Quand la France kidnappait un président

Alors que l'affaire Maduro agite la scène internationale, un précédent méconnu refait surface : celui de 1995 aux Comores. Une enquête de Mediapart révèle comment Paris a orchestré l'enlèvement et l'exil forcé du président Saïd Mohamed Djohar

SenePlus  – L’histoire bégaie parfois de manière troublante. Trente ans avant l’affaire Maduro qui secoue l’actualité internationale, la France a elle-même orchestré la mise à l’écart forcée d’un président étranger. C’était en 1995, aux Comores. Saïd Mohamed Djohar, chef d’État élu, avait été victime d’un scénario digne d’un thriller politique, instrumentalisé par Paris pour « reprendre en main un pays considéré comme relevant de sa chasse gardée », comme le raconte Mediapart dans une enquête fouillée.​

Tout commence le 28 septembre 1995, quand le célèbre mercenaire Bob Denard débarque à Moroni pour renverser le président Djohar. Si l’homme de main pense agir avec la bénédiction de la France, les coulisses de l’opération révèlent une machination complexe sur fond de rivalités au sein de la droite française. Selon Pierre Caminade, cité par Mediapart, les réseaux de Charles Pasqua auraient favorisé le putsch, tandis que le clan Chirac en aurait profité pour fragiliser ses rivaux.​

Le piège se referme rapidement sur Denard. L’armée française lance l’opération Azalée pour reprendre le contrôle, transformant le mercenaire en bouc émissaire. Un de ses lieutenants confiera plus tard avoir eu le sentiment « d’avoir été un pion dans le jeu de la France », instrumentalisé pour faire le « sale boulot » avant d’être lâché, rapporte le journal en ligne.​

Mais le véritable coup de force de Paris réside dans le sort réservé au président Djohar. Une fois « libéré » des mains des putschistes, il est conduit à l’ambassade de France où on lui annonce son départ immédiat pour La Réunion. « Le diplomate lui fait comprendre qu’il n’a pas son mot à dire », écrit Rémi Carayol dans Mediapart. Officiellement, il s’agit de ménager « un vieux monsieur qui mérite du repos », selon les mots d’Hervé de Charette, alors ministre des Affaires étrangères, cité par l’article.​

La réalité est tout autre : les examens médicaux révèlent que le président de 77 ans est « en pleine forme ». Il s’agit en fait d’un exil politique déguisé pour écarter un dirigeant devenu gênant, notamment en raison de son rapprochement avec l’Iran et la Libye, explique Mediapart. Depuis sa résidence surveillée, Djohar s’interrogera amèrement dans une déclaration reprise par le média : « Je ne sais pas si je suis en exil ou si je suis déporté. Il y a eu une mise en scène ».​

Au final, la manœuvre se révèle être un coup de maître diplomatique pour la France. « Sans apparaître en première ligne, et même en endossant le rôle du ‘sauveur’, elle a en effet mis hors jeu un président corrompu qui l’irritait de plus en plus », analyse Mediapart. En se débarrassant d’un allié devenu encombrant tout en affichant une posture de rétablissement de l’ordre, Paris a réussi à préserver ses intérêts stratégiques dans l’archipel, au prix d’une entorse majeure à la souveraineté comorienne.

 

 

Source : SenePlus (Sénégal) – Le 27 janvier 2026

 

 

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