Le Figaro – Le banc des accusés est resté invariablement vide. Depuis le 2 mars, Tariq Ramadan était jugé en son absence par la cour criminelle de Paris pour les viols de trois femmes qu’il conteste fermement. Au prétexte d’un état de santé dégradé – l’islamologue souffre d’une sclérose en plaques – il a laissé les débats se dérouler sans lui, jusqu’à l’énoncer du verdict, ce mercredi. Les magistrats l’ont déclaré coupable d’avoir violé trois femmes et l’ont condamné par défaut à 18 ans de réclusion criminelle, suivant les réquisitions du parquet général.
La cour a ordonné qu’il fasse l’objet d’une mesure de suivi judiciaire pendant huit ans, lui interdisant notamment d’entrer en relation avec les victimes, mais aussi de diffuser tout ouvrage, œuvre audiovisuelle ou intervention publique qui porterait sur cette infraction. Elle l’a aussi condamné à une interdiction définitive du territoire français une fois sa peine purgée.
Cette décision clôture trois semaines d’un procès «insensé», ponctué de manœuvres dilatoires de la part de la défense, selon les avocats des parties civiles. Dès le premier jour, les quatre conseils de Tariq Ramadan ont expliqué qu’il avait été hospitalisé plus tôt en Suisse – alors que son contrôle judiciaire lui interdit de quitter la France – en raison d’une «poussée» de sclérose en plaques. À l’appui, ils ont transmis un certificat médical le décrivant comme «vidé de son énergie vitale» et nécessitant une «période de repos d’une semaine à dix jours». Cette annonce inattendue a immédiatement posé la question d’un renvoi du procès à une date ultérieure à laquelle il serait en état de comparaître. Me David-Olivier Kaminski, avocat d’une des victimes, y a immédiatement vu une volonté «d’éluder le débat». «Il ne faut pas se leurrer, Tariq Ramadan utilise tous les moyens pour ne pas comparaître et pour ne pas être jugé», a abondé l’avocat général.
Une «parodie de justice»
Dans ces circonstances, la cour criminelle a ordonné qu’une expertise médicale soit réalisée par deux neurologues. Quatre jours plus tard, le 6 mars, le couperet est tombé : les médecins ont estimé que le prédicateur était en mesure de faire face à la justice. Dans leur rapport, lu à l’audience par la présidente de la cour Corinne Goetzmann, les neurologues ont conclu à la «stabilité de la sclérose en plaques» dont souffre l’islamologue depuis plusieurs années «sans signe de poussée récente». La magistrate a donc décidé de juger l’accusé de 63 ans par défaut et à huis clos comme le réclamait l’une des parties civiles. Elle a aussi délivré un mandat d’arrêt «à exécution et diffusion immédiate» à son encontre.
Face à cette décision, ses avocats – Mes Marie Burguburu, Sarah May Vogelhut, Nabila Asmane et Ouadie Elhamamouchi – ont fustigé une «parodie de justice» et claqué la porte de la salle d’audience, dans un nouveau coup de théâtre judiciaire. «Est-ce qu’on a un autre choix que de partir ?», a déclaré devant la presse l’un d’eux, Me Ouadie Elhamamouchi. Et d’ajouter : «Tariq encore une fois (…) l’objet d’un acharnement judiciaire.» Dès lors, les journées d’audiences se sont succédé, privées des explications de la défense pourtant nécessaires à la tenue d’un procès équitable. Une situation vécue comme un camouflet par les plaignantes qui attendaient ce procès, plus de 15 ans après les faits pour l’une d’entre elles. «C’est encore une manière d’afficher son mépris par rapport aux autorités et aux victimes», a déploré la pénaliste Sarah Mauger-Poliak.
Mardi 24 mars, un énième rebondissement a étonné les parties civiles : de nouveaux avocats de la défense ont transmis à la cour un certificat médical informant d’une prochaine hospitalisation en psychiatrie de l’accusé, sans que cela n’ait d’incidence sur le cours de l’audience. «Jour après jour, les preuves accablantes de sa culpabilité s’accumulent. Ce matin, Monsieur Ramadan a tenté une manœuvre de la dernière chance qui a fait flop afin d’échapper à ses lourdes et graves responsabilités pénales», a commenté Me David-Olivier Kaminski.
Source : Le Figaro
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