Premier jour du Regional Health Investment Forum : la Mauritanie lance un appel au secteur privé international

Financial Afrik – Nouakchott, 13 juillet 2026 – La Mauritanie entend se positionner comme une nouvelle destination des investissements dans les services de santé en Afrique. Tel est le message fort lancé à l’ouverture du Regional Health Investment Forum, organisé par le Centre islamique pour le développement du commerce (CIDC), en partenariat avec le ministère mauritanien de la Santé et l’Agence de Promotion des Investissements en Mauritanie (APIM). Réunissant gouvernements, institutions internationales, investisseurs, groupes hospitaliers, industriels pharmaceutiques et partenaires au développement, cette première journée a placé les partenariats public-privé et l’investissement au cœur de la souveraineté sanitaire du continent.

Ouvrant les travaux, Dr Tah Ahmed Meouloud, Directeur Général de l’APIM, a donné le ton en appelant les investisseurs internationaux, les opérateurs hospitaliers, les fournisseurs de services médicaux, les industriels du médicament et les entreprises des technologies de santé à faire de la Mauritanie une plateforme régionale d’investissement. Selon lui, l’avenir des systèmes de santé africains passe par une mobilisation accrue des capitaux privés, capables d’accélérer la modernisation des infrastructures, le développement des établissements spécialisés, la production pharmaceutique et les services de santé. Son intervention s’est voulue une invitation explicite au partenariat entre pouvoirs publics, investisseurs et professionnels de santé afin de bâtir un écosystème médical compétitif au service de l’Afrique.

Dans son allocution, Latifa El Bouabdellaoui, Directrice générale du Centre islamique pour le développement du commerce (CIDC), a rappelé que cette rencontre vise précisément à rapprocher États, secteur privé, investisseurs et partenaires techniques autour d’une ambition commune : réduire la dépendance sanitaire des pays membres de l’Organisation de la coopération islamique et développer des chaînes de valeur régionales dans les industries de santé.

Même conviction chez Dr Ahmad Kawesa Sengendo, Secrétaire général adjoint aux Affaires économiques de l’Organisation de la coopération islamique (OCI). Présentant le CIDC comme une plateforme permettant de concrétiser les objectifs économiques de l’Organisation, il a insisté sur le renforcement des capacités collectives, la construction d’une sécurité sanitaire durable et l’investissement dans le capital humain. Il a notamment rappelé que le marché des produits pharmaceutiques halal représente près de 75 milliards de dollars, alors que la majorité de ces produits continue d’être importée hors de l’espace de l’OCI, soulignant ainsi l’importance de développer une industrie pharmaceutique régionale.

Invité d’honneur du Forum, le Directeur général de l’Organisation mondiale de la Santé, Dr Tedros Adhanom Ghebreyesus, a estimé que « ce forum ne pouvait pas arriver à un meilleur moment », quelques années après la pandémie de Covid-19 qui a profondément mis en lumière les vulnérabilités des systèmes sanitaires. Il a rappelé qu’un dollar investi dans la santé génère plusieurs dollars de retour sur investissement, faisant de ce secteur non seulement un impératif social mais également un puissant moteur de croissance économique.

Pour le patron de l’OMS, la réponse s’appelle le partenariat. Aucun pays ne peut atteindre seul la sécurité sanitaire mondiale. Les réponses passent par le transfert de technologies, les investissements industriels, la production locale de vaccins et de médicaments, ainsi que le développement de capacités régionales de recherche et d’innovation.

Dans une formule appelée à marquer les esprits, il a lancé : « Nous devons nous souvenir de Nouakchott comme de la capitale où nous avons décidé d’investir autrement. Passons de la stratégie à la mise en œuvre. »

Le ministre mauritanien de la Santé, Pr Thiam Tidjani, a réaffirmé la volonté des autorités de renforcer durablement le système national de santé en s’appuyant sur des partenariats solides avec les investisseurs et les institutions internationales. Dr Thiam Samba, ambassadeur itinérant, a, pour sa part, plaidé pour une mobilisation accrue des partenaires autour des priorités sanitaires africaines.

La session « Invest in Mauritania » a permis de mettre en avant les opportunités offertes par le pays. Le Directeur Général de l’APIM a rappelé que la santé figure désormais parmi les secteurs stratégiques éligibles aux avantages du nouveau Code des investissements, offrant un environnement attractif aux investisseurs nationaux et internationaux souhaitant développer des projets hospitaliers, pharmaceutiques ou de technologies médicales.

Les responsables des institutions nationales de santé ont dressé un diagnostic sans détour. La Directrice générale de la CNASS a souligné que la demande de soins existe bel et bien, mais qu’elle demeure contrariée par une offre encore insuffisante, d’où la nécessité d’investissements massifs dans les infrastructures, les équipements, les ressources humaines et les services spécialisés.

Présent lors des travaux, Zine El Abidine Cheikh Ahmed, président de l’Union nationale du patronat mauritanien (UNPM), a réaffirmé la disponibilité du secteur privé mauritanien à accompagner cette nouvelle dynamique et à contribuer au développement d’une véritable économie de la santé.

Les ministres africains de la Santé ont également partagé leurs expériences nationales. Dr Ahmadou Lamin Samateh, ministre de la Santé de Gambie, a appelé à une harmonisation accrue entre les politiques sanitaires africaines, regrettant que plus de soixante ans après les indépendances, la dépendance du continent demeure particulièrement élevée.

Son homologue sénégalais, Dr Ibrahima Sy, a insisté sur les conditions nécessaires à des investissements durables : une vision de long terme, un environnement réglementaire stable et prévisible ainsi qu’un investissement soutenu dans le capital humain.

Le ministre somalien de la Santé, Dr Ali Haji Adam Abubakar, a pour sa part mis en avant la coopération régionale comme levier essentiel pour renforcer la résilience des systèmes de santé et favoriser le partage des compétences.

Cette première journée s’est conclue par la signature d’un protocole d’accord entre l’Organisation mondiale de la Santé et l’Agence de Promotion des Investissements en Mauritanie (APIM), destiné à promouvoir les investissements dans le secteur sanitaire, faciliter les partenariats et accompagner les projets structurants.

Au terme de cette journée inaugurale, un consensus s’est dégagé : la santé n’est plus seulement un secteur social. Elle s’impose désormais comme un secteur économique stratégique, un levier d’industrialisation et un facteur de souveraineté. En accueillant ce Forum, la Mauritanie affiche clairement son ambition de devenir l’une des principales plateformes africaines de l’investissement dans la santé.

Source : Financial Afrik

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