Mauritanie – Le patriarcat tue

Oui, la mort, c’est le summum. C’est pour cela qu’on dit souvent, et qu’on répète, que le patriarcat tue.  Un féminicide de plus !

Nous n’en avons pas fini avec le cas d’Awa Traoré. Il y a seulement quelques jours, un père n’aurait écopé que de deux ans de prison pour avoir violé ses propres filles.

Ce qu’il est nécessaire de rappeler ici, c’est que le viol n’a rien d’exceptionnel ni d’isolé. Rien qu’en 2025, une seule association a dénombré plus de 300 cas de viol dans ce pays de 5 millions d’habitants, et ce ne sont là que les cas déclarés, dans une société où il est souvent plus « normal » de se taire après une agression sexuelle que d’aller porter plainte. Sans compter le risque, pour la victime, de se retrouver en prison si elle n’arrive pas à prouver le viol.

On ne réglera jamais un problème par le mauvais bout. Encore une fois, tant qu’il n’y aura pas de lois claires, qui répriment sévèrement ces crimes et s’attaquent surtout à la culture du viol, nous resterons une société primitive où il suffit d’avoir l’envie, la force et un contexte favorable pour s’en prendre aux femmes. Depuis 2015 ( plus de 10 ans), des voix demandent le vote du projet de loi sur les violences, le minimum syndical pour dissuader les pervers et les prédateurs, qui parfois vivent sous le même toit que leurs victimes. Mais l’État mauritanien n’a jamais été aussi lâche, en n’ayant pas la volonté de faire voter une loi qu’il a pourtant lui-même portée, pendant que les mouvements antidroits, eux, avançaient à visage découvert. Force est de constater que celles et ceux qui décriaient ce projet de loi sont parfois les mêmes qui s’émeuvent aujourd’hui du tragique meurtre de Fati Hamadou Ba.

Certains s’étonnent aussi de voir combien de personnes profondément misogynes essaient encore de justifier ce meurtre, comme elles l’ont fait avec Awa, et comme pour chaque victime d’ailleurs. Car il est plus confortable, pour ces pervers, de se donner bonne conscience en parlant de tenue, de sortie nocturne ou de supposé amant, plutôt que de faire face à leurs propres pulsions de violeurs.

Il est plus que nécessaire d’agir. C’est vital. Même si certains diront : « qu’on en parlera tout au plus deux jours avant de passer à autre chose », je vous assure que le simple fait d’en parler est encore une preuve qu’il nous reste un peu d’humanisme. Le pire serait de se taire, ou de ne rien faire, en cédant à ce sentiment collectif d’indifférence.

 

Dieynaba N’diom

 

 

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