Mauritanie : substitution de la canne à sucre par le riz à Foum Gleita, une anomalie politique et fragile

Parmi les questions orales des députés à la dernière session de l’assemblée nationale figure en bonne place la question d’actualité sur la substitution de la canne à sucre par le riz à Foum Gleita, un projet agricole emblématique et conflictuel.

Cette logique politique apparente de substituer une culture industrielle par une culture vivrière pour l’aménagement de Foum Gleita relance la souveraineté alimentaire, C’est l’expropriation des terres agricoles qui est pointé du doigt par les observateurs. Cette politique agricole exclusive exacerbée par Ould Ghazouani ne laisse aucun doute sur un aménagement imposé d’en haut en déclarant les terres des paysans d’utilité publique.

Les populations locales ont été déplacés et les terres redistribuees avec une absence de compensation. Face à cette injustice les paysans jouent la carte de la rue. Cette insécurité foncière permanente fait que beaucoup de paysans n’ont pas de titres fonciers fragilisant ainsi la stratégie agricole. En substituant la canne à sucre par le riz, l’état mauritanien privilégie les investisseurs étrangers. Ce projet d’un aménagement de milliers d’hectares se voulait modernisateur mais il s’est construit sur une rupture brutale avec les droits fonciers traditionnels. La terre devient ainsi un instrument de loyauté politique et pas un outil de développent. Remplacer le riz demandant plus de travail par la canne à sucre, exige des performances agricoles dans un contexte où l’agriculture peine à nourrir plus de 4 millions de Mauritaniens. Le riz est mieux adapté aux systèmes irrigués de la vallée que la canne surtout pour les petits producteurs. Et cette culture industrielle est beaucoup plus exigeante en eau que la canne. Le périmètre de Foum Gleita souffre de canaux dégradés et d’un drainage insuffisant. La substitution accentue les tensions foncières si la gouvernance actuelle n’est pas réformée. L’Etat parle de souveraineté alimentaire mais n’investit pas assez dans l’irrigation.Le changement de culture est utilisé comme un symbole politique.

 

 

Cherif Kane

Coordinateur journaliste

 

 

 

(Reçu à Kassataya.com le 04 février 2026)

 

 

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