Meta Dia, la quête spirituelle d’un enfant de Dakar devenu figure du reggae mondial

Agence Sénégalaise de PresseDes ruelles de Dakar aux plus grandes scènes à l’étranger, Meta Dia s’est tracé un chemin singulier, guidé par une quête spirituelle et artistique qui l’a conduit à devenir l’une des voix africaines les plus respectées du reggae contemporain.

En prélude de la fête de la musique célébrée le dimanche 21 juin, l’APS s’est arrêtée sur le parcours singulier d’un musicien qui s’impose de plus en plus sur la scène mondiale.

Le leader de ‘’Meta & The Cornerstones’’ incarne désormais le parcours d’un enfant de la capitale sénégalaise devenu ambassadeur d’une musique porteuse de paix et de conscience. Sans compter la dimension de son engagement humaniste qui l’incite à s’ouvrir toujours un peu plus sur le monde en rappelant son héritage sénégalais.

Lorsqu’il évoque son récent concert au festival Stereo Africa, tenu du 5 au 10 mai 2026, à Dakar, où il a été tête d’affiche, Meta Dia parle moins de performance artistique que d’accomplissement personnel.

Après plus de vingt ans passés à construire une carrière internationale, le chanteur sénégalais de reggae savoure la possibilité de renouer avec le public de son pays natal.

”C’était un rêve pour moi de venir au Sénégal jouer pour le public. Il y avait plein d’émotions, d’amour, de nostalgie’’, confie, dans un entretien avec à l’APS, l’artiste installé aux Etats-Unis depuis le début des années 2000.

Cette émotion traduit le parcours singulier d’un musicien qui, de Dakar à New York en passant par les grandes scènes internationales, s’est imposé comme l’un des principaux ambassadeurs du reggae africain contemporain.

Un milieu familial musical

Pour comprendre son itinéraire, il faut remonter à son enfance dakaroise, au quartier populaire de Niayes Thioker, dans un environnement où la musique occupait une place centrale.

”Quand j’étais petit, il y avait toujours un micro. Toujours un micro. Ma mère chantait tout le temps. Mon père venait avec la machine, il essayait d’enregistrer. Ma maman écrivait des morceaux”, se souvient-il.

Le jeune Meta grandit ainsi au milieu des chansons, des poètes et des musiciens qui fréquentent régulièrement la maison familiale.

”Il y avait des joueurs d’instruments qui venaient chez nous. Ils chantaient. J’étais petit, mais j’entendais beaucoup de musique. Il y avait aussi une forte présence spirituelle”, raconte-t-il.

À cette époque, rien ne laisse encore présager qu’il va mener plus tard une carrière musicale professionnelle.

Le futur reggaeman nourrit d’autres ambitions et se passionne, notamment, pour l’apprentissage religieux. ”Je me disais que j’allais faire le Tajwid du Coran et participer à des compétitions”, dit-il.

Le rap son premier terrain d’expression artistique

Mais la musique finit par s’imposer naturellement. Il découvre, adolescent, l’effervescence du mouvement hip-hop sénégalais des années 1990. Les groupes de rap, leurs textes et leur énergie le fascinent.

”Mon cousin commençait à rapper. Après, je me suis dit : maintenant, on va former un groupe”, raconte-t-il.

Le rap devient alors son premier terrain d’expression artistique. ”Je chantais, je rappais. Je chantais, je rappais. C’était ensemble”, explique-t-il.

Ses débuts dans les rues et les quartiers de Dakar marquent le commencement d’une longue quête identitaire. Car pour Meta Dia, la musique n’a jamais été seulement un métier. ”Je me cherchais. Je ne savais même pas”, reconnaît-il aujourd’hui.

Cette quête prend une nouvelle dimension lorsqu’il quitte le Sénégal pour les Etats-Unis. Loin de son environnement d’origine, il entreprend un travail d’introspection qui le conduit progressivement vers le reggae. ”Quand j’ai quitté le Sénégal, c’est là-bas que je me suis trouvé”, affirme-t-il.

À travers cette musique née en Jamaïque mais profondément enracinée dans l’histoire africaine, il découvre un langage capable de réunir ses aspirations spirituelles, son engagement social et son attachement au continent.

