En janvier 2025, le Premier ministre Moctar Ould Djay s’était soumis à un exercice similaire à savoir présenter aux députés une liste d’engagements datés, pour qu’on puisse lui en demander compte. Près de deux ans plus tard, reconduit à la tête d’un nouveau gouvernement, il revient devant l’Assemblée avec un discours plus court, plus prudent, et dominé par la crise Autant dans le premier Moctar Ould Djay se présentait en Gestionnaire, presque triomphal autant dans le second il est plus humble et mobilisateur, mais défensif face aux critiques.
Le Quotidien a comparé les deux textes.
Le 24 janvier 2025, le chef du gouvernement présentait, au titre de l’article 73 de la Constitution, le bilan de l’année 2024 et le programme de 2025. Le texte était long et minutieux : chantier par chantier, projet par projet, il passait en revue les engagements pris lors de sa déclaration de politique générale du 4 septembre 2024. Il revendiquait alors une méthode « malgré les risques politiques inhérents », destinée à ne laisser « aucune marge à d’éventuels retards ou négligences ».
Le nouveau discours, prononcé 6 Novembre au titre de l’article 42, change de nature. C’est la déclaration de politique générale d’un gouvernement remanié. Il fait un bilan global de la période 2019-2026, rappelle les cinq axes du programme présidentiel « Mon ambition pour la Patrie », puis fixe trois nouvelles priorités. Le détail chiffré, lui, est renvoyé à « janvier prochain ».
La crise a changé l’ordre des priorités
En janvier 2025, le décor était celui de la stabilité. Le gouvernement annonçait pour 2024 une croissance d’environ 5 %, une inflation de 2,5 % et un déficit budgétaire de 3,2 %. Pour 2025, il promettait de garder l’inflation sous 4 % et le déficit sous 2,5 %.
Le discours de 2026 s’ouvre sur un tout autre tableau. Selon le Premier ministre, les prix ont augmenté d’environ 7,3 % entre le début de la guerre au Moyen-Orient, en février, et fin septembre 2026. Le gouvernement se prépare à une crise qui durerait « jusqu’au milieu de l’année 2027 », sur instruction du président.
D’où trois priorités nouvelles :
- Protéger le pouvoir d’achat. Révision du mécanisme de fixation des prix des hydrocarbures, maintien des prix plafonds du blé, du riz, du sucre et de l’huile, étendus à la viande. Hausses de salaires et de pensions ou aides ponctuelles, négociations salariales dans le privé, prise en charge temporaire d’une partie des factures d’eau et d’électricité des ménages modestes.
- Dynamiser l’intérieur du pays et les villes. Programme économique par wilaya, fonds de développement local, plans d’urbanisme pour les chefs-lieux, réforme de la collecte des déchets.
- Penser à long terme. Une vision « Mauritanie 2060 », un Plan national de développement et une réforme de l’administration.
L’échelle des aides a changé. En 2025, le gouvernement citait 134 800 familles bénéficiaires de transferts monétaires. En 2026, il en revendique plus de 350 000, et plus de 80 milliards d’anciennes ouguiyas de subventions aux hydrocarbures et à l’électricité pour la seule année.
Ce que le gouvernement dit avoir tenu
Sur plusieurs chantiers phares, le discours de 2026 annonce que les engagements de janvier 2025 ont été respectés. Ce sont les affirmations du gouvernement ; elles restent à vérifier sur le terrain.
| Engagement de janvier 2025 | Ce qu’affirme le discours de 2026 |
| Achever tous les tronçons de la route de l’Espoir avant fin 2025 | Réhabilitation achevée, route « pleinement praticable » |
| Achever Boghé-Kaédi et mettre en service Keur Macène-Ndiago | Boghé-Kaédi réhabilitée, Keur Macène-Port de Ndiago construite |
| Mettre en service le pont de l’Amitié | Ponts de la Solidarité, de l’Amitié et de El Hay Saken achevés |
| Tripler la production de l’Aftout Charghi, régler la turbidité à Nouakchott | Production triplée, turbidité résolue, production d’Idini plus que doublée |
| Boucler le financement de la ligne électrique Nouakchott-Néma | Ressources mobilisées pour ce « plus grand projet de transport d’électricité » depuis l’indépendance |
| Recruter environ 3 000 agents publics | Près de 3 000 agents recrutés par concours numérisés |
| Créer une autorité nationale de lutte contre la corruption | Loi de création adoptée, avec les lois sur la corruption et la déclaration de patrimoine |
| Lancer des internats pilotes dans le secondaire | Internats ouverts à Aoujeft, Bousteïla, Kaédi, Aleg, Kiffa et Atar |
| Réformer le code des marchés publics | Nouveau Code de la commande publique adopté |
Le discours avance aussi des chiffres cumulés depuis 2019 : près de 7 600 salles de classe, dont la moitié réceptionnées en 2025-2026, 1 340 forages, 784 km de routes neuves et 997 km reconstruits. Le nombre d’assurés sociaux serait passé de 496 000 en 2019 à plus de 1,4 million.
Les retards et les promesses reconduites
D’autres engagements de 2025 réapparaissent dans le discours de 2026, mais toujours au futur.
- Route Néma-N’Beiket Lahouach. Promise pour « avant la fin de l’année 2025 », elle est décrite fin 2026 comme étant « dans sa phase finale ».
- Port en eaux profondes de Nouadhibou. En 2025, seules les études devaient être achevées. Les travaux « devraient démarrer au mois de janvier prochain ».
- Postes de direction dans l’administration. En 2025, le gouvernement promettait « un nouveau décret réglementant les conditions d’exercice des postes de direction ». En 2026, un décret séparant postes administratifs et postes politiques est de nouveau annoncé comme une réforme à venir.
- Dialogue national. Annoncé par le président en novembre 2024, il devait être préparé en 2025. Le discours de 2026 cite le président espérant que ce dialogue « qui se tiendra prochainement » aboutisse à un large consensus.
- Électricité. Le Premier ministre reconnaît que l’incendie de deux centrales a « temporairement compromis une partie des progrès ». Il promet de traiter les « dysfonctionnements structurels » de la SOMELEC, dont la réforme figurait déjà au programme d’urgence de 2024.
Les dossiers qui ont disparu
Plusieurs annonces de janvier 2025 ne figurent plus dans la déclaration de 2026. Leur absence ne prouve pas leur abandon, mais elle appelle des questions.
- Le chemin de fer. L’étude des lignes Choum-Akjoujt-Nouakchott et Nouakchott-frontière malienne, confiée à un bureau international, devait être rendue en avril 2025.
- Le tramway de Nouadhibou. Son étude de faisabilité était attendue pour mars 2025.
- La table ronde des bailleurs. Elle devait se tenir avant la fin du premier semestre 2025.
- L’audit général de l’administration. Il devait servir de base à un plan d’organisation de la fonction publique.
- La centrale à gaz de 225 MW. Nommée en 2025, elle n’est plus citée ; le discours évoque seulement « trois nouvelles centrales » en construction.
- Le passif humanitaire. Cité en 2025 parmi les dossiers que le dialogue devait permettre de « clore définitivement », il n’est plus mentionné explicitement.
Source : Le Quotidien de Nouakchott
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