Courrier international – Mojtaba Khamenei, fils de l’ayatollah Ali Khamenei, tué le 28 février dans des frappes israélo-américaines, a été désigné dimanche par l’Assemblée des experts iraniens. Pour la presse internationale, le choix de cette personnalité influente et proche des Gardiens de la révolution signale que Téhéran n’est pas prêt à plier face à Washington.
“Plus de quarante ans après la révolution, l’Iran a renoué avec la succession dynastique, au moment où la République islamique joue sa survie”, observe L’Orient-Le Jour.
Mojtaba Khamenei a succédé dimanche 8 mars comme guide suprême iranien à son père, l’ayatollah Ali Khamenei, tué au premier jour de la guerre israélo-américaine contre l’Iran, le 28 février dernier. Le religieux de 56 ans a été choisi par l’Assemblée des experts, collège de 88 membres appartenant au clergé chiite. Un communiqué a été lu solennellement dans la soirée à la télévision d’État par un présentateur pendant qu’une photo du nouveau guide suprême apparaissait à l’écran.
“Le défunt ayatollah Khamenei avait pourtant indiqué à des conseillers proches qu’il ne souhaitait pas que son fils lui succède, car il ne voulait pas que la fonction devienne héréditaire”, ont affirmé trois hauts responsables iraniens au New York Times. Il y voyait “l’équivalent d’une monarchie illégitime”, comme celle renversée par la révolution islamique de 1979, souligne L’Orient-Le Jour. Au final, le choix de Mojtaba Khamenei “suggère que les cercles du pouvoir en Iran […] ont resserré les rangs à un moment de crise aiguë et de guerre”, conclut le New York Times.
Le fils de l’ayatollah Khamenei est une “figure mystérieuse”, “même en Iran”, souligne le quotidien américain. Cette “personnalité influente” qui agissait jusqu’à présent “dans l’ombre du pouvoir” “coordonnait les opérations militaires et de renseignement depuis le bureau de son père”, rappelle le journal. Mais “sa personnalité et ses positions politiques restent inconnues en dehors du cercle restreint de son père”, observe le New York Times, qui rappelle qu’il “s’exprime rarement et apparaît peu en public”.
La “ligne dure du pouvoir théocratique” consolidée
Pour certains observateurs, “le choix de Mojtaba Khamenei s’expliquerait par sa proximité étroite avec les Gardiens de la révolution, soulignant que le courant le plus dur au sein de l’institution la plus puissante du pays, profondément enracinée dans l’appareil d’État, impose désormais sa ligne”, note L’Orient-Le Jour.
L’arrivée de Mojtaba Khamenei au pouvoir “consolide la ligne dure du pouvoir théocratique dans le pays et envoie un message fort de défi” à Donald Trump, selonTheWashington Post.
Khamenei était le “bras droit de son père”, observe le journaliste d’Al-Jazeera Ali Hashem. D’après celui-ci, “il faut s’attendre à un dirigeant qui est dans la confrontation. On ne s’attend à aucun geste de modération”.
Rami Khouri, chercheur à l’Université américaine de Beyrouth, considère lui aussi que la nomination du fils de l’ayatollah Khamenei constitue clairement un “geste de défi” adressé aux États-Unis et à Israël. L’Iran “dit aux Américains et aux Israéliens : ‘Vous vouliez vous débarrasser de notre système ? Eh bien, voici une personne plus radicale que son père assassiné’”, a-t-il déclaré à Al-Jazeera.
Lundi, peu de temps après l’annonce de cette nomination, Téhéran a affirmé avoir lancé de nouvelles salves de missiles vers Israël. Le Koweït, le Qatar, l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis et Bahreïn ont de leur côté fait face à de nouvelles attaques. À Bahreïn, une frappe de drone iranien a blessé 32 civils, dont 4 grièvement, à l’aube à Sitra, selon le ministère de la Santé. En Arabie saoudite, le ministère de la Défense a annoncé l’interception de deux drones qui se dirigeaient vers le gisement de pétrole de Shaybah, dans le sud-est du pays.
Téhéran inquiet
Aucun commentaire n’a toutefois été fait dans l’immédiat par la Maison-Blanche après l’annonce de la nomination du fils d’Ali Khamenei. Interrogé à ce sujet par TheTimes of Israel lors d’un entretien téléphonique, Donald Trump a éludé la question. “Nous verrons bien ce qui va se passer”, a-t-il simplement répondu.
Dimanche, juste avant l’annonce, le président américain avait affirmé au site de la chaîne ABC News que le prochain guide suprême allait devoir “obtenir l’approbation” de la Maison-Blanche. “S’il n’obtient pas notre approbation, il ne tiendra pas longtemps”, a-t-il menacé.
Selon une information du Washington Post, l’Assemblée des experts aurait décidé il y a plusieurs jours de choisir Mojtaba Khamenei, mais elle “était divisée sur le fait d’annoncer cette décision en temps de guerre”, d’après une personne proche de l’establishment religieux iranien. “De nombreux membres de l’Assemblée estimaient qu’une telle annonce était trop dangereuse face aux menaces d’Israël visant le prochain guide suprême”, a ajouté cette source.
Source : Courrier international (France)
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