Pour se qualifier à la CAN 2027, de nombreuses sélections africaines contraintes de jouer à l’étranger faute de stades homologués

La campagne de qualification à la Coupe d’Afrique des nations masculine 2027 démarre à la fin du mois de septembre et plusieurs équipes nationales se préparent à jouer leurs matchs « à domicile » dans un pays tiers, souvent le Maroc.

Le Monde – Saïd Ali Saïd Athouman peut souffler, du moins pour l’instant. Le président de la Fédération de football des Comores a appris, fin août, que son équipe nationale pourra disputer, mardi 29 septembre, son match face à la Namibie, lors de la deuxième journée des qualifications pour la Coupe d’Afrique des nations masculine 2027, à domicile. Vraiment à domicile. Fin août, le stade omnisports de Malouzini, à Morini, la capitale de l’archipel, a reçu une homologation provisoire pour accueillir le match de la part de la Confédération africaine de football (CAF).

Inaugurée en 2019, l’enceinte de 10 700 places avait été placée sur la longue liste des stades interdits d’abriter toute rencontre officielle à peine trois ans plus tard. En cause : des défauts concernant la pelouse, l’éclairage et la gestion des spectateurs, incompatibles avec les exigences du cahier des charges de l’instance. La CAF se réserve d’ailleurs le droit de revoir sa décision pour la suite des éliminatoires, à l’issue d’une visite d’inspection d’ici le mois de novembre. Son objectif : vérifier que les derniers travaux de mise aux normes – dont le coût a été en grande partie assumé par l’Etat comorien – ont été réalisés.

« Depuis fin 2023, hormis deux amicaux contre la Namibie il y a dix mois, la sélection a joué “à domicile” sur terrain neutre, en Tunisie, au Maroc et en Côte d’Ivoire, retrace Saïd Ali Saïd Athouman. Le plus gros des travaux a été fait, d’où cette homologation provisoire, et je pense que nous allons en finir avec cet exil forcé. »

Si la Guinée ou le Burundi ont également bénéficié d’autorisations temporaires pour leurs enceintes, de nombreuses autres sélections engagées dans ces qualifications (Bénin, Zimbabwe, Somalie, Lesotho, Namibie, Erythrée, Madagascar, Soudan) vont devoir s’organiser pour accueillir leurs adversaires dans un pays tiers, loin de leurs supporteurs. Au total, une vingtaine de nations africaines ne sont pas en mesure de recevoir en match officiel. « Il y a une vraie disparité sur le continent entre ceux qui sont équipés ou suréquipés, tels le Maroc, l’Afrique du Sud, l’Algérie ou la Côte d’Ivoire, et les autres, qui sont souvent des pays pauvres », poursuit le président de la fédération comorienne. Et ce n’est pas Célestin Yanindji, son homologue centrafricain, qui le contredira.

« C’est frustrant »

Les Fauves – le surnom de l’équipe nationale centrafricaine – n’ont plus joué à Bangui depuis cinq ans. Le nouveau stade de la capitale, largement financé par la Chine, ne sera achevé que fin 2027, voire début 2028. « L’équipe s’est exilée au Cameroun, en Angola, en Afrique du Sud, et beaucoup au Maroc. C’est à Casablanca que nous affronterons la Mauritanie, le 24 septembre [le stade olympique de Nouakchott est en rénovation], que nous accueillerons le Burkina Faso, le 28, et que nous évoluerons pour les prochaines journées des éliminatoires en novembre et mars [2027], détaille Célestin Yanindji. Nous avons l’habitude, mais ce n’est vraiment une situation idéale, pour de nombreuses raisons. »

Et le dirigeant de lister : « Sportivement, on ne bénéficie pas du soutien de notre public. Jouer à l’étranger coûte de l’argent – billets d’avion, hébergement, éventuelle location de l’enceinte –, il n’y a quasiment aucune recette de billetterie car on joue dans des stades presque vides, et des sponsors basés à Bangui ne vont pas investir pour un match délocalisé. » Le président de la fédération centrafricaine estime entre 450 000 et 500 000 euros le coût de ce séjour au Maroc, pris en charge par l’Etat.

C’est probablement dans le royaume chérifien qu’évoluera aussi Madagascar. L’île Rouge possède pourtant un stade de 40 000 places à Antananarivo. Mais l’infrastructure, qui a coûté 77 millions d’euros et a été inaugurée en 2021, n’est plus aux normes de la CAF… depuis 2023. A en croire le sélectionneur Corentin Martins, les Barea n’en fouleront pas la pelouse avant mars 2027, et « sans certitude ».

Cette délocalisation a au moins un avantage aux yeux de Clément Couturier, pensionnaire du club de Mondorf-les-Bains, au Luxembourg : « Le gain de temps en transport pour les joueurs évoluant en Europe. » Avec 14 sélections depuis ses débuts internationaux en 2023, le milieu de terrain n’a joué que deux fois à Madagascar dans sa carrière. « Je ne sais pas si nous avons perdu des points à cause de cela, mais je suis certain que nous n’en avons gagné aucun : jouer devant 100 ou 150 personnes au Maroc, quand on sait qu’à Antananarivo, il y a une grosse ambiance, c’est frustrant, pour nous comme pour les supporteurs », insiste-t-il.

Des conditions particulières à laquelle les footballeurs malgaches se sont habitués, par la force des choses, en attendant que leur stade soit de nouveau homologué. « Plusieurs fois, on a cru qu’il allait l’être, mais c’est à chaque fois repoussé, à cause de la pelouse ou des normes de sécurité », soupire Clément Couturier.

Plusieurs dirigeants déplorent un cahier des charges trop exigeant, « davantage que celui de la FIFA », la fédération internationale, assure Célestin Yanindji. « Je trouve tout à fait normal que la CAF soit stricte sur tout ce qui concerne la sécurité des joueurs ou des spectateurs. Mais elle est trop tatillonne sur des aspects qui me semblent bien moins importants, comme le confort des loges », abonde Saïd Ali Saïd Athouman. Surtout, certaines enceintes, dont l’entretien incombe aux Etats, « sont trop grandes et demandent de lourds investissements, parfois difficiles à honorer pour plusieurs pays », insiste Célestin Yanindji. Sollicitée, la CAF n’a pas répondu à nos questions.

 

 

 

Source : Le Monde

 

 

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