Le Calame – Il me revient que des fonctionnaires et agents de l’État continuent à s’ingérer dans certaines affaires régionales, motivés essentiellement en cela, soit par leurs attaches tribales, soit par des considérations d’ordre personnel » : ainsi s’exprimait le président Mokhtar ould Daddah dans une circulaire adressée aux ministres d’État de son gouvernement, le 13 Juillet 1977.
Cinquante après, où en sommes-nous ? Le tribalisme a-t-il reculé ou, au contraire, s’est-il incrusté dans nos pratiques quotidiennes au point qu’il est pratiquement impossible de s’en défaire ? Malgré un discours officiel fustigeant ce mal qui ronge la société, les fonctionnaires, comme au temps de feu Mokhtar, continuent à n’en faire qu’à leur tête. Il y a quelques jours, un commissaire de police – en tenue d’apparat, svp ! – déclamait un poème en l’honneur d’une célèbre tribu guerrière. Largement diffusée sur les réseaux sociaux, la vidéo suscita une réprobation unanime.
La sanction n’a pas tardé à tomber, comme un couperet : l’auteur du poème est relevé de ses fonctions et son supérieur hiérarchique, qui assistait à la scène, affecté dans un poste de moindre importance. Cela suffira-t-il à décourager ceux qui continuent encore à narguer l’État, forts du potentiel électoral de leurs tribus respectives ? Depuis que la démocratie militaire a instauré ce qu’il convient d’appeler « le vote tribal », cette entité a fait un retour en force, alors qu’elle était sur le point de s’éteindre. Et, quoi qu’on fasse, il lui faudra, pour qu’elle trouve sa juste place, encore des décennies, une très forte volonté politique et, surtout, une prise de conscience, générale, de ce que la Nation ne peut vivre sans la contribution de tous et de toutes au bien commun…
Ahmed ould Cheikh
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