So Foot – Lionel Messi crédité de 6 buts, Kylian Mbappé, Ousmane Dembélé, Vinicius Junior et Erling Haaland avec déjà 4 pions, les vedettes répondent présentes depuis le début de la compétition. Une telle cadence laisse cette fois envisager, dans le cadre de cette Coupe du monde à 48 qui semble n’exister que pour faire tomber les records, la possibilité, certes infime, que les 13 réalisations de Just Fontaine en Suède soient dépassées. Jusqu’à présent, seuls Sándor Kocsis en 1954 et l’Allemand Gerd Müller en 1970 avaient eux aussi franchi la barre fatidique des 10.
L’attaquant français avait de surcroît accompli son exploit en seulement six rencontres. Depuis, la FIFA et les ambitions démesurées de Gianni Infantino sont passées par là. Les prétendants disposent désormais de huit matchs pour tenter leur chance, s’ils atteignent la finale, ou la consolante pour la troisième place. C’est l’une des conséquences de cette formule XXL, qui intègre davantage de sélections dites modestes, voire faibles, et favorise le retour des écarts de trois buts ou plus, comme l’ont illustré les doublés de Mbappé et Haaland face à l’Irak.
Les stratèges
Le statut occupé par ces « grands joueurs » leur confère une place centrale au sein de leur équipe nationale. Leur quête de records devient même un objectif assumé par tous, y compris le staff, comme l’a démontré le triplé de Messi contre l’Algérie. Des têtes d’affiche largement protégées par un arbitrage privilégiant le spectacle et le jeu, au point d’accorder à certaines un quasi-totem d’immunité. L’actuel pensionnaire de l’Inter Miami aurait du mal à soutenir le contraire.
Clairement, ce démarrage en fanfare a remis l’exploit de Just Fontaine au sommet du classement des chefs-d’œuvre en péril. Pour la FIFA et les diffuseurs, il s’agit aussi d’une excellente et heureuse surprise. Dans un pays comme les États-Unis, où des disciplines telles que le basket-ball ou le baseball ne vivent qu’au rythme des statistiques, voilà un argument non négligeable, susceptible de capter l’attention du fan de sport moyen, amateur de grilles kabbalistiques de chiffres. Il suffit, pour s’en convaincre, de revoir Le Stratège (Moneyball), avec Brad Pitt et Jonah Hill.
Pourtant, une fois dissipé l’éternel refrain du « football a changé », cet Olympe des buteurs paraît toujours largement inaccessible aux simples mortels. Il reste au maximum six rencontres pour que les principaux candidats au miracle puissent inscrire huit ou neuf buts et ainsi au moins égaler les prouesses réalisées en Suède par l’ancienne gloire du Stade de Reims et de l’équipe de France. Or les adversaires rencontrés à partir des huitièmes de finale devraient, en principe, se révéler nettement plus difficiles à manœuvrer ou à submerger sous un déluge de buts – ou de penaltys généreusement accordés.
Justo a mis le foot français dans la lumière
À ce titre, tout comme les 9 buts inscrits en 5 matchs par Michel Platini lors de l’Euro 1984, le record de Just Fontaine a peu de chances, cette fois encore, d’être réellement menacé. Et quand bien même il finirait par tomber, son statut dans l’histoire demeurerait intact. À jamais le premier, et pendant si longtemps.
Pour ce qui concerne l’Hexagone, ces 13 buts ont surtout contribué à sortir les Bleus de l’obscurité. Ils ont permis de démontrer l’existence du football français dans le concert des grandes nations et ont constitué, jusqu’à la délivrance d’un coup de tête de Zidane au Stade de France, son unique véritable trophée symbolique à l’échelle mondiale. L’historien Marc Bloch, récemment panthéonisé, aurait sans doute conclu : « Il est deux catégories de Français qui ne comprendront jamais l’histoire du football : ceux qui refusent de vibrer au souvenir des 13 buts de Just Fontaine ; et ceux qui lisent sans émotion le récit de la fête de France 98. »
Nicolas Kssis-Martov
Source : So Foot (France)
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