli en héros dans son village – où il a par le passé financé de nombreux autres projets, comme une école et un hôpital –, devra cependant relever plusieurs défis. « Le problème n’est pas l’usine elle-même mais ce qu’il y a autour, les transports, l’énergie disponible pour la faire tourner », souligne Matthieu Brun, qui évoque également un problème de saisonnalité, la récolte des mangues au Sénégal s’étalant en général sur le printemps et l’été. « Que va produire l’usine le reste du temps ? », interroge-t-il.

Autre enjeu, la disponibilité des fruits. « En principe, on transforme ce qui reste après l’exportation et la commercialisation en frais sur le marché local », rappelle Pierre Chapusette, consultant indépendant pour des projets de développement, qui a travaillé sur la mangue de Casamance. « Or les variétés prisées à l’exportation sont chères, donc peu rentables pour une usine de transformation », ajoute-t-il, en indiquant que d’autres projets de transformation de mangues en Casamance se sont déjà heurtés à ce problème.

Source : Le Monde

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