En Mauritanie, le système de retraite est presque un sujet tabou dans le sens où le pouvoir ne s’est jamais posé de questions pour des réformes en profondeur.
Les régimes successifs de Mokhtar Ould Daddah à Mohamed Ould El Ghazouani ont toujours considéré la retraite comme des dépenses et non comme des droits acquis. Ce système est construit pour les élites qui gouvernement et non pour les travailleurs de la fonction publique. Ce régime à deux vitesses prévaut depuis 66 ans avec des privilégiés comme les hauts gradés militaires, les hauts fonctionnaires, les membres des réseaux tribalo-politiques et les anciens ministres et directeurs qui bénéficient de pensions élevées, des avantages matériels et accès aux soins d’un côté et de l’autre les oubliés représentés par les enseignants même s’ils ont bénéficié d’une augmentation de leurs salaires, les infirmiers, les travailleurs manuels, les employés municipaux et le personnel administratif de base qui héritent de pensions dérisoires.
En Mauritanie, la pension moyenne d’un retraité civil est inférieure au seuil de pauvreté estimé en 2025 à plus de 232 000 ouguiyas par an et par personne soit 19 350 MRU/mois. C’est dérisoire pour payer un loyer de 20 000 à 40000 ouguiyas par mois, se nourrir correctement, se soigner, scolariser ses enfants. Les écarts sont énormes entre les élites et les travailleurs. Pour les observateurs, les chiffres donnés officiellement de 11 pour cent de pauvres, sont considérés comme statistiquement impossibles dans un pays où les zones rurales vivent une crise structurelle. Avec cette stagnation des pensions, le pays se dirige vers une explosion de la pauvreté des seniors et une crise sanitaire silencieuse. Le retraité mauritanien est abandonné, livré à lui-même, ignoré par l’État.
Cherif Kane
Coordinateur journaliste
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