Pourquoi la Mauritanie reste logiquement plus fragile que ses cousines sur le carburant ?

Parler de pénuries de carburant en Mauritanie sans parler de stockage, c’est comme commenter un match de football sans regarder le score. Le vrai problème n’est pas seulement le fournisseur, ni même les prix internationaux. Il est structurel. Il est silencieux.  Et surtout, il est connu, la Mauritanie stocke peu, et cela la rend vulnérable.

Pendant longtemps, le pays a fonctionné avec une capacité estimée à moins de 60 000 m³ de carburants liquides. Un niveau faible pour un pays dépendant quasi exclusivement des importations.  Même si les autorités ont engagé une montée en puissance vers environ 123 000 m³, il faut être lucide, ce progrès ressemble davantage à un rattrapage qu’à une révolution.

À quelques centaines de kilomètres, le Sénégal affiche une toute autre stature.  Avec environ 500 000 m³ de produits pétroliers stockés, auxquels s’ajoutent des réserves de gaz et même du pétrole brut, Dakar joue clairement dans une autre division.  Ce n’est pas un hasard si le pays encaisse mieux les chocs d’approvisionnement. Il a tout simplement plus de marge.

Même logique du côté de l’Algérie, où les capacités dépassent largement celles de la sous-région, avec des centaines de milliers de mètres cubes et une stratégie assumée d’autonomie sur plusieurs semaines.  Là-bas, le stockage n’est pas une variable d’ajustement. C’est un pilier de souveraineté.

À l’autre extrémité, la Gambie et le Mali évoluent avec des capacités plus modestes, autour de 50 000 m³ chacun. Mais la comparaison s’arrête là.  La Gambie a un marché réduit, et le Mali, malgré sa vulnérabilité logistique, a depuis longtemps identifié son problème de stockage comme un enjeu stratégique.

La Mauritanie, elle, se trouve dans une position paradoxale, un marché plus important que ses petits voisins, mais une capacité longtemps proche des leurs, et très inférieure à celle du Sénégal. Résultat à chaque tension sur les livraisons, le système tremble.  Pas parce que le carburant n’existe pas.  Mais parce qu’il n’y a pas assez de “tampon” pour absorber les chocs.

Là où certains pays peuvent tenir plusieurs semaines, la Mauritanie, elle, entre rapidement en zone de stress. Ce déséquilibre structurel explique beaucoup de choses, la sensibilité extrême aux retards de livraison, la dépendance accrue à un fournisseur principal Addax et cette impression récurrente de crise dès que la chaîne logistique se grippe. Car au fond, la vraie question n’est pas : “Qui fournit le carburant ?” La vraie question est : “Combien de temps le pays peut tenir sans livraison ?” Et la réponse, jusqu’à récemment, n’était pas rassurante. L’effort actuel pour augmenter les capacités est donc nécessaire.  Mais il ne suffit pas.  Car le stockage n’est qu’un maillon.

Il doit s’accompagner de diversification des fournisseurs, de transparence contractuelle, et d’une vision claire de souveraineté énergétique. Sinon, le scénario restera le même : une tension, une pénurie, une polémique… puis un retour au statu quo. La Mauritanie ne manque pas de carburant. Elle manque encore de profondeur logistique.

 

 

Souleymane Hountou Djigo

Journaliste, blogueur

 

 

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