Niveau de français exigé pour les étrangers : une « simple » question de langue ?

Depuis janvier 2026, les exigences de français ont été relevées pour l’obtention d’un titre de séjour ou de la nationalité française.

Le niveau de langue seul ne donne pas d’indications sur l’insertion d’une personne, et réussir ces tests suppose d’en comprendre la logique, comme au code de la route.

L’Office français de l’immigration et de l’intégration a mis fin aux cours gratuits en présentiel pour la majorité des apprenants, ces exigences risquent donc de pénaliser les personnes les moins dotées en ressources culturelles et financières.

La langue est politique. La campagne pour l’élection présidentielle française de 2027 ne manquera pas d’en faire un thème central, au côté de l’immigration – deux sujets parfois liés dans le débat public.

L’élévation du niveau de français exigé pour l’accès aux titres de séjour et à la nationalité pose la question de la prise en compte de la complexité des liens entre langue et insertion. Exiger un certain niveau en français pour accéder à un titre de séjour et à la nationalité, est-ce une mesure de bon sens, ou un outil de sélection sociale ? Derrière cette escalade des exigences linguistiques, quelles conceptions se cachent-elles ?

Un durcissement permanent des attendus en langue française

Du point de vue du droit au séjour français, il faut distinguer deux catégories : les ressortissants de l’espace européen Schengen, qui bénéficient de la libre circulation, et les autres qui sont soumis à des règles plus strictes.

En Europe, les niveaux de langue, comme A1, A2, B1 ou B2, suivent une échelle commune appelée « Cadre européen de référence pour les langues » (CECRL). Le niveau A2 fait référence à la capacité de faire des achats, de parler de soi et de sa vie quotidienne. À partir du B1, on peut raconter avec des détails un événement passé, expliquer ses objectifs ou se justifier. Enfin, le B2 correspond à une maîtrise plus avancée : discuter de sujets abstraits ou défendre son point de vue. Ces compétences sont vérifiées par des examens qui évaluent la compréhension et l’expression, à l’oral comme à l’écrit.

Cadre européen commun de référence pour les langues. Cadreci, centre de formations pour adultes, Fourni par l’auteur

Or, en moins de 15 ans, les exigences linguistiques appliquées aux titres de séjour et à la naturalisation se sont considérablement durcies en France.

Jusqu’en 2011, le candidat à la nationalité française devait être capable d’interagir simplement en français lors d’un entretien en préfecture. Comme le soulignait alors le sociologue Abdellali Hajjat, cette évaluation pouvait être marquée par des préjugés xénophobes, par exemple lorsque le niveau de français était associé à des jugements sur des marqueurs supposés d’une moindre intégration (port du foulard, par exemple). Les critères appliqués variaient aussi fortement d’une préfecture à l’autre. En principe, l’évaluation devait néanmoins tenir compte de la situation personnelle de chaque candidat, notamment de son niveau de scolarisation et de sa situation sociale et professionnelle. Cette évaluation ne se limitait donc pas qu’au critère linguistique, et devait se faire à l’oral uniquement.

À partir de 2011, le durcissement et la flexibilisation s’opèrent progressivement : le niveau en français du candidat à la nationalité est désormais fixé par voie réglementaire, ce qui facilite les modifications, et doit être attesté par un test de langue. En 2012, c’est un B1 à l’oral qui est demandé.

Du côté des titres de séjour, avant 2016, aucun niveau de français n’était formellement exigé pour l’obtention d’un titre. À partir de 2016, le niveau A2 est requis pour la carte de résident (qui permet un séjour de 10 ans).

En janvier 2026, les exigences sont encore relevées : le niveau B1 est désormais exigé pour la carte de résident, tandis que la carte de séjour pluriannuelle (2 à 4 ans) requiert un niveau A2, à l’oral comme à l’écrit.

Le même mouvement de formalisation et de relèvement des exigences linguistiques touche l’accès à la nationalité française, pour lequel un niveau B2 est désormais exigé.

Évolution des exigences administratives pour l’obtention d’un titre de séjour ou de la naturalisation, depuis 2016. Adapté par les autrices et l’auteur d’un visuel créé par le collectif « Le français pour toutes et tous », CC BY-NC

L’apparente évidence de la maîtrise de la langue

Dans le débat public, cette élévation des exigences linguistiques est justifiée par deux fausses évidences souvent répétées.

La première consiste à dire que la langue serait la condition première, nécessaire et suffisante d’une « intégration » réussie. Le sociolinguiste Philippe Blanchet rappelle que « la langue française n’est pas une condition à l’intégration des migrants ».

En 2016, une étude de l’Insee montrait notamment que la probabilité d’être au chômage n’est que peu corrélée au niveau de français. La maîtrise du français permet surtout une élévation du niveau de salaire. On peut donc vivre et travailler sans parler français, mais aussi être privé d’emploi malgré un bon niveau.

La non-reconnaissance des diplômes étrangers, ou encore les discriminations xénophobes et glottophobes au travail jouent un rôle prédominant dans ces questions d’insertion professionnelle. Une autre étude montre que les personnes immigrées diplômées du supérieur dans leur pays d’origine (bac+3 ou plus) qui doivent signer un contrat d’intégration républicaine (CIR) connaissent souvent un déclassement social et professionnel en France, où elles occupent des postes moins qualifiés ou moins prestigieux que ceux qu’elles occupaient auparavant.

 

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Professeur des Universités en didactique des langues, Université de Lorraine

Maitresse de conférences en sciences du langage et didactique des langues, Université Savoie Mont Blanc

Maitresse de conférences en sociolinguistique et didactique des langues, Le Mans Université, Le Mans Université

 

 

Source : The Conversation  – (Le 01 novembre 2026)

 

 

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