Mauritanie – Survivre, et non disparaître : un enjeu commun

Tribune : Soutien à la candidature de Dr Coumba Bâ au Secrétariat Général de l'OIF

En Avril 2026, la Mauritanie a officiellement présenté la candidature de Dr Coumba Bâ au poste de secrétaire générale de l’Organisation Internationale de la Francophonie. À quelques mois du sommet de Phnom Penh, il me semble utile d’exposer quelques éléments de son programme qui, selon moi, lui confèrent tout le mérite d’être soutenue.

La langue française est une donnée difficile à cerner quand il s’agit d’analyser sa place dans un monde que la colonisation a laissé derrière elle, nourri par tant de contradictions et animé par autant de tiraillements. Elle recouvre plusieurs dimensions à la fois, allant d’un formidable outil utile pour l’intercompréhension de divers peuples, à un abysse fatal qui menace des ensembles entiers de langues et de cultures d’un engloutissement total et sans merci. Tout cela sans oublier et surtout pas minimiser les nombreuses nuances manifestes d’ordre artistique, scientifique, économique et socio-politique actionnées à l’intérieur de ces tensions.

Ainsi, selon l’orientation politique affichée par une organisation qui en assure la gestion, l’on peut se livrer à sa critique la plus acerbe; ou, au contraire, s’adonner à ses éloges les plus dithyrambiques. Car en définitive, dans ce contexte postcolonial, une telle politique s’adresse en même temps à deux fonctions fondatrices de chaque individu et de chaque peuple : l’espoir de survivre et la peur de disparaître.

Par conséquent, seule la politique mise en avant reste la boussole la plus fiable à fonder notre confiance vis-à-vis d’une institution si proche de nous qu’elle touche à ces points hautement sensibles.

Le défi capital qui se pose à la Francophonie met en question sa capacité de transformation effective, à devenir un espace de respect et de promotion de la riche diversité culturelle et linguistique qui la compose tout en jouant un rôle primordial de mise en contact et de dialogue. De ne pas céder à la tentation d’absorber, de réduire et d’assimiler, incitée par la compétition linguistique qui se déroule à l’échelle globale; d’y renoncer pour un objectif plus loyal : un co-développement linguistique et culturel dans un écosystème d’échanges féconds. Un tel équilibre respectant l’identité et la personnalité du locuteur est la seule garantie d’une coopération robuste capable de résister à bien des phénomènes déstabilisants.

À la lecture de la brochure de candidature de Dr Coumba Bâ, l’on voit ce défi clairement posé dans une vision satisfaisante. La politique qu’elle promeut est ouvertement « plurilinguiste » tout en situant le rôle capital de la langue française dans l’espace culturel concerné. Elle prône le dialogue des peuples et l’équilibre dans ces échanges.

Je ne connais pas de promoteur des langues maternelles qui ne soit un francophile passionné. Cela reflète l’amitié naturelle qui, en dehors des digues politiques artificielles, tend à lier ces expressions culturelles. Parfois, peut-on même affirmer qu’elle est indispensable pour que culture soit.

L’homme de sagesse Amadou Hampaté Bâ, peu avant la fin de sa longue vie experte en cette matière, avait merveilleusement situé cette complémentarité dans un contexte similaire : « Ainsi, bien enracinés en vous-mêmes, vous pourrez sans crainte et sans dommage vous ouvrir vers l’extérieur, à la fois pour donner et pour recevoir. […] deux outils vous sont indispensables : tout d’abord, l’approfondissement et la préservation de vos langues maternelles, véhicules irremplaçables de nos cultures spécifiques ; ensuite, la parfaite connaissance de la langue héritée de la colonisation (pour nous la langue française), tout aussi irremplaçable […] »

Aucune culture ne devrait se livrer à la prédation des autres. Aucune civilisation ne devrait se résoudre ni à l’effacement de la diversité, quelle qu’elle puisse être, ni au refus de la cohabitation. Aucune langue ne devrait compter sur le musellement voire l’extinction des autres pour se renforcer. Il est urgent de promouvoir une co-évolution dans un système respectueux de la diversité des peuples; c’est le seul gage d’une paix durable et de la sérénité quant aux relations vitales que ceux-ci entretiennent ensemble. Je ne peux donc qu’être ravi de voir cette exigence portée au plus haut niveau et adoptée comme principe de fonctionnement de cette organisation. Pour ces raisons, je soutiens et appelle à soutenir la candidature de Dr. Coumba Bâ.

 

Le 08 Août 2026
Prof. Mouhamadou Sy
Mathématicien et Acteur de la promotion des langues et cultures africaines

 

 

 

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