Mauritanie : un pays modernisé en surface, vulnérable en profondeur

Les révélations concernant des réseaux financiers et des affaires de blanchiment d’argent impliquant des ressortissants mauritaniens à l’étranger, continuent de susciter indignation sur les réseaux sociaux et les rédactions nationales.

Pour les observateurs la lutte contre le blanchiment et l’argent sale affichée depuis 2019 est un rideau de fumée qui cache des plateformes numériques dans les banques, les vrais circuits, ceux qui enrichissent les clans, les réseaux politico-affairistes mauritaniens. Et en première ligne, l’élite dirigeante. Ces profiteurs des marchés publics, de leur fonction continuent de fonctionner sans être inquiétés. Chaque ouguiya blanchie est une ouguiya volée aux écoles, aux hôpitaux, aux jeunes chômeurs, aux femmes en état de grossesse, aux régions abandonnées surtout de la vallée du fleuve Sénégal, aux travailleurs précaires. En Mauritanie, les trois poumons du blanchiment sont l’orpaillage, la nouvelle rente capturée par le régime de Ould Ghazouani, devenue un réservoir d’argent sale. Vient ensuite, l’immobilier, la machine à laver des fortunes douteuses notamment à Nouakchott, la capitale où des villas somptueuses surgissent des sables comme des mirages. Et enfin, les marchés publics générant la fabrique institutionnelle de l’argent sale avec les surfacturations, les contrats de gré à gré, les sociétés-écrans. Les observateurs ne sont pas dupes quand l’État parle de terrorisme, il veut éviter de parler de corruption. Le discours sécuritaire sert à détourner l’attention des Mauritaniens. La lutte contre l’argent sale ne peut pas être menée par ceux qui en profitent.

 

 

Cherif Kane

Coordinateur journaliste

 

 

(Reçu à Kassataya.com le 13 juin 2026)

 

 

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