”Quand tu te cherches et que tu te trouves, ça devient vrai. Cette vérité-là, c’est ta révélation”, explique-t-il.

En 2006, il fonde à New York ”Meta and The Cornerstones”, un groupe composé de musiciens venus de plusieurs continents. Deux ans plus tard, paraît ”Forward Music”, premier album d’une discographie qui ne cessera ensuite de s’enrichir.

Suivront ”Ancient Power” (2013), enregistré au mythique studio Tuff Gong de Kingston avec la participation de Damian Marley, Capleton et U-Roy, puis l’EP ”Zion Stereo” (2014), ”Hira” (2017) et ”Dia” (2021).

Des titres comme ”Somewhere in Africa”, ”My Beloved Africa”, ”Breeze”, ”Two Pockets”, ”Million Miles” ou encore ”Good Spirit” lui permettent de se construire une audience fidèle bien au-delà du continent africain.

Malgré cette reconnaissance internationale, l’artiste demeure profondément attaché à ses racines sénégalaises. ”Le Sénégal m’a toujours inspiré”, assure-t-il.

L’influence de plusieurs styles musicaux

Il cite volontiers les influences musicales qui ont accompagné sa jeunesse, de la salsa à la musique cubaine, en passant par les sonorités traditionnelles sénégalaises.

Il insiste sur l’ouverture des Sénégalais à tous les courants et toutes les influences musicales, de ont, la musique cubaine au salsa, en passant par la pachanga et plein d’autres styles.

Cette richesse culturelle continue d’alimenter sa création. Son dernier album, ”Echoes of Time”, sorti le 29 mai dernier, en constitue l’une des illustrations les plus abouties.

”J’ai fait un portrait”, dit-il à propos de cette œuvre qu’il décrit comme un regard sur son parcours personnel et sur les mutations du monde contemporain.

L’album évoque les voyages, l’exil, les séparations familiales, les guerres et les séquelles du passé colonial. ”Tout ce qu’on voit, c’est déjà fait, c’est répété”, observe-t-il. ”Les guerres, la colonisation, tout cela, ce sont des répétitions.”

L’un des morceaux, intitulé ”Walls of Colonization”, s’interroge sur les traces laissées par l’histoire coloniale dans les sociétés africaines. ”Je viens dans mon pays et je regarde des rues qui portent des noms comme si c’étaient les héros”, avance-t-il.

L’artiste y aborde également la question de la migration africaine et de ses conséquences humaines, avec la chanson ”Namenala”. ”Il y a beaucoup d’Africains qui voyagent et qui laissent leurs femmes, leurs familles pendant cinq ou six ans”, relève-t-il.

Musicalement, ”Echoes of Time” puise dans les sonorités qui ont bercé son enfance. ”Je joue avec les airs du Baobab, d’Africando, de Médoune Diallo pour créer une nostalgie”, explique-t-il.

Cette fidélité à ses racines s’accompagne d’une réflexion constante sur la place de l’Afrique dans le monde.

”Tout le monde sait que la musique africaine a influencé le monde”, estime-t-il, saluant l’essor des nouvelles générations d’artistes africains et la visibilité internationale acquise ces dernières années par les musiques du continent.

Mais au-delà des genres et des tendances, Meta Dia revendique avant tout une démarche spirituelle.

”La spiritualité, pour moi, c’est comprendre qui nous sommes”, affirme-t-il.

Cette dimension traverse toute son œuvre et constitue, selon lui, le moteur principal de sa création.

”Nous sommes juste des vaisseaux qui cherchent la vérité. Si nous trouvons cette vérité, c’est qu’il y a quelque chose à partager”, dit-il.

C’est sans doute cette quête permanente qui explique la singularité de son parcours. Parti du rap dakarois avant de conquérir les scènes internationales du reggae, Meta Dia continue de porter un message de conscience, de paix et d’unité.

”Le reggae est un mouvement”, rappelle-t-il. Un mouvement auquel cet enfant de Dakar, devenu citoyen du monde, entend encore apporter sa voix et sa vision.

Source : Agence Sénégalaise de Presse (APS) – Le 20 juin 2026

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