Mauritanie, la fièvre de l’or saharien : « La première fois qu’on descend, c’est horrible »

Depuis la découverte d'or en Mauritanie il y a dix ans, le précieux métal n'a cessé de gagner en importance dans l'économie nationale et d'attirer toujours plus de chercheurs au cœur du désert.

La Libre – Sous une chaleur écrasante, au milieu des dunes, à 70 km de la route la plus proche, un vrombissement déchire le silence. Dans l’immensité de cet océan de sable, un pick-up Toyota lancé à pleine vitesse perce la ligne d’horizon, suivi d’un nuage de poussière.

À l’arrière, assis entre les groupes électrogènes, le marteau-piqueur d’occasion et autres bidons d’essence, trois hommes sont emmitouflés dans leur tunique touareg bleu indigo. Une scène devenue quotidienne, dans cette région du Nord mauritanien, destination finale d’une ruée vers l’or qui a traversé la totalité du Sahara.

La frénésie dorée

Quelques kilomètres plus à l’est se dessine l’explication de ce convoi improbable. Au milieu des dunes et des étendues pierreuses, le site d’orpaillage où des milliers de groupes électrogènes ronronnent. « Nous, les plus anciens, sommes arrivés ici en 2016. Il n’y avait absolument rien, c’était tout comme les centaines de kilomètres de désert de l’autre côté » raconte Abdoulaye, qui faisait partie de ces pionniers. « Quand on a appris qu’il y avait de l’or, ça a créé un mouvement énorme dans la région. On est arrivés par milliers, à creuser la terre à la pelle et à la pioche » se souvient le vieil homme, au grand boubou taché de poussière.

 

En dix ans, la frénésie a gagné tout le pays, prenant des proportions impressionnantes. Dans ce district, à 250 km de la capitale mauritanienne, on estime qu’ils sont plusieurs dizaines de milliers, creusant le cœur du Sahara en quête de richesse. Amadou est l’un d’entre eux, arrivé il y a quelques mois d’un village à plus de 1 200 km de là pour forer son propre puits. « La première fois qu’on descend, c’est horrible. Il fait déjà chaud à la surface, mais là-dessous c’est pire, quand on descend à 12 ou 15 mètres » raconte le jeune homme, la bouche et le nez cachés dans son foulard bleu.

Sans plus de cérémonie, il disparaît à nouveau dans sa cavité, descendant à la force des bras le long d’une corde usée, sans harnais. Quelques minutes plus tard, la poulie au sommet du puits se met en branle, et voilà que sortent les premiers sacs de roche arrachés à la paroi quinze mètres plus bas. Une chorégraphie qui se poursuit sans relâche pendant des heures, dans les centaines de puits qui jalonnent le site de Temaya.

Les nouveaux canaux de l’or

Ces milliers de tonnes de pierres chargées de poussière d’or convergent toutes au même point, le centre de traitement de Chami. Créée en 2012 pour des raisons sécuritaires, la ville est réellement née à la suite de la découverte d’or dans ses environs, quatre ans plus tard. Passée de 2600 habitants à l’époque contre plus de 40 000 aujourd’hui, la commune s’est taillée en une décennie la réputation de « capitale de l’or mauritanien ». Une cité étrange, qui s’est élevée à vitesse grand V au cœur du sable, avec ses hôtels flambant neufs, ses nombreuses banques, marchés et magasins de matériel destiné aux orpailleurs.

Le long de l’unique route goudronnée, les bourrasques de poussière y font régner un air de western saharien. Mais derrière cette apparence, la ville concentre des flux financiers impressionnants à l’échelle de la Mauritanie. « On parle de l’équivalent de 250 millions d’euros par an de plus-value créés par l’activité de la ville » détaille Mohamed Lemine Abdel Hamid, professeur d’économie à l’université de Nouakchott, et parmi les premiers chercheurs mauritaniens à s’être intéressé à l’essor de l’orpaillage.

Assez pour doper le secteur minier mauritanien, qui pèse déjà un cinquième du PIB national. En quelques années, l’or a ainsi détrôné le fer en devenant le premier produit d’exportation du pays. Une ascension « qui a créé 50 000 emplois directs et fait aujourd’hui vivre environ 200 000 personnes« , détaille cet universitaire.

Les défis d’un secteur émergent

Si l’exploitation aurifère est aujourd’hui bien installée, elle n’en reste pas moins pleine de défis pour le pays. En tête des difficultés, la question environnementale. « Quand on parle d’or, le problème c’est le mercure, nécessaire pour le traitement des minerais, et qui est très néfaste » lance Mohamed Lemine, se couvrant le nez d’un foulard à l’entrée de la zone de traitement de Chami. Un problème d’autant plus urgent qu’à quelques dizaines de kilomètres de la ville s’étend le banc d’Arguin, parc naturel crucial pour la migration annuelle de dizaines de milliers d’oiseaux.

Avec une équipe internationale d’experts et d’exploitants, Mohamed Lemine participe ainsi à des recherches pour trouver un substitut au mercure. Des tests sont même en cours à Chami, mais il ne s’étendra pas plus, faute d’autorisation. « Ce sont de très gros enjeux, surtout pour Maaden, la société qui a le monopole sur l’or ici » explique-t-il.

Autre défi, et non des moindres, celui des conditions de vie des orpailleurs, petites mains laborieuses à la base de ce secteur émergent. Des travailleurs plus qu’exposés, entre produits toxiques et effondrement de galeries. Si aucune statistique fiable n’existe aujourd’hui, il ne faut pas longtemps, dans les discussions autour d’un thé, pour que sorte le nom d’un ami ou d’un proche « qui n’est jamais remonté du puits. »

 

Simon Martin

 

 

 

Source : La Libre (Belgique)

 

 

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