Le Soleil – L’auteur de « L’Aventure ambiguë », figure majeure des lettres africaines et ancien haut responsable de l’État, s’est éteint ce 4 octobre 2026, à l’âge de 98 ans, a-t-on appris. Il laisse l’héritage d’un parcours consacré au service de l’État et au rayonnement culturel du continent. La levée du corps est prévue aujourd’hui à 16 heures à l’hôpital de Fann, avant l’inhumation au cimetière de Yoff.
Cheikh Hamidou Kane était né à Matam le 2 avril 1928. Il fréquente d’abord l’école coranique, puis, vers dix ans, l’école française. Cette double formation, islamique et occidentale, devait nourrir toute son œuvre.Son parcours académique le mène entre le Sénégal et la France : licences de droit, de lettres et de philosophie à la Sorbonne, puis diplôme de l’École nationale de la France d’Outre-mer en 1956.
De retour au pays en 1959, le jeune diplômé entre dans l’administration de l’indépendance. Il occupe plusieurs charges, dont celles de gouverneur de la région de Thiès et de commissaire au Plan auprès du président du Conseil Mamadou Dia. Il a aussi travaillé pour l’UNICEF, à Lagos et à Abidjan.
Un roman devenu célébre
C’est pourtant par la littérature qu’il entre dans l’histoire. « L’Aventure ambiguë », commencé en 1952 et publié en 1961, lui vaut le Grand prix littéraire d’Afrique noire en 1962. Le roman est en grande partie autobiographique. Il suit Samba Diallo, élève fervent d’une école coranique, que sa famille envoie étudier la philosophie à Paris. Le livre raconte la collision entre les valeurs africaines et islamiques et la culture occidentale. Chinua Achebe l’a salué comme l’un des plus grands romans africains.
Cheikh Hamidou Kane y échappe au simple procès de la colonisation. Selon la notice de référence, il en tire une réflexion qui concerne tout le monde : l’angoisse d’être homme, au-delà de celle d’être noir. Les lecteurs d’aujourd’hui en gardent surtout la tension d’un héros divisé entre deux fidélités.
Après ce coup d’éclat, l’écrivain se tait longtemps. Près de 35 ans de silence littéraire s’écoulent avant la parution d’un second roman en 1995. Ce roman, « Les Gardiens du temple », paraît chez Stock. En 2019, le Grand Prix des Mécènes a couronné l’ensemble de son œuvre.
Deux romans seulement, mais une influence considérable. « L’Aventure ambiguë » reste étudié dans les classes et les universités du continent et d’ailleurs. Il pose une question qui n’a pas vieilli : que garde-t-on de soi quand on apprend le monde des autres ?Cheikh Hamidou Kane laisse le souvenir d’un haut serviteur de l’État et d’un homme de lettres. Il avait fait de ses doutes une œuvre universelle.
Depuis janvier 2023, l’Université Virtuelle du Sénégal (UVS) a officiellement été rebaptisée Université Numérique Cheikh Hamidou KANE (UN-CHK) par un décret présidentiel.
A.N
Source : Le Soleil (Sénégal)
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