Professeur Abdoulaye Doro Sow (philosophe) écrit : « Notre humanité reste silencieuse face à la destruction de l’une des civilisations les plus anciennes du monde, au sens noble du terme. Le recours à la violence légitime, qui est le monopole de l’État, s’exerce dans des conditions bien précises. La confiance en la démocratie, qui est le régime des libertés, s’est fissurée, car l’un de ses piliers a été grossièrement et manifestement violé. Certes, tout président a la prérogative de faire une déclaration de guerre, mais en respectant les modalités institutionnelles. Que constatons-nous ? Trump détourne tout ce parcours institutionnel pour faire la guerre à l’Iran avec un mépris et une arrogance sans commune mesure. “Une mort certaine” pour les gardiens de la révolution en cas de refus de déposer les armes. Cette défiance, prononcée dans l’espace public, est une atteinte à la dignité du peuple iranien. Ne faudrait-il pas revoir le socle commun des valeurs qui fondent notre humanité ? Pourquoi la religion ne parvient-elle pas à être un puissant bouclier contre les multiples expressions de la barbarie ? Où sont les soufis et quels sont les résultats de leur invitation à l’introspection ? Le refus de toute diversité des humanités me rappelle cette célèbre citation de Claude Lévi-Strauss : “Est barbare celui qui ne reconnaît pas l’humanité de l’autre.” »
Réponse du disciple soufi Abdel Khadir Guissé (informaticien) écrit : Nous ne pouvons ignorer tes trois questions concernant la religion, et plus particulièrement les maîtres soufis. Nous allons partager avec toi notre modeste opinion à ce sujet.
1) La religion ne parvient pas toujours à être un bouclier contre la barbarie parce qu’elle est souvent réduite à une identité culturelle, à un discours ou à un instrument de pouvoir, alors qu’elle est d’abord un travail intérieur. Lorsque le cœur n’est pas purifié, la foi peut être mobilisée par l’ego, la peur ou la domination. Ce n’est pas la religion qui échoue, mais l’être humain qui ne parcourt pas le chemin intérieur qu’elle exige pour être un véritable mukallaf.
2) Les soufis ne sont ni absents ni indifférents. Leur action est discrète, silencieuse, souvent invisible pour ceux qui pensent qu’ils ne font que du mysticisme. À l’image de Jalal ad-Din Rûmi (rta) ou d’Ibn Arabi (rta), ils rappellent que la transformation du monde commence par la transformation de nos pensées, de nos cœurs et de nos pratiques sociétales. Leur invitation à l’introspection ne produit pas des effets spectaculaires dans le monde, mais elle façonne des consciences capables de reconnaître l’humanité de l’autre. C’est la raison pour laquelle ils s’attachent davantage à l’anthropologie et à l’épistémologie spirituelle qu’à la condamnation de l’autre à travers les catégories réductrices du “haram” et du “halal”. Ainsi, la question du socle commun des valeurs trouve sa réponse dans la reconnaissance universelle de la dignité humaine. Comme le disait Claude Lévi-Strauss, la barbarie commence lorsque l’on nie l’humanité de l’autre. La voie soufie propose donc un retour à l’essentiel : purifier l’intention, élargir le cœur et replacer la miséricorde au centre de l’action. La religion devient un véritable bouclier contre la barbarie lorsque l’homme accepte d’en faire un chemin d’humilité plutôt qu’un étendard d’affirmation. Le grand maître soufi Jalal ad-Din Rumi (rta) disait : « Hier, j’étais intelligent et je voulais changer le monde. Aujourd’hui, je suis sage et je me change moi-même. » Par conséquent, il ne sert à rien, pour un mukallaf, de remporter toutes les batailles de la vie s’il perd celle qui doit le mener vers son propre néant.
Nous vivons dans un monde où personne ne veut retrouver son néant ; chacun préfère les mirages des étiquettes de nos différentes sociétés. La solution est soufie. Il faut bien évidemment lever l’équivoque en précisant que le néant ne signifie pas l’inexistence. Nous ne comprenons véritablement le soufisme que lorsque nous le devenons. C’est là toute la différence entre la connaissance conceptuelle et la connaissance existentielle. Le plus grand mensonge d’un “savant” religieux, d’un intellectuel ou d’une personne ordinaire consiste à vouloir comprendre la spiritualité soufie sans avoir, au préalable, retrouvé son propre néant dans le vide de son existence. Certes, cette affirmation peut paraître catégorique (sans nuance), mais elle relève malheureusement de l’évidence. Ce n’est pas nous qui affirmons : depuis l’avènement de notre père Adam, premier khalife de Dieu, cette vérité vérifiée et valable a été confirmée par tous les grands maîtres authentiques du soufisme ainsi que par les prophètes précédents. Par conséquent, prétendre saisir cette réalité sans passer par cet anéantissement intérieur revient tout simplement à se tromper soi-même. Le simple fait de tenter d’aborder ce sujet sous un angle purement conceptuel constitue déjà une preuve de l’ignorance de la méthodologie de la transformation de notre existence.
@Yoo Alla Faabo !
AKGUISSE : Auteur du livre : Résider au confluent du spirituel et du temporel :
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